Après une carrière dans le tourisme, des expériences un peu partout autour du globe, du Guatemala au Cambodge, un premier essai engagé « Childfree : je ne veux pas d’enfant » publié l’année dernière, Bettina Zourli prolonge son combat et lance au début de l’année, Fem Box. Une box bi-mestrielle et un concept inédit et singulier : conjuguer féminisme et féminité, et plus largement, déconstruire les diktats liés au genre. Rencontre.

Comment est né votre engagement féministe ?

Je pense que cela remonte à 2018, quand le projet de mariage est né avec mon conjoint. J’ai découvert à quel point les injonctions envers les femmes étaient présentes et violentes : on me demandait quand j’allais faire un enfant, et lorsque je disais que je n’en voulais pas, on me demandait pourquoi je me mariais. J’ai compris qu’il y avait des mécanismes très ancrés. Depuis, j’ai énormément lu pour déconstruire les injonctions et, par extension, réfléchir sur les bases du patriarcat et du sexisme. 

Quel est le concept derrière Fem Box ? 

Fem Box, c’est une box que je définis comme féminine et féministe. L’idée est de proposer, tous les deux mois, un thème différent autour de 4 objets : une lecture, une déco, un objet à porter et un élément bien-être. Le but est d’amener des pistes de réflexion, de décomplexer, d’apprendre et de découvrir des créatrices et entrepreneures ! 

Votre première box est parue au moment du confinement, comment avez-vous vécu cette période ? 

J’ai failli décaler la prévente, que j’avais effectuée sur Ulule à partir du 16 Mars, donc effectivement, le jour du confinement. L’équipe Ulule me l’a déconseillé, et en effet, j’ai réussi ma prévente ! Je pense que les gens ont largement augmenté leur consommation Internet pendant le confinement et certains ont pris davantage le temps de découvrir de nouveaux projets comme le mien. Pour conclure, ne jamais repousser un projet, on peut avoir de belles surprises. 

La première édition abordait le clitoris. La seconde s’articule autour des seins. Comment choisissez-vous chaque thème ? 

Par rapport à des lectures qui m’ont marqué et m’ont paru intéressantes, ou parce que je souhaite aborder un sujet tabou et qui peut toucher un maximum de monde. Par exemple, j’ai aussi prévu de parler de menstruations, du consentement, et je prévois pour 2021 une box spéciale « féminisme pour les hommes » ! 

Comment choisissez-vous les artistes/intervenants avec lesquelles vous collaborez ? 

Je suis à l’affût de petites marques qui se lancent et qui sont principalement gérées par des femmes : Fem Box, c’est aussi l’occasion de créer un maximum de solidarité entre nous et de se soutenir ! Je fais mes recherches sur Etsy, Instagram, Pinterest. Je veux aussi choisir des créatrices et entrepreneures françaises, belges, luxembourgeoises, et en tout cas au maximum européennes pour limiter l’empreinte carbone des box. Par exemple, la box du mois de Juillet sur les seins est 100% française ! 

Le concept de la box est plus souvent rattaché aux univers de la beauté et de la mode. Pourquoi avoir choisi ce médium en particulier ? 

La box m’est apparue très logiquement pour rassembler plusieurs choses qui me tiennent à cœur : mon amour de la lecture, le fait de traiter des thèmes différents, et l’invitation à se consacrer du temps pour soi, chez soi, grâce à une boîte que l’on reçoit tous les deux mois et qui permet de s’instaurer un rituel. 

“Déconstruire la féminité”, par quoi ça passe ? 

C’est prendre du recul par rapport à des habitudes, des mécanismes et une société systémiquement patriarcale. Cela passe par des lectures, des discussions, des témoignages, pour comprendre comme les inégalités se sont créées entre les sexes et comment la notion de « féminin » peut être une forme d’aliénation pour les femmes. Je ne prône pas le no-bra ou le fait de ne pas s’épiler (je le fais d’ailleurs aussi), mais je pense qu’il est important de comprendre que nos choix n’en sont pas vraiment, qu’ils sont dictés par des habitudes sexistes et capitalistes. Ca permet, quand on en prend conscience, de faire de vrais choix. 

Vous êtes également engagée pour des modes de consommation éthiques et une conscientisation environnementale. En quoi le féminisme et l’écologie sont-ils liés ? 

Le féminisme est trop souvent perçu comme un combat annexe : pour moi, il est une réelle vision politique, puisqu’il touche aux humains, au vivant. En ce qui concerne l’écologie, le féminisme y est totalement lié et je vais prendre un exemple : se revendiquer féministe et acheter des tee-shirts à 2 euros dans des enseignes que je citerai pas, produits dans des conditions inhumaines à l’autre bout du monde par des femmes ou des enfants, et qui en plus polluent, cela vous paraît cohérent ? 

Vous êtes très active sur Instagram. Comment ce réseau social peut-il être un outil au service du féminisme ? 

Il y a un réel engouement féministe sur les réseaux, notamment Twitter (que je trouve trop violent), Instagram et Tik Tok (sur lequel je ne suis pas). Je trouve qu’Instagram a ce côté très « communauté », où le partage et la discussion sont très faciles et où l’on peut vraiment aborder une multititude de sujets. C’est aussi un excellent moyen de rencontrer d’autres personnes qui ont des valeurs similaires aux nôtres. C’est encourageant car ça apporte énormément de motivation ! 

Vous animez également votre compte personnel @Jeneveuxpasdenfant, pouvez-vous m’en dire plus ? 

A la suite de la publication de mon premier essai, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin, et surtout de parler publiquement de ce sujet encore tabou, celui du désir de ne pas être mère. J’ai créé le compte Instagram en Mai 2019 et peu à peu, il est devenu une réelle plateforme de témoignages, et d’échanges entre childfree (personnes ne souhaitant pas d’enfant) et parents, avec beaucoup de bienveillance. C’est un compte sur lequel je partage des pistes de réflexion et de déconstruction de la maternité, encore vu comme la source principale d’accomplissement pour les femmes aujourd’hui. 

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