Féministe. Engagée. Courageuse. Trois adjectifs qui façonnent la personnalité et les combats de la juge Ruth Bader Ginsburg. Décédée le vendredi 18 septembre, la juge de la Cour suprême des Etats-Unis a marqué l’histoire. Une vie incroyable retracée à l’écran dans les films RBG et Une femme d’exception

Ce vendredi 18 septembre, le monde pleurait la mort de la juge iconique Ruth Bader Ginsburg. Membre de la Cour suprême des Etats-Unis, la femme décédée à l’âge de 87 ans a marqué son temps de son empreinte. Avocate engagée contre les discriminations en tout genre et fervente féministe, celle que l’on appelait RBG était une inspiration pour bons nombres de personnes dans le monde. Au point que sa vie et son oeuvre ont été portées sur le grand écran.

Présenté en avant-première au Festival du Film de Sundance en 2018, le film documentaire RBG, le surnom de la juge, retrace l’incroyable carrière de Ruth Bader Ginsburg. De son enfance à Brooklyn, à ses études de droit à Harvard jusqu’à son ascension à la Cour suprême des Etats-Unis sous la présidence de Bill Clinton en 1993. Une histoire incroyable qui fait d’elle la deuxième femme à y être nommée. Réalisé par Betsy West et Julie Cohen, le documentaire RBG a remporté  un Emmy Award en 2019 dans la catégorie « Exceptional Merit in Documentary Filmmaking ».

La même année, le cinéma a également misé sur la juge sensationnelle avec le film Une Femme d’exception (On the Basis of Sex) porté par Felicity Jones dans la peau de l’avocate au début de sa carrière. Réalisé par Mimi Leder, le film est sorti le 25 décembre 2018 aux Etats-Unis et le 2 janvier 2019 en France. L’histoire raconte comment avec un mari atteint d’un cancer des testicules, la jeune Ruth a assuré son éducation, mais également celle de son mari encore étudiant en assistant à tous les cours tout en s’occupant de leur petite fille.

Hommage des féministes du monde entier

Dès l’annonce de son décès, vendredi à l’âge de 87 ans, les associations de défense des droits des femmes ont pleuré la perte de leur idole, « une géante du Droit » et « une source d’inspiration pour des millions de femmes », tout en sonnant l’alarme. « Ce soir nous honorons son héritage, mais demain nous allons devoir nous battre pour préserver les idéaux qu’elle a défendus toute sa vie », a mis en garde Alexis McGill Johnson, présidente de la puissante organisation Planned Parenthood.

« Ruth Bader Ginsburg était une icône, une pionnière, une héroïne, une légende », son exemple « doit nous inspirer dans les dures journées qui s’annoncent », a renchéri Shaunna Thomas, directrice du groupe féministe UltraViolet.

Une succession alarmante

Les causes de leur inquiétude ? Le profil de son successeur. Le président Donald Trump, chargé par la Constitution de nommer les juges de la Cour suprême, a prévenu samedi qu’il comptait user de son pouvoir « sans délai », sans doute avant l’élection du 3 novembre où il brigue un second mandat.

De nombreux élus républicains le pressent d’agir et, pour galvaniser les électeurs de la droite religieuse, il a déjà publié une sélection de ses candidats, des magistrats très conservateurs, pour la plupart ouvertement hostiles à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Le sénateur Tom Cotton, qui figure sur cette liste, ne cache pas ses intentions: « Il est temps d’en finir avec Roe v. Wade », a-t-il tweeté en référence à l’arrêt historique de la Cour qui, en 1973, a légalisé l’avortement dans tous les Etats-Unis.

Sans aller jusque là, si l’un d’eux venait à remplacer la juge « RBG », le temple du Droit accepterait probablement de valider les innombrables restrictions à l’IVG adoptées par les Etats républicains, ce qu’elle a refusé à plusieurs reprises récemment, à une voix près.

Femme, juive et mère

Dans cette courte majorité, Ruth Bader Ginsburg, une farouche défenseure du droit des femmes à « décider du cours de leur vie » n’a jamais manqué à l’appel. Cette juriste brillante à la détermination inébranlable fut la seconde femme à entrer à la Cour suprême quand le président Bill Clinton l’a nommée en 1993, mais elle n’avait pas attendu cet honneur pour faire avancer la cause des femmes.

Échaudée par l’exemple de sa mère, empêchée de faire des études parce qu’elle était une fille, Ruth Bader Ginsburg avait été snobée par les cabinets d’avocats new-yorkais quand elle est sortie en 1959 de la prestigieuse université Columbia, pourtant major ex-aequo de sa promotion. « J’avais trois choses contre moi. Un, j’étais juive. Deux, j’étais une femme. Mais, le plus grave, c’était que j’étais la mère d’un enfant de 4 ans », expliquera-t-elle plus tard, sans illusion.

Elle s’engage alors dans la lutte contre les lois qui, à l’époque, autorisent les discriminations « sur le fondement du sexe », aussi bien en matière salariale que de bénéfices sociaux ou de recrutement.

« Une battante »

Entre 1972 et 1978, avocate pour la puissante association de défense des droits civiques ACLU, elle plaide à six reprises devant la Cour suprême. Fine stratège, elle choisit les dossiers susceptibles de lui attirer la sympathie des juges les plus conservateurs.

En 1975, elle défend même un homme, un veuf victime d’une loi qui réserve les aides pour garde d’enfants aux femmes, un épisode narré par Hollywood avec l’actrice Felicity Jones en RBG dans « Une femme d’exception ». Elle gagnera ce dossier et quatre autres, faisant tomber à chaque fois un pan d’un arsenal qui finira par s’effondrer totalement.

Une fois à la Cour suprême, elle a élargi son combat à l’égalité pour les minorités sexuelles, tout en ralliant d’autres causes progressistes, comme la défense des migrants ou la protection de l’environnement.

Mais ce sont ses premiers combats qui lui ont valu d’être comparée au premier juge noir de la Cour suprême, Thurgood Marshall, figure du combat contre la ségrégation raciale.

A l’annonce de sa mort, de nombreuses jeunes femmes se sont spontanément pressées devant les marches de la Cour suprême. En vêtements de sport, la sénatrice démocrate Kamala Harris, première femme noire candidate à la vice-présidence des Etats-Unis, s’est également recueillie samedi devant le bâtiment néoclassique.

« RBG était une de mes icônes, une pionnière, une battante », a-t-elle confié à l’AFP. « C’était une femme dans tous les sens du terme. »

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