Le masque s’est imposé dans le quotidien des Français. Utile pour lutter contre la Covid-19, cette protection a trouvé une seconde utilisation : celle de calmer l’anxiété sociale et de se protéger du regard de l’autre.

Depuis le 16 juin dernier, le masque n’est plus obligatoire en extérieur. Pourtant, cet accessoire, qui nous accompagne depuis le 20 juillet 2020, est encore loin d’avoir disparu du paysage urbain.

Certains portent le masque de peur de se contaminer, environ 1% selon les révélations du New York Times, ou de peur de contaminer les autres. Pour d’autres, il a une fonction surprenante : celui de masquer – littéralement – ses émotions et de se protéger du regard des autres. Une utilité appréciable pour les Français qui souffrent de troubles anxieux. Selon l’Inserm, 21% des adultes seraient touchés au cours de leur vie par cette phobie sociale, caractérisée par « une perception de soi négative et la peur que son apparence ou son comportement ne soit pas conforme aux attentes et aux normes sociales ». Et les femmes seraient deux fois plus affectées que les hommes.

« Un sentiment de liberté »

« Avec la chaleur qui arrive, ce n’est pas agréable de le porter, pourtant il m’est indispensable ». Pour Caroline, cet accessoire est devenu un « must have » de sa garde-robe et elle en a toujours un dans son sac à main. « Il me permet de ne pas penser à mon apparence. Si je veux faire la tête, personne ne le verra », confie la juriste en entreprise. « Je n’ai plus cette pression sociale qui m’oblige à sourire tout le temps. C’est un sentiment de liberté ». Grâce à ce masque, la jeune femme se sent « en phase avec ses actions » et se « pose moins de questions sur ses faits et gestes ». 

Même son de cloche chez Marie. La jeune femme de 29 ans y voit une protection contre le harcèlement de rue. « Depuis que je porte le masque, on m’aborde beaucoup moins ». Pour préserver sa tranquillité, la doctorante a pris un nouveau réflexe, celui de remonter son masque sur le nez lorsqu’elle croise quelqu’un. En plus, le masque offre un certain répit face à la pratique de « la bise », remplacé par un salut du coude ou du poing, moins intrusif. 

Apprendre à se détacher de son masque

Face à ces personnes anxieuses qui ont du mal à sortir sans masque, même lorsqu’elles y sont autorisées, des chercheurs alertent sur les méfaits possibles de cet accessoire sur du long terme. Selon des scientifiques de l’université de Waterloo au Canada, dans une étude parue dans Anxiety, Stress, & Coping, le masque peut être une gêne pour s’exprimer et entraîner la crainte d’être mal compris.  De plus, il réduit la lecture des émotions, au risque d’être interprété négativement. Dernier point, les psychologues alertent sur l’apparition de ces troubles chez certaines personnes à la sortie du confinement. Car le retour à la vie normale peut-être brutale.

Le masque n’est pas une solution pérenne pour lutter contre l’anxiété sociale, mais peut être considéré comme un soutien. Dans les colonnes de Spectrum News 1, la psychologue Susan Albers conseille de se détacher de son masque peu à peu. Pour elle, il est bon « de commencer à travailler sur [son] anxiété sociale » et de sortir masqué « que lorsque cela est vraiment nécessaire ».