Depuis plus de cinquante ans, la Fondation Jeunes Scientifiques Luxembourg (FJSL) œuvre pour rendre la science accessible, vivante et inclusive. Connue notamment pour son concours national Jonk Fuerscher, la fondation accompagne des jeunes de 11 à 30 ans dans le développement de projets scientifiques, technologiques ou issus des sciences sociales, en dehors du cadre scolaire. À la croisée de l’éducation, de la recherche et de l’ouverture internationale, la FJSL se distingue par une approche humaine, extrascolaire et résolument tournée vers les enjeux contemporains, de l’intelligence artificielle à la crise climatique. À sa tête depuis huit ans, Sousana Eang défend une vision singulière : celle d’une science comme espace d’expression, de créativité et d’émancipation.

Rédaction : Alina Golovkova

Quelle est la mission de la Fondation Jeunes Scientifiques Luxembourg ?

Sousana Eang – La mission de la fondation est la promotion des sciences auprès des jeunes âgés de 11 à 30 ans. À travers nos différentes plateformes, nous cherchons à révéler leur potentiel scientifique, au Luxembourg mais aussi à l’international. Nous leur offrons un espace pour explorer, créer, se dépasser.
Dans un monde où la science avance à une vitesse vertigineuse, notre rôle est de garder les jeunes au centre : valoriser leur curiosité, leur sensibilité, leur envie de transformer le monde. Nous faisons le lien entre leur imagination et des opportunités concrètes, ici comme ailleurs.

Concrètement, comment cette mission se traduit-elle sur le terrain ?

Nous avons plusieurs programmes. Le concours national Jonk Fuerscher permet aux jeunes de présenter leurs projets devant un jury d’experts issus de disciplines très variées. À travers ce concours, ils peuvent ensuite accéder à de grandes compétitions internationales, à des expositions scientifiques ou à des summer camps aux États-Unis, à Taïwan, en Chine ou ailleurs.
Nous organisons aussi la Luxembourg International Science Expo, une exposition non compétitive : ici, ce sont les lauréats internationaux que nous accueillons au Luxembourg pour une semaine d’échanges scientifiques et culturels.

À cela s’ajoutent Mobisciences, axé sur les échanges pour des jeunes ayant peu ou pas d’expérience internationale, et Science:Next, notre programme de formation qui accompagne les participants dans la construction de leur projet scientifique.

Parlez-nous du programme Mobisciences.

C’est le tout premier programme que j’ai lancé. Il s’adresse à des jeunes qui n’ont jamais, ou très peu, vécu d’échanges scientifiques ou culturels. L’impact humain dépasse largement le cadre scientifique.
Voir un jeune prendre l’avion pour la première fois, présenter un projet à l’étranger, réaliser que son savoir a une valeur universelle… ce sont des moments très forts. Mobisciences crée des déclics durables et ouvre des horizons insoupçonnés.

Vous venez du monde culturel et artistique. En quoi cela influence-t-il votre manière de diriger la fondation ?

Mon parcours dans les arts m’a appris deux choses essentielles : écouter profondément et créer des espaces où l’on ose. La science et la culture sont beaucoup plus proches qu’on ne le pense ; elles n’ont été séparées que tardivement dans l’histoire.
Je dirige la fondation un peu comme une compagnie artistique : avec une vision, une attention aux détails et une grande confiance dans la capacité humaine à apprendre et à évoluer. Pour moi, les jeunes scientifiques sont aussi des artistes, et inversement.

Quels thèmes reviennent le plus souvent dans les projets des jeunes ?

Comme nos programmes sont extrascolaires, les jeunes choisissent eux-mêmes leurs sujets. Leurs projets sont donc très liés à leur quotidien. Actuellement, l’intelligence artificielle est très présente, mais nous voyons aussi beaucoup de projets liés au changement climatique, à l’environnement, à la santé mentale, aux enjeux sociaux ou à la technologie appliquée à la vie de tous les jours. Ce qui frappe, c’est leur maturité et leur altruisme : ils cherchent à comprendre le monde pour l’améliorer.

Qu’est-ce que les jeunes recherchent lorsqu’ils rejoignent la fondation ?

Ils recherchent avant tout un espace où ils peuvent être eux-mêmes. Un lieu où leur curiosité n’est pas perçue comme étrange, où leurs idées sont prises au sérieux, et où ils rencontrent d’autres jeunes qui leur ressemblent. Le sentiment d’appartenance est fondamental à cet âge, tout comme le goût du défi, notamment à travers le concours national.

Comment les accompagnez-vous face à la pression des concours ?

Nous proposons un accompagnement très personnalisé : répétitions, travail sur la posture, la structure du discours, la capacité à répondre aux questions scientifiques. Mais nous travaillons aussi sur l’aspect émotionnel : le calme intérieur, la confiance en soi. Une compétition est autant une épreuve scientifique qu’humaine.

Suivez-vous les anciens participants ?

Oui, avec beaucoup d’affection. Le concours existe depuis plus de cinquante ans : certains anciens sont aujourd’hui chercheurs, médecins, ingénieurs, mais aussi entrepreneurs, enseignants ou artistes.
Beaucoup reviennent comme mentors ou membres du jury. C’est un cercle vertueux, un lien durable entre générations.

La science souffre encore de certains clichés. Quel message adressez-vous aux jeunes qui pensent qu’elle n’est pas faite pour eux ?

Je leur dis toujours : si vous vous êtes déjà posé la question « pourquoi », alors la science est pour vous. Elle n’est pas réservée à une élite. Elle appartient à toutes celles et ceux qui observent, doutent, rêvent.
Il n’est pas nécessaire d’être parfait : c’est en cherchant que l’on découvre ses propres capacités.

« La science n’est pas réservée à une élite. »

Sousana Eang, directrice de la Fondation Jeunes Scientifiques Luxembourg

Et concernant les filles, encore sous-représentées dans certains domaines ?

Nous avons aujourd’hui autant, voire plus de filles que de garçons au concours, ce dont nous sommes très fiers. Mais certains domaines, comme l’ingénierie ou la robotique, restent moins investis par les jeunes filles.
Ce n’est pas un manque de talent, mais un manque de projection. C’est pourquoi nous mettons en avant des rôles modèles féminins, invitons des expertes dans nos jurys et organisons des débats, notamment autour de l’effet Matilda. La représentation est essentielle pour faire évoluer les imaginaires.

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