Israël et les États-Unis sont en guerre avec l’Iran. Ils entendent régler un conflit ancien avec cette théocratie jugée toxique, obsédée par la destruction du « Grand Satan » américain et d’Israël. Le détroit d’Ormuz est ainsi devenu un enjeu stratégique majeur, menaçant la stabilité des économies mondiales.
Rédaction : Cadfael
Un cul-de-sac maritime
Ce passage maritime en cul-de-sac relie le golfe d’Oman au golfe Persique et, au-delà, aux grandes économies mondiales. Il traverse un détroit bordé, d’un côté, par Oman (5,5 millions d’habitants) et, de l’autre, par l’Iran (92 millions d’habitants). À son point le plus étroit, il ne mesure que 55 kilomètres, ce qui en fait un espace relativement simple et peu coûteux à contrôler.
Selon l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), « avec un dixième de la surface de la Méditerranée, le golfe Persique concentre à lui seul plus de 50 % des réserves prouvées de pétrole et 40 % de celles de gaz […] La plupart, exploitées ou en devenir, sont offshore, au fond de la mer ». Le détroit concentre ainsi des flux considérables : un tiers du commerce mondial de pétrole (12 à 13 millions de barils par jour), 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL), 30 % du gaz de pétrole liquéfié, 15 % des produits pétroliers raffinés et près de 30 % des engrais azotés, selon une moyenne annuelle sur la période 2023-2025.
Un passage stratégique
L’Iran y exerce une influence déterminante : il peut entraver, ralentir ou laisser circuler les navires selon ses intérêts, le détroit constituant le nerf de son économie comme de celles des autres États du Golfe. Les bâtiments en provenance d’Inde, de Chine ou de Russie y transitent librement, générant des revenus considérables pour Téhéran.
Il est dès lors surprenant que les stratèges de Washington, malgré leurs capacités de renseignement et d’anticipation, aient pu sous-estimer un paramètre aussi évident.
La coalition a choisi de s’attaquer au cœur du système financier iranien en visant le terminal pétrolier de l’île de Kharg, pivot des revenus du pays. Elle a toutefois, jusqu’à présent, évité les frappes directes contre les infrastructures pétrolières les plus vitales.
Les Émirats arabes unis apparaissent légèrement moins exposés grâce à leur accès direct à l’océan Indien, notamment via le port de Khor Fakkan, d’où transitent environ 25 % de leurs flux. Cette infrastructure reste néanmoins à portée de drones, comme l’ont montré les événements récents.
Follow the money
Après l’élimination du Guide suprême, son fils, nommé discrètement mais resté jusqu’ici invisible, est censé reprendre la direction des affaires. Selon la presse anglo-américaine, son père le jugeait récemment peu capable d’assumer une telle responsabilité.
Des informations ayant fuité évoquent également des soupçons d’homosexualité, un crime passible de la peine de mort en Iran, ce qui ne fait qu’assombrir son profil. Vérité ou opération d’intoxication ? La question reste entière.
Présenté par certains comme encore plus radical que son père, il aurait aussi supervisé les investissements du clan, disséminés en Europe. D’après plusieurs sites spécialisés en criminalité financière, ces avoirs pourraient atteindre une dizaine de milliards d’euros, détenus notamment via des intermédiaires bancaires.
Ironie de la situation : l’un des biens immobiliers acquis se situerait à Londres, en face même de l’ambassade d’Israël. Des ramifications financières passeraient également par le Luxembourg.
Une guerre de plus pour la maîtrise du pétrole ?
Au début de l’attaque américano-israélienne, le narratif de Washington mettait en avant la défense de la population iranienne face aux violences du régime, ainsi que l’arrêt du programme nucléaire, notamment en lien avec les quelque 400 kg de matière fissile supposément dissimulés par Téhéran.
Pour Israël, les objectifs apparaissent plus directs : affaiblir, voire renverser le régime en éliminant les figures clés de la théocratie. Ses dignitaires sont visés un à un dans des opérations ciblées menées par les services israéliens. Les deux derniers cas évoqués remonteraient à ce mardi : Ali Larijani, personnage complexe, né en Irak, à la fois militaire et philosophe, considéré comme un pilier du pouvoir et proche des cercles de sécurité, ainsi qu’un haut gradé des Gardiens de la révolution. Un nouveau coup dur pour Téhéran, dans un contexte où l’Iran continue de frapper des cibles militaires et civiles dans les États voisins à sa portée.
Changement de ton pour Donald Trump
Les premières victimes militaires de ce conflit compteraient des soldats du contingent italien et des membres d’une unité française de formation au contreterrorisme basée à Erbil, en Irak, sur une base alliée accueillant également des forces américaines et britanniques. Avec un mort et six blessés, la cible ne semble pas avoir été choisie au hasard. Selon des médias spécialisés, les militaires français entraînaient des unités kurdes, historiquement hostiles à Téhéran. Des sources évoquent également l’implication de la CIA dans ces programmes de formation.
Dans ce contexte, Donald Trump appelle, non sans ses habituelles mises en garde, les alliés de l’OTAN à contribuer au maintien de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Plusieurs pays, dont l’Allemagne et le Japon, ont décliné, estimant que cela ne relevait pas du mandat de l’Alliance. Paris, de son côté, maintient une posture défensive articulée autour de son groupe aéronaval déployé en Méditerranée orientale, au large de Chypre.
Le Conseil européen a, quant à lui, prolongé le mandat de l’opération EUNAVFOR Aspides en mer Rouge, destinée à sécuriser les routes maritimes avec un mandat strictement défensif. Reste une question, désormais débattue dans les capitales européennes : faut-il étendre ce dispositif au détroit d’Ormuz ? Car derrière les considérations stratégiques, c’est bien l’enjeu énergétique mondial et le prix du pétrole qui se profile.
À la fin de la semaine dernière, le Premier ministre canadien et le chancelier allemand ont honoré de leur présence les manœuvres de l’OTAN « Cold Response », organisées en Norvège. Cet exercice, l’un des plus importants en Europe, a mobilisé 24 000 soldats issus de 14 nations.
Canadiens et Allemands y ont réaffirmé leur engagement, ainsi que celui de leurs alliés, aux côtés de l’Ukraine face à la Russie qui observe la situation avec un certain intérêt.
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