L’ancienne avocate et députée française, Gisèle Halimi est décédée ce mardi 28 juillet, au lendemain de son 93ème anniversaire. De la criminalisation du viol au droit à l’avortement, éternelle révoltée, elle a consacré sa vie à la lutte pour les droits des femmes.

Franco-Tunisienne, issue d’une famille traditionaliste, Gisèle Halimi s’est conscientisée très jeune au féminisme. A l’âge de 13 ans, refusant de continuer à faire le lit de son frère, elle entame une grève de la faim et finit par remporter ce « premier petit bout de liberté ». Rebelle, elle refuse un mariage arrangé, quitte sa Tunisie natale pour étudier le droit en France et revient passer le barreau à Tunis.

« Choisir la cause des femmes »

Plus tard, elle s’engage pour l’indépendance de la Tunisie et de l’Algérie et dénonce les violences exercées par l’Armée française. Elle co-signera un texte avec Simone de Beauvoir pour la défense de Djamila Boupacha, militante indépendantiste.

Aux côtés de l’autrice du Deuxième Sexe, elle fondera « Choisir la cause des femmes », un mouvement féministe, en faveur de la dépénalisation de l’avortement. Elle signera également le Manifeste des 343. Paru dans Le Nouvel Observateur, le texte, rédigé par Beauvoir, est signé par des femmes déclarant publiquement avoir avorté, parmi elles : Catherine Deneuve, Nadine Trintignant, Monique Wittig, Marguerite Duras, Françoise Sagan ou encore Agnès Varda et Delphine Seyrig.

De la dépénalisation de l’IVG à la criminalisation du viol

C’est en 1972 qu’elle acquiert sa notoriété en défendant Marie-Claire, une adolescente de 16 ans, accusée d’avoir avorté suite à un viol, lors du Procès de Bobigny. L’avocate obtient la relaxe de la jeune fille, et le sursis pour sa mère et son amie qui l’avaient aidé à avorter. Très médiatisée à l’époque, l’affaire ouvre la voie vers la dépénalisation de l’interruption volontaire de grosse et mène à la loi Veil, votée en 1974. La même année, elle défend encore deux jeunes femmes, qui accusent trois hommes de les avoir violées. Un nouveau procès pour un nouveau combat, celui de la criminalisation du viol. Les trois hommes, qui plaidaient non-coupables, sont finalement condamnés. En 1980, la loi qui reconnaît le viol comme un crime est promulguée.

Son combat continuera ensuite jusqu’aux bancs de l’Assemblée Nationale, où députée de l’Isère, elle se bat pour le remboursement de l’avortement en 1981, adopté en 1982. Toujours révoltée, elle s’engagera toute sa vie et participera à la création d’ATTAC.

Mère de trois garçons, dont Serge Halimi, directeur de la rédaction du Monde Diplomatique, elle avouera regretter de ne pas avoir eu une fille « pour mettre à l’épreuve » son féminisme. «J’aurais voulu savoir si, en l’élevant, j’allais me conformer exactement à ce que j’avais revendiqué, à la fois pour moi et pour toutes les femmes», racontait-elle au Monde en 2011.

À LIRE AUSSI