Règlements, codes archaïques ou encore fermeture d’esprit collective, il est encore difficile aujourd’hui de s’habiller comme nous le souhaitons. Pantalons ou jupes, short court et crop top, ou encore décolleté et chevelure relevée : les tenues féminines sont très (trop?) souvent au cœur de la polémique. Même en plein cœur du monde sportif, les athlètes de haut niveau se voient imposer des tenues, étonnantes voire dégradantes. Depuis quand dicte-t-on aux femmes leur façon de s’habiller ?

/ Par Fanny Muet

Une amende pour non port du bikini

1 500 € d’amende. Aux Jeux Olympiques de Tokyo, une question s’est posée : les femmes ont-elles le droit de choisir ? La réponse est claire : non. La Fédération Européenne de Handball a été ferme et la sanction est tombée. Lors du dernier match de l’Euro face à l’Espagne, les joueuses de l’équipe de beach-handball ont choisi de ne pas porter un bikini… comme le demande le règlement. « Les athlètes féminines doivent porter des bas de bikini bien ajustés et échancrés« , stipulent ces règles, dont on ne voit pas bien l’utilité pour jouer au ballon.

Jugeant cette tenue dégradante et peu pratique, les handballeuses ont décidé de porter un short, à l’instar de leurs homologues masculins qui en ont le droit. Cette polémique a soulevé une vague d’indignation dans le monde du sport. Sur Twitter, le président de la Fédération norvégienne de volleyball, Eirik Sørdahl se désespère que la question soit encore posée en 2021. Le ministre norvégien de la Culture, Abid Raja, a lui appelé sur les réseaux à des « changements d’attitudes (…) nécessaires dans l’univers international macho et conservateur du sport ».

Un soutien international

L’indignation s’est fait entendre jusqu’aux États-Unis. La chanteuse Pink, très active dans la défense des droits des femmes a proposé de payer l’amende. « Très fière de l’équipe féminine norvégienne de handball de plage pour avoir protesté contre les règles très sexistes concernant leur tenue. La fédération européenne de handball devrait payer une amende pour sexisme. Bravo, mesdames, continuez comme ça », s’est indignée la chanteuse engagée sur Twitter. Si sa proposition a été fortement appréciée par la communauté sportive européenne, la fédération norvégienne de handball l’a remerciée, mais a décliné son offre et s’est engagée à payer l’amende.

Même pendant une compétition internationale, les femmes ne sont pas encore libres de leur choix. Et pour appuyer cette constatation, aux Jeux Olympiques de Tokyo 2021 les gymnastes allemandes ont choisi de concourir en combinaison, recouvrant alors bras et jambes, abandonnant le justaucorps traditionnel. Ce n’était pas la première fois. En effet, elles l’avaient déjà fait lors des Championnats d’Europe à Bâle ce printemps. D’après l’agence Reuters, la gymnaste Elisabeth Seitz a assuré que ces choix étaient faits pour « montrer que chaque femme a le droit de choisir ce qu’elle veut porter ».

Depuis quand on a un avis sur nos habits ?

Abandonner les corsets, laisser tomber les jupes ou les talons trop hauts et préférer un pantalon et des chaussures plates ? Oui, mais depuis combien de temps ? Nous avons toutes en tête l’image classique de la femme au Moyen Âge en robe longue. Elle accumule les couches et les tissus sans qu’elle puisse avoir nécessairement le choix entre une jupe ou un pantalon.

Il faut attendre la Révolution, dans le cas de la France, pour voir les femmes en pantalon. Est-ce légal ? Pas pour autant. Et plus de 180 ans plus tard, il fallait même une autorisation de la Préfecture de Police pour avoir le droit de s’habiller en homme”. Pourtant, presque aucune femme n’avait d’autorisation et le pantalon marquait le début d’une émancipation féminine irréversible. Ainsi, en France, il faut attendre le 31 janvier 2013 pour que la loi interdisant aux femmes de porter des pantalons soit abrogée…oui, seulement en 2013 !

Et dire qu’on a toutes commis des délits jusque-là…