Les tensions géopolitiques dans le Golfe pourraient raviver les pressions inflationnistes, notamment sur l’énergie et les carburants. Un scénario qui pèserait directement sur le budget des ménages, avec un impact plus marqué pour les foyers les plus modestes. Nos trois questions à Jill Schaul pour décrypter la situation.

Quel est l’impact du conflit dans le Golfe sur le budget des ménages ?

On peut s’attendre à des hausses particulièrement marquées sur les carburants – essence et mazout de chauffage généralement les plus réactifs aux tensions sur les marchés internationaux. Ces évolutions ont un impact immédiat et significatif sur le budget des ménages. Ces tensions peuvent aussi se transmettre aux prix du gaz, et dans une moindre mesure à ceux de l’électricité. Par ailleurs, le risque d’une inflation alimentaire accrue est réel, car les coûts énergétiques plus élevés se répercutent sur l’ensemble de la chaîne de production et de distribution. S’y ajoutent des facteurs plus structurels, comme l’augmentation des prix des engrais ou les aléas touchant la production agricole mondiale. Cela dit, il n’existe toutefois pas encore de données disponibles sur l’impact de la guerre en Iran sur l’inflation alimentaire, ni sur les prix à l’importation.

Quelles sont donc vos prévisions d’inflation actuelles ?

Dans notre scénario « haut » de prévision – qui reflète les risques à la hausse liés au regain de tensions géopolitiques et aux perturbations potentielles de l’approvisionnement affectant les prix du pétrole brut et du gaz naturel –, l’inflation globale pourrait atteindre 2,5 % en 2026 et 2,4 % en 2027. La prochaine indexation serait toujours déclenchée au deuxième trimestre 2026, avec une tranche suivante au deuxième trimestre 2027. Dans le contexte actuel, le scénario bas (1,8 % pour 2026 et 2027) issu de nos dernières prévisions ne risque guère de se matérialiser.

Quel sera l’impact de cette future inflation sur le budget logement des ménages ?

Une hausse des prix de l’énergie exercerait une pression directe sur les dépenses liées au logement, en particulier sur celles consacrées au chauffage. Selon l’Enquête sur le budget des ménages (moyenne 2021–2024), ces dépenses de chauffage représentent environ 8 % de l’ensemble des dépenses de logement. Ce poste, qui comprend également les loyers (réels et fictifs), les travaux d’entretien, la sécurité, l’énergie, l’eau et divers autres services, constitue au total près de 37 % des dépenses totales des ménages. Les loyers fictifs concernent ici les propriétaires de leur résidence principale : ils correspondent au montant que le ménage percevrait si le logement était loué au prix du marché. Ces loyers sont également calculés pour les ménages bénéficiant d’un loyer réduit, afin de refléter l’avantage en nature dont ils profitent.

« Une hausse des prix de l’énergie exercerait une pression directe sur les dépenses liées au logement. »

L’impact d’une hausse énergétique ne serait toutefois pas uniforme selon les différents niveaux de vie. En effet, le gaz et le mazout représentent environ 2,1 % des dépenses totales des ménages les moins aisés, contre 1,3 % pour ceux plus aisés. Il en va de même pour les dépenses en carburant : elles représentent en moyenne 2,9 % des dépenses totales des premiers, contre 1,9 % des dépenses des seconds. Par rapport au revenu disponible, la hausse des dépenses incompressibles pèse donc plus lourdement pour les ménages modestes, la part du revenu consacrée à la consommation diminuant à mesure que le niveau de vie augmente.

Article initialement paru dans Femmes Magazine édition mai 2026.

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