L’affaire Peng Shuai ne cesse de secouer le monde depuis près d’un mois. Pour cause, la jeune joueuse de tennis chinoise a disparu soudainement après avoir accusé un haut dignitaire chinois de viols. Après de nombreux soulèvements et mise en cause de l’État chinois, notamment par la Women’s Tennis Association (WTA), la joueuse est réapparue étonnement calme. Que s’est-il réellement passé ?

Par Fanny Muet et Alissia Lejeune

Enfin ! Alors que le monde entier se demande où est passée Peng Shuai et se mobilise pour faire pression sur la Chine, des photographies de la jeune femme ont miraculeusement été publiées sur les réseaux sociaux le 20 novembre. Peng Shuai est bien en vie, mais où était-elle tout ce temps ? Si elle se dit “saine et sauve”, la question de la réelle liberté de la joueuse chinoise se pose encore. 

L’ancien vice-Premier ministre chinois accusé de viols

Zhang Gaoli est l’ancien vice-premier ministre de Chine, en fonction entre 2013 et 2018. Il est l’un des sept membres du comité permanent du Parti communiste. Il est intouchable. Le 2 novembre 2021, Peng Shuai, joueuse de tennis internationale chinoise, accuse ce dernier de viol via le principal réseau social chinois, Weibo. La jeune femme décrit des faits survenus d’abord il y a 7 ans, puis il y a 3 ans après des parties de tennis. Dans son message, Peng Shuai explique qu’une relation sexuelle non consentie aurait eu lieu une nouvelle fois une semaine auparavant. Toujours le même schéma, la femme de Zhang Gaoli étant dans la confidence puisqu’elle « montait la garde à l’extérieur » de la pièce.

« J’avais très peur. Cette après-midi là, j’ai d’abord refusé. Je n’arrêtais pas de pleurer. Pourquoi être revenu vers moi, m’avoir emmenée chez toi et m’avoir forcée à avoir une relation sexuelle avec toi? Tu as toujours eu peur que je cache un magnétophone. Tu démentiras certainement ou bien tu iras jusqu’à m’attaquer« , écrit-elle sur le réseau social chinois en s’adressant directement à son bourreau aujourd’hui âgé de 75 ans. C’est la première fois dans l’histoire du pays qu’un homme politique chinois est publiquement accusé de viol.

Consciente de mettre en péril sa propre liberté, Peng Shuai voit alors sa publication s’effacer presque sur le coup. Aussi, l’État chinois censure automatiquement chaque commentaire qui pourrait avoir un lien avec ce sujet. Rappelons que Weibo est contrôlé par le gouvernement de Xi Jinping depuis 2013. Des peines de prison sont d’ailleurs infligées aux propagateurs de rumeurs.

Disparition suspecte

En quelques minutes, des millions d’internautes relayent les propos de Peng Shuai avant que leur post ne soit supprimé à leur tour. Et les internautes sont loin d’être au bout de leur surprise. Depuis sa déclaration sur Internet, la joueuse de 36 ans ne donne plus de nouvelles. A-t-elle été victime de répression par l’État chinois ? A-t-elle été enlevée ? A-t-elle été mise sous tutelle des autorités ? Les questions se bousculent, l’inquiétude gagne l’International et les médias étrangers s’emparent de l’affaire pour tenter d’élucider un mystère, loin d’être un cas isolé en Chine. Porter atteinte au gouvernement peut coûter très cher et ce n’est pas la première fois qu’un citoyen disparaît. En revanche, Peng Shuai jouit d’une certaine notoriété dans l’univers du sport et les instances sportives ne sont pas prêtes de laisser un tel événement dans le silence.

Séisme médiatique

Peng Shuai est célèbre dans l’univers des courts en terre battue pour avoir remporté Wimbledon en double en 2013, puis Roland-Garros en 2014. Classée 189e joueuse mondiale, la Chinoise voit son nom effacé des compétitions à venir dans son pays. Seulement, les autorités chinoises n’avaient pas vu venir le séisme médiatique.

Aussitôt la WTA réclame des explications et menace de supprimer ses tournois en Chine, bien que les accords économiques avec le pays soient essentiels pour le tennis féminin mondial. Les États-Unis appellent au boycott des Jeux olympiques d’Hiver de 2022 à Pékin et l’ONU demande des preuves nettes et précises de la sécurité de Peng Shuai.

Les figures du sport prennent la parole sur les réseaux à l’image de la numéro un mondial Serena Williams. « Je suis choquée et dévastée par ce qui arrive à ma collègue Peng Shuai. J’espère qu’elle est en sécurité et qu’on la retrouvera le plus vite possible. Il doit y avoir une enquête sur celanous ne devons pas rester silencieux« , s’est-elle inquiétée sur Twitter. Les réseaux sociaux s’enflamment et le hashtag #WhereisPengShuai se répand comme une traînée de poudre au-delà des frontières.

Une réapparition propagandiste ?

Dimanche 21 novembre, soit trois semaines après sa disparition, des nouvelles rassurantes de Peng Shuai sont enfin parvenues en Occident. Rassurantes, mais troublantes. Si la joueuse semble effectivement en bonne santé, son état très serein, alors qu’elle est au coeur d’une immense controverse, soulève encore des doutes. Une courte vidéo où l’on peut voir la joueuse très calme, attablée devant une série de plats, a été diffusée sur Twitter sans que l’on puisse pour autant identifier la date.

Images diffusées sur Twitter par rédacteur en chef du Global Times, Hu Xijin

Plusieurs images ont ensuite été relayées, montrant Peng Shuai dans sa chambre ou encore assistant à un tournoi de jeunes joueurs en Chine. La championne s’est également entretenue en visioconférence avec Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO). À cette occasion, elle a déclaré « être en bonne santé » et vouloir que « sa vie privée soit respectée« . Si cet entretien filmé a vocation de calmer le ras de marée autour de la joueuse, l’association Human Rights dénonce une « propagande d’État chinois » relayé par le CIO. Les Jeux olympiques d’hiver doivent se tenir en Chine en février prochain…

Steve Simon, patron de la WTA ne se satisfait pas non plus de ces nouvelles et doute de la sincérité de ce que Pékin veut bien montrer au reste du monde. Le responsable du circuit professionnel féminin réclame « une preuve indépendante et vérifiable« .

Depuis les accusations qu’elle a portées à l’égard de l’ancien vice-premier ministre, Peng Shuai n’a pas pu s’exprimer face à la presse chinoise ou encore dans un média étranger. De son côté, le haut dignitaire accusé de viol n’a pas dit un mot depuis le début de l’affaire. Visiblement, la culture du silence est étendue aux victimes et aux bourreaux en Chine.