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Agathe the Book : Comment je me suis infiltrée à la soirée des auteurs

La blogueuse littéraire d’origine nancéienne que je suis ne pouvait rater la 40e édition de cet événement inter-planétaire qu’est Le Livre sur la Place.

J’ai même obtenu l’aval patriarcal de mon amoureux : « Mais oui prends ton vendredi chérie, profite pour voir tes auteurs préférés, je te retrouve samedi avec les enfants.»

Oui mais.

Comment faire quand notre patience dans une file d’attente équivaut à celle d’une enfant de 2 ans, quand la ville de Nancy n’annonce pas moins de 175.000 visiteurs sous le chapiteau et que la météo prévoit une chaleur estivale à vous porter pâle dans les effluves éparses de vos congénères de dédicace ?

On convoite le plan B ; j’opte ainsi pour le coup de fil à un ami.

« Allô David, c’est Agathe the Book. Qu’as-tu de prévu aujourd’hui ? »

David Foenkinos —au cas où vous ne l’auriez pas deviné instinctivement— investit beaucoup de son temps et de sa générosité envers les projets neufs, les écrivains en herbe ou tous ceux qui comme moi aiment la littérature pour la littérature. Il m’a même fait l’honneur suprême de venir à ma remise de Prix des Blogueurs Littéraires en janvier dernier.

« Oh Agathe The Book ! Bien sûr, oui je suis là, retrouve-moi ce soir et on ira au dîner des auteurs ! Bon, je te préviens, chaque année, c’est un peu la soirée de la déprime. »

La soirée de la déprime ? Je ne comprends pas, un si bel endroit avec autant de gens intéressants ne peut prétendre à la tristesse ! Pour moi, L’Excelsior, cette somptueuse brasserie Art Nouveau, c’est le symbole heureux de mes rendez-vous plateau de fruits de mer avec mon père, le troc de mes bulots indigestes contre ses fines claire n°10 et des taches de tourteaux sur ma robe de jeune fille. Peu encline à la démotivation, j’accepte avec joie sa proposition d’infiltration.

Je profite de ma journée vacante pour flâner dans les allées presque vides du chapiteau de la Place Carrière, car la plupart des auteurs ne sont pas encore arrivés. Au stand France Bleu, je tombe sur Nicolas Mathieu, auteur lorrain de Leurs enfants après eux, une superbe fresque régionale publiée chez Actes Sud, ayant déjà obtenu le prix de la Feuille d’Or et sélectionné sur la liste du Goncourt 2018. Plus loin dans une allée, Amélie Nothomb (Les prénoms Épicènes, Albin Michel) s’installe tranquillement tandis qu’une caméra vole autour de Guillaume Musso (La Jeune Fille et La Nuit, Calmann Lévy).

C’est à cet instant que je croise Serge Joncour, l’auteur du remarquable Chien-Loup publié en cette rentrée chez Flammarion. Serge est l’auteur le plus aimable et attentionné de tous les temps, vous n’avez qu’une envie, vous reposer sur lui, comme dans son roman paru en 2016. Nous échangeons quelques instants, je lui trouve un air soucieux. Par politesse, je préfère m’abstenir de tout commentaire. Entre temps, je déjeune avec mon père et prend le café avec ma mère. Oui, mes parents sont aussi des êtres très importants.

À 19h, je retrouve David au musée des Beaux-Arts Place Stanislas où Tahar Ben Jelloun, l’auteur de La punition ou de La nuit sacrée y expose ses lumineuses toiles jusqu’au 20 septembre. Après un court discours inaugural de Françoise Rossinot, organisatrice principale du Salon depuis sa création en 1979, Tahar Ben Jelloun nous présente ses tableaux, des portes marocaines colorées et des oiseaux mêlés à des citations, beauté et joie, ici peu de drame intérieurs comme dans ses livres. Parmi les invités présents, de grandes figures de la littérature sont là, je frôle quelques membres de l’Académie Goncourt comme Bernard Pivot, je salue Pierre Assouline puis bavarde avec Françoise Chandernagor et Paule Constant. Sur certains visages, on devine une certaine amertume. Il me manque la clé du problème.

