Texte par Cadfael

Chaque 3 mai, la journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée. Elle est censée être une journée de support aux médias qui sont enchainés par leurs gouvernements. C’est également une journée de mémoire en souvenir des journalistes qui ont laissé leur vie pour un principe, celui d’une presse libre et indépendante.

« Cette année, le thème retenu pour célébrer la Journée mondiale de la liberté de la presse, «L’information comme bien public », souligne la valeur incontestable d’une information vérifiée et fiable. «Cette citation est de la française Audrey Azoulay, énarque, éphémère ministre de la culture sous Hollande  et actuelle directrice générale de l’Unesco. Il n’en demeure pas moins que cette vision de l’information comme bien public est une idée qui date d’une dizaine d’années et a été théorisée par Julia Cagé, jeune économiste française et accessoirement épouse de Thomas Piketty. 

Toutes ces choses étant égales par ailleurs, la liberté de presse demeure l’un des précieux  piliers de nos démocraties avec comme corollaires la liberté d’expression et la liberté d’opinion. Ces grandes élancées intellectuelles ne doivent pas nous faire perdre de vue ceux qui se battent au quotidien pour informer, allant contre toutes manipulations, fake-news, kompromat et autres techniques de formatage d’une opinion publique.

Un exemple parmi d’autres

La journaliste d’investigation philippine Maria Ressa a été désignée lauréate 2021 du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano, sur recommandation d’un jury international. Sur le site de l’Unesco on peut lire : « Le prix de 25 000 dollars récompense les contributions exceptionnelles à la défense ou à la promotion de la liberté de la presse, en particulier face au danger. Il porte le nom de Guillermo Cano Isaza, journaliste colombien assassiné devant le siège de son journal, El Espectador à Bogota, en Colombie, le 17 décembre 1986. Il est financé par la Fondation Guillermo Cano Isaza (Colombie), la Fondation Helsingin Sanomat (Finlande) et le Namibia Media Trust.

Forte d’une expérience de plus de trois décennies, Maria Ressa a travaillé en tant que journaliste d’investigation de CNN pour l’Asie et pour d’ABS-CBN. Elle a également participé à de nombreuses initiatives internationales visant à promouvoir la liberté de la presse. Ces dernières années, elle a été la cible d’attaques en ligne et de procédures judiciaires liées à ses reportages et à son statut de directrice du média en ligne « Rappler ».. Elle a été arrêtée pour des délits présumés liés à l’exercice de sa profession et a fait l’objet d’une campagne intense de menaces et de harcèlement sexistes en ligne. Il est ainsi arrivé qu’elle reçoive en moyenne plus de 90 messages haineux par heure sur Facebook. » Cela confirme une information du Washington Post selon laquelle les femmes journalistes sont plus souvent attaquées que leurs collègues hommes. Trois sur quatre ont eu droit à de la violence online.

Un sinistre bilan

Le site de « CPJ.org » du Comité de Protection des Journalistes nous fait découvrir la triste réalité d’une information qui peut gêner au point de tuer : 32 journalistes ont été assassinés en 2020 dont 22 en représailles pour des reportages effectués. Plus du double par rapport à l’année précédente où le chiffre se montait à 10. Le Mexique et l’Afghanistan restent les pays les plus dangereux.

Dans le rapport annuel du CPJ on peut lire que 274 journalistes se retrouvent en prison à cause des sujets traités, un triste record par rapport aux 272 en 2016. La Chine demeure championne du musèlement toutes catégories avec 47 journalistes détenus et souvent condamnés à des peines de longue durée. La seconde place revient à la Turquie, suivent l’Égypte et l’Arabie saoudite et le Belarus.

L’Iran se distingue par l’exécution par pendaison du journaliste web Roohollah Zam qui a été kidnappé en Irak pour ensuite être jugé et exécuté le 12 décembre 2020 au pays des mollahs.

Une protection renforcée pour les journalistes ? 

L’ONU et le Conseil de l’Europe veulent mettre en place des mécanismes pour renforcer la protection des journalistes. Sur la plateforme du Conseil de l’Europe, on peut suivre au quotidien les menaces qui pèsent sur le libre exercice de la profession. Un nom de pays revient souvent : la Russie. On y trouve également la Grèce, les Pays-Bas et d’autres comme la Hongrie et la Pologne qui font de gros efforts pour museler la liberté de la presse, de même que l’Albanie ou le Monténégro… candidats à l’adhésion à l’Union Européenne.

La conclusion de tout cela n’est guère optimiste. Selon Reporters sans Frontières : « L’UE, de son côté, semble impuissante : la procédure de sanctions contre la Hongrie pour atteinte à l’État de droit n’avance pas, et le nouveau mécanisme mis en place – qui conditionne l’accès des fonds européens au respect de l’État de droit – ne prend pas en compte la liberté de la presse. »

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