« Le 29 janvier dernier, Radio France s’interrogeait : “Budgets déficitaires, suppressions de postes, édu-scepticisme grandissant, fuite des cerveaux, généralisation de l’IA… Le système universitaire français est-il à bout de souffle ?” Et au Grand-Duché, tout baigne ? »
Par Cadfael
France : le gouvernement abandonne-t-il ses universités ?
Le 26 janvier dernier, dans un contexte où près de 100 % des universités françaises ont voté un budget déficitaire pour 2026, Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry à Montpellier, tirait la sonnette d’alarme dans une lettre ouverte adressée au président de la République. Elle y déplore un sixième budget déficitaire et des conditions de travail déplorables.
« On meurt dans vos universités. On meurt dans mon université. D’excès de travail, de stress, d’usure, de désespoir, d’indifférence. /…/ Dans mon université, en cinq ans, il y a eu quatre suicides de personnels titulaires, trois crises cardiaques au travail, deux AVC, sans compter les arrêts de travail de longue maladie pour burn-out. »
Au micro de Radio France, elle expliquait : « Une université en déficit, elles le sont toutes actuellement, c’est une université dont, sur une année, les charges, les dépenses, sont supérieures aux recettes, et en particulier à ce qui constitue la recette principale, c’est-à-dire la dotation de l’État. Sur l’année 2025, nous devrons, dans mon université, prendre quatre millions dans le fonds de roulement, c’est-à-dire dans les réserves de l’établissement. /…/ Vous avez un encadrement prévu pour 17 000 étudiants, et vous en avez 23 000. Que dois-je faire de ces 6 000 étudiants supplémentaires ? », déclarait-elle.
Dans Le Parisien Étudiant, on peut lire que l’université de Lille, « l’une des plus importantes en France avec 80 000 étudiants, prévoit un déficit de 44,9 millions d’euros dans son budget 2026, plus du double de celui attendu cette année ». Le 6 janvier 2026, la présidente de l’université du Mans s’interrogeait dans Ouest-France : « Comment un pays peut-il prétendre préparer son avenir en laissant mourir ses universités ? »
Le gouvernement français vient par ailleurs d’annoncer le repas à un euro pour tous les étudiants à partir du mois de mai. Or, 85 % des jeunes disposent de moins de 200 € par mois pour les dépenses du quotidien (nourriture, habillement, transport, loisirs…).
À méditer.
Et Uni.lu ?
À l’opposé de la France, tout roule pour Uni.lu, du moins, les apparences pouvaient le laisser croire. Avec un budget 2022-2025 de 908 millions d’euros et un prévisionnel dépassant le milliard sur les quatre prochaines années, selon le Luxembourg Times du 17 décembre dernier, et malgré des installations plutôt luxueuses, la cocotte Uni.lu est en train d’exploser.
Avoir des enseignants parmi les mieux payés d’Europe, selon l’OCDE, n’aura pas suffi à faire taire des années de rumeurs et de témoignages sous couvert de discrétion. Les reproches deviennent publics, enfin, selon certains. Une manifestation d’enseignants et de chercheurs mécontents devant la Chambre des députés, à l’automne dernier, a le mérite de les rendre publics.
Les critiques exprimées dans la presse pointent du doigt un climat de travail toxique, des pratiques répandues de harcèlement et de pressions psychologiques, des promotions biaisées et des contrôles de gestion posant question.
Un complot ?
En prime, un recteur extrêmement photogénique, avec une barbe de deux jours soigneusement entretenue, pleurnichait dans la presse la semaine dernière que « l’université est attaquée » ; le mythe du complot étant toujours bon à prendre. Entre des années de licenciements et de démissions sponsorisés, selon la presse, et un climat de travail toxique, le malaise grandit.
L’idée du recteur de proposer une commission et de promettre un audit va clairement à l’encontre des avis des « opposants », qui sont clairs : « Si le gouvernement cherche des réponses qu’auprès de la direction en place, c’est comme demander au chat qui a bu le lait », ont-ils déclaré aux médias. Avec, en filigrane, des conflits d’intérêts latents et la nécessaire réforme de structures de gouvernance obsolètes.
Suite aux doutes des députés concernant l’indépendance d’un audit rectoral, le gouvernement semble décidé à ne plus se cacher derrière le principe de « l’autonomie des universités » et à retoquer la proposition du rectorat. Se dirigerait-on vers une nécessaire réforme d’une gouvernance datant de 2003 ?
Par la même occasion, il serait judicieux de revoir les principes d’attribution des bourses étudiantes reposant sur une loi de 2014. Les exigences du monde économique ont changé depuis lors, surtout pour un pays qui vise des emplois dans la high-tech. Verra-t-on, dans un avenir proche, les standards de gouvernance que l’on peut attendre d’une université moderne et ouverte sur le monde, où il fera bon étudier ?



