Le Grand-Duché affiche le PIB par habitant le plus élevé de l’Union européenne. Pour autant, les inégalités demeurent bien présentes sur le territoire. Plus exposées au risque de pauvreté et d’exclusion sociale, les familles monoparentales représentaient 6,3 % des familles vivant au Luxembourg en 2024, d’après les données du STATEC. Elles subissent également de plein fouet les tensions d’un marché immobilier ultratendu. Seuls capitaines de leur navire, les parents isolés tentent de garder le cap, même lorsque les difficultés menacent de faire chavirer leur fragile équilibre. Heureusement, des structures adaptées leur offrent une escale pour ne pas couler et reprendre temporairement leur souffle.

Rédaction : Margot Houget

Fatima Laouaj travaille en moyenne 50 heures par semaine. Elle cumule un temps plein dans la restauration au Luxembourg et des extras dans le secteur du nettoyage. Malgré ces semaines à rallonge et le versement d’aides sociales, elle ne parvient pas à boucler ses fins de mois. Fatima élève seule ses quatre enfants et jongle en permanence entre école, activités extrascolaires, entretien du foyer, travail, et la liste des tâches est encore longue. « Chaque fois que je me réveille le matin, je suis sans force. Mais dès que je regarde le visage de mes enfants, je me dis qu’il faut que je me lève. Ils me donnent l’énergie d’avancer », confie-t-elle. Optimiste indéfectible, elle ajoute : « Je gère au jour le jour. »

Les femmes de nationalité étrangère en première ligne

Les données démographiques révèlent une forte représentation des personnes de nationalité étrangère parmi les parents isolés. D’après les statistiques réalisées par le Centre pour Femmes, Familles et Familles Monoparentales (CFFM) auprès des personnes suivies, 95 % des familles monoparentales sont dirigées par des femmes, contre 5 % par des hommes. « Majoritairement, elles travaillent et perçoivent le salaire social minimum non qualifié, notamment dans les secteurs du ménage et de la restauration. Au niveau des nationalités, nous accompagnons de nombreuses personnes issues de la communauté portugaise, des pays hispanophones, du Brésil et de plusieurs pays africains, comme la Guinée-Bissau, le Mozambique, l’Angola ou le Cap-Vert », énumère Andrea Duraes, responsable de service et assistante sociale au CFFM.


« Économiquement, le Luxembourg, c’est très difficile pour une maman seule avec un foyer à gérer. »

Ce service, rattaché à l’ASBL Femmes en détresse, existe depuis 40 ans et accompagne au quotidien les familles monoparentales, tant sur les plans matériel, professionnel et psychologique. Mais depuis deux ans environ, le CFFM est uniquement accessible via une liste d’attente. « Avant, quand une personne appelait, on arrivait à lui donner un rendez-vous une semaine après, maximum deux. Maintenant, ce n’est plus du tout possible. On a une liste d’attente de quatre mois », déplore Andrea Duraes, qui ignore si cette évolution est due à une hausse du nombre de familles monoparentales ou à une complexification croissante des situations.

Travailler sans s’en sortir

« Je suis une maman qui travaille tout le temps », résume Fatima Laouaj. Mère de quatre enfants, elle évolue dans un quotidien non pas chargé, mais effréné. Alors que beaucoup auraient déjà abandonné, Fatima considère son emploi comme un exutoire, un véritable « médicament contre la dépression ». Elle travaille comme serveuse avec des horaires en coupure et décalés. Pendant ses jours de repos et ses congés, elle effectue des heures de ménage en extra. Et pourtant, elle termine ses fins de mois régulièrement dans le rouge. Bien qu’elle bénéficie d’aides de l’État, celles-ci ne lui permettent pas de sortir la tête de l’eau avec quatre enfants à charge et les factures qui s’accumulent.

« Économiquement, le Luxembourg, c’est très difficile pour une maman seule avec un foyer à gérer », juge Fatima, qui nuance aussitôt ses propos avec son optimisme habituel : « Ce n’est pas impossible, mais c’est très difficile. » Son ex-mari ne verserait pas la pension alimentaire qu’il lui devrait, ce qui ne fait qu’aggraver ses difficultés financières. Mais, comme elle le rappelle, « les factures, elles, n’attendent pas. Il faut continuer à les payer. Les enfants ne vont pas pouvoir attendre que leur papa verse la pension pour manger. » Et chaque mois apporte son lot de nouveaux problèmes, sans jamais laisser de répit à cette maman solo. Elle sort justement d’un rendez-vous avec son assistante sociale du CFFM, afin de trouver une solution pour régler sa facture annuelle de gaz, qui s’élève à 1 600 euros

Les aides auxquelles les familles monoparentales ont droit

Fatima perçoit des allocations familiales ainsi qu’un complément de salaire. Elle mesure la valeur de ce soutien et s’en dit extrêmement reconnaissante. Elle aimerait cependant pouvoir subvenir seule à ses besoins et à ceux de ses enfants. Au Luxembourg, les familles monoparentales peuvent bénéficier de différentes aides sous certaines conditions.

+ Le revenu d’intégration sociale, versé par le Fonds national de solidarité (FNS), peut être accordé aux familles monoparentales sous une forme majorée. Il est possible d’en faire la demande même en exerçant une activité professionnelle, notamment lorsqu’une personne perçoit le salaire minimum non-qualifié. Cette aide peut ainsi venir compléter le salaire.

+ Les allocations familiales constituent un pilier financier indispensable pour les familles monoparentales. Elles sont octroyées par la Caisse pour l’avenir des enfants (CAE). La subvention de loyer est une aide accordée par le ministère du Logement. Elle ne peut être demandée que si la personne occupe un bien sur le marché locatif privé.

+ La subvention de loyer est une aide accordée par le ministère du Logement. Elle ne peut être demandée que si la personne occupe un bien sur le marché locatif privé.


L’intégralité de l’interview est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition mai 2026

Photo de couverture : Unsplash

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