De son enfance au Japon à ses responsabilités ministérielles au Luxembourg, elle incarne une trajectoire guidée par l’ouverture, le sens du devoir et un engagement constant en faveur de l’égalité. Entre défense, mobilité et droits des femmes, elle avance avec conviction dans un contexte international sous tension.

Rédaction : Karine Sitarz

Vous êtes née et avez grandi en partie au Japon. Quelle importance votre double culture a-t-elle eu dans votre vie ?

Grandir dans ce magnifique pays en Asie, et plus particulièrement dans une culture aussi différente, mais dans un environnement très international, a cer- tainement contribué à mon ouverture d’esprit, ma façon d’aborder les défis et de trouver des solutions aux problèmes. Pour moi, le dialogue et la communication sont fondamentaux, car ils permettent d’écouter et de comprendre l’un et l’autre. J’ai grandi dans un milieu multiculturel, la diversité était quelque chose de normal pour moi : une richesse. Nous sommes toutes et tous différents(es) et uniques.

De nationalité luxembourgeoise, j’étais aussi très unique, il n’y avait ni Luxem- bourgeoises ni Luxembourgeois dans les écoles que j’ai fréquentées au Japon, ni dans les universités où j’ai poursuivi mes études. Mon rêve de devenir diplomate et de travailler pour mon pays s’est donc façonné tout naturellement.

Nous nous étions rencontrées en 2020 en plein Covid-19 alors que vous travailliez à la Représentation de la Commission européenne au Luxembourg. Depuis vous avez été maréchale de la Cour avant de devenir ministre. Que retenez-vous de ces cinq dernières années ?

Les cinq dernières années ont été très intenses : la pandémie, la guerre que la Russie mène contre l’Ukraine depuis maintenant 4 ans, qui a déclenché une crise énergétique majeure en Europe, des perturbations de l’approvisionnement, l’inflation… avec un impact direct sur nos populations en Europe y compris au Luxembourg. Nous continuons de traver- ser une période difficile, en particulier sur le plan géopolitique, où la menace qui pèse sur l’Europe demeure bien réelle.

Je considère comme un véritable pri- vilège de pouvoir contribuer à façonner le Luxembourg et son avenir, et cela sur de nombreux fronts, en tant que ministre des Finances (2022-2023) ou aujourd’hui en tant que ministre de la Défense. Les portefeuilles qui me sont confiés, outre la défense, incluent également la mobilité et les travaux publics ainsi que l’égalité des genres et la diversité, revêtent tous, à mes yeux, la même importance.

C’est intense, au quotidien. Mais ces années, aussi ma mission en tant que Maréchale de la Cour, furent aussi pro- fondément enrichissantes. Je m’engage humblement, mais avec toute mon éner- gie, pour œuvrer tant que je le peux, pour un monde meilleur. Au Luxembourg et si possible au-delà.

Qu’est-ce qui vous a incitée à vous lancer dans le grand bain de la politique ? Pouvez-vous nous retracer brièvement ce parcours ?

Ça n’a jamais été mon but de m’enga- ger dans la politique, la carrière diploma- tique était ma prédestination, pensais-je. J’étais à l’aise, par exemple, en œuvrant derrière la scène en tant que conseillère de deux Premiers ministres luxembour- geois, Jean-Claude Juncker et Xavier Bet- tel. Mais la politique m’a sollicitée. J’ai dit oui, j’ai osé, et je ne le regrette pas.

Ministre de la Défense, Ministre de la Mobilité et des Travaux publics et Ministre de l’Égalité des genres et de la Diversité, quelles sont les difficultés pour concilier ces portefeuilles si différents ?

Le principal défi réside dans le fait que chaque journée ne compte (heureuse- ment) que 24 heures. Je suis très engagée dans chacun de mes ministères et recon- naissante envers mes équipes pour leur précieux travail et leur soutien constant.

Ces sujets peuvent sembler très diffé- rents au premier abord, mais en fin de compte, ils sont étroitement liés. L’égalité des genres est un enjeu fondamentale- ment transversal. En matière de défense, par exemple, je suis convaincue que nous avons besoin de plus de femmes au sein de l’armée luxembourgeoise : elles ap- portent des talents et des compétences qui sont essentiels pour une armée moderne, diversifiée et efficace. Il en va de même pour la mobilité et les infrastructures : les femmes et les filles peuvent avoir des be- soins différents en matière d’urbanisme, notamment en ce qui concerne la sécurité et le bien-être. Vous voyez donc que oui, j’ai des mandats très différents, mais je les considère comme complémentaires.

En 2025, vous avez fait de la lutte contre les violences de genre une priorité. Vous avez inauguré le Centre national pour les victimes de violences, vous avez lancé le tout premier plan national contre les violences de genre et vous avez soutenu l’association « La Voix des Survivant(e)s ». Un premier bilan ?

La lutte contre les violences fondées sur le genre est une priorité absolue pour moi. Dans un monde idéal, nous n’au- rions pas besoin d’un plan d’action natio- nal contre la violence fondée sur le genre, le premier au Luxembourg, ni d’un centre national pour les victimes de violences (CNVV). Mais ce n’est malheureusement pas la réalité dans laquelle nous vivons. Ces dernières années, nous avons constaté une augmentation du nombre de signale- ments de violence domestique.

Cela peut s’expliquer par une meil- leure sensibilisation, mais quoi qu’il en soit, nous observons clairement un besoin d’aide et d’une offre globale. Le CNVV offre un accès inconditionnel, un accueil professionnel, une écoute bienveillante, ainsi qu’une prise en charge ambulatoire

sur place. Il garantit également, dans les meilleurs délais, un accueil aux urgences à toute victime – majeure ou mineure – de toutes formes de violences (physiques, sexuelles, psychiques). L’objectif de ce projet novateur est l’amélioration du par- cours d’une victime de violences par une équipe pluridisciplinaire qui offre, en un seul endroit, une aide et une possibilité de prise en charge globale en coopération avec d’autres partenaires opérationnels. Il est important de noter qu’un tiers des personnes qui recherchent de l’aide sont des hommes.

La suite de l’interview est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition de mars 2026.

Photos : © David Angeletti

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