En 2026, la majorité des baby-boomers atteindront l’âge de la retraite. Et la transmission de leur patrimoine à leurs héritiers sera d’une ampleur sans précédent. Car d’ici 2048 au niveau mondial, 124 000 milliards de dollars devraient changer de mains, sous forme d’immobilier, d’assurances-vie, d’actions ou d’entreprises familiales. Les plus riches, les conjoints et les partenaires en bénéficieront en premier lieu. Mais comment éviter que l’héritage ne devienne un poids financier ou émotionnel pour ses destinataires ? Comment les États pourront-ils tirer profit de cette manne sans aggraver leurs inégalités ?

Rédaction : Marc Auxenfants

Le grand transfert de patrimoine désigne la transmission massive d’actifs (immobiliers, financiers, entreprises…) d’une génération à l’autre, principalement de la « génération silencieuse » (née avant 1945) et des baby-boomers (nés entre 1946 et 1964/1965), enfants et petits-enfants. Aujourd’hui âgés de 61 ans et plus, ils sont pour la plupart retraités ou en âge de l’être. Leurs héritiers potentiels sont les générations X (1965-1980), Y/ millennials (1981-1996) et Z (1997-2012).


À l’échelle mondiale, « 124 billions de dollars devraient changer de mains d’ici 2048 », indique le cabinet de gestion de patrimoine Glenmede. « Les héritiers de la génération X devraient recevoir la plus grande partie au cours des dix prochaines années, tandis que les millennials hériteront probablement de la plus grande part de toutes les générations au cours des 20 prochaines années. »

Des transferts marginaux

Pour Franco Modigliani toutefois, ces transferts sont marginaux. Dans ses études menées dans les années 1950, l’économiste américain relevait que la majeure partie de l’épargne et de la richesse accumulée par les ménages dans une économie provenait avant tout de leur motivation d’épargner pendant leurs années d’activités professionnelles, puis de désépargner à la retraite.

Cette accumulation ne découlerait donc pas d’une volonté première de transmettre un héritage. Toujours selon lui, la transmission de richesse vers les générations suivantes ne représenterait qu’une petite partie de l’accumulation totale de capital, la plupart des gens consommant l’essentiel de leur richesse avant de mourir. Et enfin, ces transferts intergénérationnels se concentreraient avant tout chez les riches, et non sur la grande majorité de la population.

Soixante-dix ans plus tard, les chiffres actuels semblent corroborer cette analyse. Ainsi, selon les projections actuelles, 50 % des transferts ne concernent que 2 % de ménages les plus fortunés. De même au Luxembourg, une enquête menée par Swissquote en 2024 auprès de ses clients révèle que
36 % d’entre eux déclarent avoir un plan financier d’avenir bien défini. Alors que 55 % ont une idée approximative de la tournure que prennent leurs finances. Et « 37 % des baby-boomers n’ont pas de plan financier futur », précise la banque suisse en ligne. « Toutefois la génération X et ceux qui gagnent plus de 220 000 euros par an ont indiqué avoir un plan financier bien défini. » Et parmi les plus fortunés d’entre eux, seulement deux clients sur cinq ont déclaré avoir organisé des préparatifs financiers approfondis, alors que 46 % disent avoir élaboré un plan financier approximatif.

2026 – Année charnière

2026 est considérée comme une année charnière, la plupart des baby- boomers atteignant actuellement
l’âge de la retraite. En Europe, dans le segment des grandes fortunes, environ 3 200 milliards d’euros seront transférés d’une génération à une autre, au cours des prochaines années, note KPMG.
Les principaux actifs concernés sont des biens immobiliers (résidences principales, secondaires, SCPI), ainsi que biens mobiliers de type assurance- vie, actions, entreprises familiales, cryptomonnaies et œuvres d’art. Ces transmissions s’effectueront via des successions, des donations de son vivant, de trusts ou des holdings familiales.

La fortune actuelle qui changera de mains est d’autant plus importante que l’après-Covid a enregistré une hausse globale du nombre de milliardaires : « La fortune totale de ces derniers a bondi de 81 % entre début 2020 et début 2026, atteignant un record historique de 18 300 milliards de dollars, relève Oxfam. Depuis 2020, les 1 % les plus riches ont capté près de deux tiers des richesses produites dans le monde, deux fois plus que le reste de l’humanité. » La flambée des prix des actifs, avec une croissance de la valeur des actions (+27 %) et de l’immobilier (+39 %), a contribué à cette augmentation. L’héritage serait-il la voie royale vers la richesse ?

Selon Swissquote, les Luxembourgeois considèrent l’héritage comme la voie la plus sûre vers la richesse. « À la question “Quelles sont les meilleures façons de devenir riche au Luxembourg ?”, notre enquête a révélé que la majorité (62 %) estime que la meilleure façon est d’hériter de la richesse de sa famille, suivie de réaliser des investissements immobiliers attrayants (59 %). » Ce grand transfert sera d’abord intragénérationnel. Car la transmission bénéficiera d’abord aux conjoints et partenaires de vie survivants, pour assurer leurs capacités financières. « Selon certaines estimations, 54 000 milliards de dollars seront versés aux conjoints avant d’être transmis aux héritiers de la génération suivante », note Glenmede. Et pas moins de 40 000 milliards de dollars iront aux veuves, en raison d’une espérance de vie plus longue, souvent après le décès d’un mari qui gérait les investissements.


L’intégralité de article est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition d’avril 2026.

Photo de couverture : Shutterstock

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