En arrivant à la Brasserie de L’Excelsior, David me présente avec enthousiasme, je rougis derrière ma poudre minérale. Parmi les conversations, j’entends confusément les mots « Goncourt », « Giono », « Liste des 15 », Renaudot », puis des bribes de phrases telles que « Grasset n’en a qu’un, Gallimard trois, Maylis était la favorite il y a deux mois », ou encore « Je suis content pour Adeline, j’ai adoré son roman ».

Tout s’éclaire enfin: je n’avais jamais su, jamais compris, Nancy, ma ville chérie, à l’occasion du Livre sur la Place, accueille les membres de l’Académie Goncourt pour la première délibération et annonce la sélection des 15 titres du futur Prix Goncourt. À cette soirée annuelle, nombreux sont les déçus. Quant aux heureux élus, ils préfèrent par pudeur masquer leur joie. Le dîner de la déprime décrit par David est ce fameux soir où les spéculations cessent et où les espoirs s’envolent. Il me confie d’ailleurs arriver nettement plus serein à ce dîner depuis qu’il a eu le Renaudot pour Charlotte en 2014. Au-delà de la reconnaissance, les prix libèrent leurs auteurs. Heureusement dans le hall d’entrée, le naturel optimisme d’Alain Mabanckou et son rire communicatif illuminent quelques sourires ternis. Je salue joyeusement Christophe Ono-Dit-Biot et Estelle-Sarah Bulle, la rayonnante lauréate du Prix Stanislas pour son roman Là où les chiens aboient par la queue publié aux Editions Liana Levi.

À ma table improvisée, David a réuni quelques personnes comme Emilie Frèche, l’auteure de Vivre ensemble paru chez Stock et déjà abîmé par la polémique. Tandis qu’elle me l’explique, je m’en veux terriblement de ne pas avoir lu son roman avant de venir. De loin, j’aperçois Guy Boley, l’auteur de Fils du Feu et de Dieu boxait en amateur aux éditions Grasset. Il rayonne, il fait partie des 15 sélectionnés et je suis heureuse pour lui.

Le dîner est excellent, le champagne aussi, parfois entre les plats j’accompagne des écrivains fumer des cigarettes dehors, c’est l’occasion de me remettre à la clope, mes poumons me pardonneront. Soudain Salman Rushdie sort d’une voiture, des flashs crépitent et derrière lui je fais un selfie avec Benoît, l’attaché de Presse de Cherche-Midi. Nombreuses sont les personnes rencontrées sur les réseaux présentes en chair et en os. Tout le monde est là ce soir, attachés de presse, éditeurs, auteurs, j’ai une chance folle de pénétrer ce décor. Certains serveurs de longue date me reconnaissent, me font des clins d’oeil comme si j’étais une espionne, ils n’ont pas tout suivi de ma reconversion littéraire.

À la sortie du restaurant, Jérôme Attal nous propose un dernier verre Place Stanislas. Au grand Café Foy, nous croisons Philippe Jaenada. Lorsqu’il me fait la bise, je pense à cette amie blogueuse qui le vénère.

Puis soudain un halo lumineux nous interpelle depuis le milieu de la Place. Je ne pensais pas, je ne savais pas. J’avais entendu parler de cet homme, de son aura, de son charisme. Je m’y confronte. L’homme dégage plus d’énergie que quinze centrales nucléaires, et tant pis pour mes anciens a priori qui me font honte, —un certain élitisme mal placé— nous nous installons à ses côtés. Voilà, il est minuit, la Place Stanislas est presque vide et je bois un verre de Mercurey avec Marc Lévy. Je suis fascinée. Demain, des milliers de personnes se feront dédicacer Une fille comme elle. De son compte Instagram, il s’abonne à mon blog devant mes yeux médusés. David m’offre une cigarette, je lui souris en expirant des volutes de reconnaissance. Il est mon bienfaiteur, ma bonne étoile, la marraine de Cendrillon à la fois.

Le lendemain, lorsque je raconterai cette soirée inoubliable à mon père, il ne pourra masquer sa déception :

« Ah… Mais alors, tu n’as pas rencontré Isabelle Adjani ?  »

Prochain challenge pour l’année prochaine : demander à David de m’infiltrer au festival de Cannes…

 

Crédit photo : ©DR

 

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