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Radek Lipka, directeur du festival CinEast : « Nous choisissons des histoires spéciales, racontées de façon pas banale »

Comme à son habitude, le festival CinEast interroge les relations entre individus, culture et cinéma à travers une programmation d’évènements éclectique et une sélection de films pointue. Pour cette douzième édition, qui intervient pile à temps pour les 30 ans de la Chute du Mur, il sera évidemment question de comprendre comme les idéaux et les enjeux sociaux et politiques de l’époque ont évolué. Une approche pertinente et la volonté de ne jamais tomber dans la commémoration un peu superficielle, dont nous avons pu discuter avec Radek Lipka, directeur du festival. 

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos choix pour cette édition ? Pourquoi ce thème général du mur et des frontières ?

Avec le 30ème anniversaire de la Chute du Mur, le choix s’est imposé à nous naturellement. Cet évènement central a finalement défini tous ces pays de l’Est, qui, à quelques mois près, ont retrouvé leur indépendance. Ça a constitué le point de départ de notre réflexion. Pour autant, nous ne voulions pas construire un cycle historique ni commémorer les évènements de 1989.

Le sujet sera évidemment abordé de ce point de vue avec la projection entre autres du film Goodbye Lenin !, mais nous avions vraiment la volonté de poser une réflexion trente ans après : qu’est devenu le rêve de liberté, de solidarité, de fraternité qui existait en 1989 ? Nous pensions que les frontières n’allaient plus jamais revenir, que nous vivions désormais dans un espace commun. Aujourd’hui, on constate un retour des frontières. Physiques d’une part, comme ce mur construit au sud de la Hongrie au moment de la crise des réfugiés, mais également mentales. Nous avons essayé d’élargir le thème en nous interrogeant sur la notion de barrière au sens large : l’exclusion sociale, les groupes qui ne rentrent pas dans la norme, des murs immatériels qui se dressent entre les cultures, le phénomène d’immigration. Plus simplement, toutes les frontières qui existent entre les individus et l’incompréhension du message qui ne parvient pas à passer.

 

Comment s’organise la sélection des films en compétition ?

Notre premier critère est informel : nous essayons de choisir des films intéressants. Le visionnage commence juste après la clôture du festival. Nous regardons des films présentés à Cannes, Berlin, Toronto, Venise. La constante reste de nous tourner vers des films qui ne sont pas « grand public », mais qui ont une valeur ajoutée en termes d’art cinématographique, de narration, de réalisation. Des histoires spéciales, racontées de façon pas banale. On peut ne pas aimer, mais souvent, ces films ne laissent pas indifférent. Quelques fois, certains s’imposent d’eux-mêmes, parce qu’ils sont des perles et d’autres nécessitent que l’on discute entre nous, suscitent le débat.

 

Pourquoi était-ce important justement de privilégier ce cinéma et ces films de niche ?

La genèse du festival est de faire découvrir des cinéastes et des cinématographies très peu représentées dans les salles Luxembourgeoises.

On ne peut pas vraiment parler de films de niche, parce que certains sont de très grands films dans leur pays. Nous accueillons le 13 octobre, le réalisateur polonais d’art et d’essai, Wojciech Smarzowski. Son dernier film est le troisième le plus visionné en Pologne. Certains sont regardés par des milliers, voir des millions de personnes, d’autres ont de vraies carrières internationales.

Nous essayons aussi de ne pas nous focaliser sur un cinéma trop artistique. L’intérêt pour nous est de dépasser cet aspect purement cinématographique pour faire découvrir des pays, leur société, leur culture, leur politique.Grâce aux différents ciné-débats, on suscite l’intérêt et à travers la programmation musicale, l’exposition photo, la gastronomie, les séances jeunes, nous proposons des choses susceptibles d’attirer les festivaliers de tout horizon. Nous aurions peut-être eu plus de mal à toucher les gens avec des noms, qui sont de très grands noms dans leur pays, mais qui restent relativement inconnus ici.

L’intérêt n’a jamais été de montrer des films tchèques pour montrer des films tchèques, ni même des films hongrois pour des films hongrois, mais vraiment de montrer à tous les Luxembourgeois que ce sont des cinéastes et des cultures qui sont tout autant intéressantes, qui donnent à voir une réalité différente, une façon de filmer, de raconter des histoires et une tradition cinématographique qui ne sont pas les mêmes.

 

En douze ans, la perception que l’on peut avoir de ce cinéma a-t-elle évolué ?

Ceux qui connaissaient le cinéma d’Europe de l’Est entre 1981 et 1989 étaient soit des cinéphiles très pointus, soit des personnes qui suivaient la réalité politique et sociale de ces pays. Même si L’Homme de fer d’Andrzej Wajda a reçu la Palme d’Or en 1981, de façon générale, assez peu de films s’exportaient.

Aujourd’hui, les choses évoluent avec justement des festivals comme le nôtre et de plus en plus de collaborations entre les pays. La réalisatrice Anne Fontaine, présidente du festival en 2016, a tourné un film en Pologne avec des acteurs polonais. A l’inverse, beaucoup de réalisateurs de l’Est font jouer des stars, sinon internationales, au moins européennes dans leur film. Les passerelles et les ponts sont de plus en plus nombreux et permettent de sortir ces films de la confidentialité d’une salle de cinéma du quartier latin à Paris.

 

En parallèle des films programmés, plusieurs soirées spéciales sont organisées notamment sur les femmes et la culture skate, entre autres. Comment avez-vous pensé ces thématiques ?

Nous ne réfléchissons jamais en nous disant « dans quatre ans, nous devons faire ça ». Au départ, il s’agit toujours un peu d’erreurs. Souvent, une personne, une association ou une organisation nous fait une proposition et nous réfléchissons ensemble à organiser quelque chose autour de cette thématique.

Le Women’s Event a commencé car nous travaillions avec une formatrice, psychologue de formation, qui est très engagée sur les droits des femmes et l’égalité entre les sexes. Nous nous sommes dit « pourquoi ne pas essayer » ? A l’époque, ça n’était pas voué à devenir un élément constant du programme, pourtant nous organisons la 4ème édition cette année. C’est un évènement ouvert à tous avec une thématique où les femmes jouent un rôle central dans le film et dans la discussion. Nous avons voulu le développer, essayer d’avoir plus d’invités, une discussion plus étoffée. Lors de cette soirée, nous allons projeter le film Little Star Rising de Slađana Lučić en présence de la réalisatrice et de la protagoniste Nudžejma Softić ainsi que de Caroline Mohr Larsson, joueuse de golf suédoise au parcours incroyable. Si nous n’avions pas eu la possibilité d’inviter ces femmes exceptionnelles, nous aurions peut-être choisi une autre problématique. Ces choix sont faits au regard des films et des thèmes qui nous semblent pertinents et importants. Les soirées autour des droits des personnes LGBT, des modes de vies alternatifs en collaboration avec La Cinémathèque ou encore du thème du voyage ont été pensées de la même façon. Notre but est de connecter ces films à des problématiques culturelles et sociales, de ne pas se cantonner à des thèmes qui concernent l’Europe de l’Est uniquement.

 

 

Propos recueillis par Helena Coupette

Crédit photo : @CinEast

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