Le président français Emmanuel Macron a poursuivi sa campagne « risquée » en faveur d’un changement politique au Liban mardi, alors que l’ancien mandat français marquait son centenaire, tout en étant au bord du gouffre.

Emmanuel Macron s’est ainsi fixé un objectif ambitieux pour sa deuxième visite depuis l’explosion meurtrière du 4 août qui a ravagé Beyrouth : faire pression pour qu’un changement opère, sans être perçu comme un intervenant.

Son voyage a commencé lundi, non pas en rendant visite à des dirigeants politiques, mais en passant plus d’une heure avec la légende de la chanson Fairuz, qui, à 85 ans, est une figure unificatrice rare au Liban.

Multiplication de symboles

Macron a également évoqué d’autres symboles pour marquer le centenaire de la création du Grand Liban par les autorités françaises, mardi. Dans la forêt de Jaj, au nord-est de Beyrouth, il a planté un cèdre – symbole national du Liban – pour exprimer « la confiance dans l’avenir du pays », a déclaré son bureau. L’armée de l’air française a également survolé le pays en laissant une traînée de fumée rouge, blanche et verte – les couleurs du drapeau du pays. Le Liban « pourra se relever », a enfin déclaré plus tard M. Macron dans un post sur Twitter.

Il est ensuite revenu pour une seconde visite au port de Beyrouth, point de départ de l’explosion colossale qui a tué plus de 180 personnes, blessé au moins 6 500 autres et dévasté des quartiers entiers de la capitale. Il a supervisé la distribution de l’aide du porte-hélicoptères français Tonnerre qui est arrivé à Beyrouth le 14 août.

Macron a également rencontré quelque 400 soldats français travaillant avec l’armée libanaise pour enlever des milliers de tonnes de débris du port, vitaux pour un pays dont la nourriture est importée à 85 %.

Conférence sur l’aide d’octobre

L’explosion de Beyrouth a aggravé la pire crise économique du Liban depuis la guerre civile de 1975-1990. Dimanche, une agence de l’ONU a averti que plus de la moitié de la population risquait de connaître une crise alimentaire d’ici la fin de l’année. Elle a causé jusqu’à 4,6 milliards de dollars de dommages et un coup porté à l’activité économique de 3,5 milliards de dollars, selon une évaluation de la Banque mondiale.

Le 9 août, la communauté internationale a promis 252,7 millions d’euros (environ 300 millions de dollars) d’aide d’urgence lors d’une vidéoconférence organisée conjointement par la France et les Nations unies.

M. Macron a déclaré mardi qu’il était prêt à organiser une deuxième conférence sur l’aide au Liban le mois prochain.

« Je suis prêt à ce que nous organisions, peut-être vers la mi- ou la fin octobre, une autre conférence internationale de soutien avec les Nations unies », a-t-il déclaré après avoir rencontré des représentants des Nations unies et des groupes d’aide locaux à Beyrouth. Plus tard mardi, M. Macron rencontrera des dirigeants politiques sous le feu de l’ennemi, largement blâmés pour l’explosion, qui a été causée par un stock d’engrais au nitrate d’ammonium qui languissait dans le port depuis des années.

M. Macron, qui à son arrivée lundi a appelé à un soi-disant « gouvernement de mission », a déclaré que sa position envers l’establishment politique libanais « est inchangée : exiger sans interférer ». C’est pourquoi il a déclaré qu’il ne lui appartenait pas d' »approuver » la désignation lundi de Moustapha Adib au poste de Premier ministre.

Mais Adib, un diplomate de 48 ans peu connu qui, depuis 2013, était ambassadeur du Liban en Allemagne, « doit être doté de tous les outils pour réussir… afin qu’il puisse mettre en œuvre les réformes » exigées depuis longtemps par la communauté internationale, a déclaré mardi M. Macron.

« Un pari risqué »

Adib a été nommé lundi par des dirigeants politiques largement considérés comme ineptes et corrompus par les manifestants qui sont descendus dans la rue pour protester en masse depuis le 17 octobre contre l’ensemble de la classe politique.

Le camp de protestation a déjà rejeté le choix d’Adib comme premier ministre, accusant ce dernier d’être trop proche des milieux politiques établis. « Pas de cabinet par ou avec les meurtriers », ont déclaré les affiches brandies par les manifestants qui attendaient Macron devant la maison de Fairouz.

Après un déjeuner avec Aoun dans le palais présidentiel mardi, il rencontrera les représentants des neuf principaux blocs politiques du pays lors du deuxième entretien de ce type depuis l’explosion. Des représentants du puissant mouvement Hezbollah, désigné par les Etats-Unis comme un groupe terroriste, seront parmi ceux qui rencontreront Macron.

Le président français a justifié son ouverture à « parler avec tout le monde », y compris le Hezbollah, en disant que le groupe soutenu par l’Iran est « une force politique qui est représentée au Parlement ».

Alors que le camp de protestation met en garde contre le fait de donner un nouveau souffle à une classe dirigeante héréditaire qui ne s’engage que du bout des lèvres à se réformer, M. Macron a admis dans une interview que sa campagne de courtage était un pari. « C’est un pari risqué que je fais, j’en suis conscient… Je mets la seule chose que j’ai sur la table : mon capital politique », a-t-il déclaré à Politico.

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