Bête noire de certains journalistes, le Luxembourg est souvent montré du doigt. Pourtant, ces derniers jours, notre pays, ses dirigeants et tous ceux qui se battent, méritent un profond respect pour leur approche méthodique et raisonnée face à la crise du Coronavirus.

L’équipe gouvernementale a sorti les grands moyens. Sous le leadership de Xavier Bettel, elle montre une unité sans faille exception faite du « lapsus » du nouveau ministre de l’économie. Par une proactivité élevée on cherche à compenser le coté tardif de l’entrée « en guerre ». Qui pourrait l’en blâmer ? La construction en un temps record d’un l’hôpital militaire, tout droit issu des stocks de l’OTAN entreposés près de Bari en Italie, aura nécessité une coordination sans faille entre les éléments de l’agence logistique de l’Otan, anciennement Namsa et maintenant rebaptisée Nato Support and Procurement Agency (NSPA) et les partenaires locaux. En l’espèce la NSPA a réduit son temps de réponse de 5 jours à 24 heures afin de donner suite à la demande du gouvernement luxembourgeois. Cargolux a ainsi transporté les 54 conteneurs en 6 rotations entre le 19 et le 21 mars pour un équipement total de 300 lits. La capacité de projection est également démontrée, si ce n’est dejà fait, par la transformation de la Rockhal et de Luxexpo en centres de soins avancés. Ces structures provisoires sont également destinées à rassurer les résidents et prouvent la forte volonté de l’État.

Où est l’Europe ?

Il semblerait qu’elle soit aux abonnés absents. Ces derniers jours, elle a juste donné son accord permettant aux États de ne pas respecter les carcans financiers rigides mis en place en matière budgétaire et de soutien aux entreprises nationales afin qu’ils puissent soutenir leurs économies nationales touchées par la crise sanitaire. De toute manière, Bruxelles ayant abandonné dans les faits tout leadership, ne pouvait guère faire autrement. Selon certaines déclarations publiées sur le site de la Commission, celle-ci tenterait d’injecter rapidement de l’argent frais. Ce cash proviendrait des réserves de 37 milliards actuellement non dépensés et prévus dans les programmes de cohésion 2014 à 2020.

Les observateurs internationaux notent clairement une absence de coordination de la part de Bruxelles ainsi qu’une incapacité à fournir une aide logistique et matérielle aux pays les plus gravement touchés comme l’Italie. La multi latéralité de règle dans l’Union Européenne s’effrite face aux égoïsmes nationaux.

Egoïsmes étatiques versus aide internationale

Selon le quotidien La Repubblica qui se fonde sur une alerte lancée par un whistleblower tchèque, la République Tchèque a détourné 680 000 masques et des appareils respiratoires offerts par la Chine et destinés à l’Italie. Les responsables tchèques prétendent qu’ils croyaient avoir affaire à du matériel de contrebande et l’ont distribué à leurs unités sanitaires. L’état tchèque a fait un hypocrite mea culpa en promettant dédommagement.

En Russie le coronavirus serait sous contrôle et le président Poutine a envoyé d’urgence des médecins, des virologues, des paramédicaux et du matériel médical aux italiens, au total une centaine de personnes. Sur les emballages de matériel on pouvait lire : « With love from Russia » L’Etat cubain participe également avec du personnel et du matériel.

La Chine soutient de la même manière les états Italiens et les Espagnols. En dernier lieu et plusieurs semaines après les premières demandes de Rome à l’Union Européenne, celle-ci s’est enfin décidée à faire parvenir des respirateurs et du matériel médical à l’Italie. Entretemps, selon la chaine américaine CNN, le ministre de la défense italien a demandé l’aide de l’armée américaine et des militaires américains stationnés en Italie.

L’Europe glisse vers le bilatéralisme

L’Europe fonctionne malgré tout, non pas celle voulue par les pères fondateurs, mais celle des relations bilatérales entre états. Notre pays soigne des malades du Grand Est français, la RFA libère des lits en soins intensifs pour des patients français. En cela l’Allemagne et la France se placent dans le périmètre prévu par le « Traité sur la coopération et l’intégration franco-allemandes », signé par les deux pays le 22 janvier 2019 et qui prévoit des mécanismes d’entraide en cas de crise sanitaire.

Des démocraties en dérapage ?

La Hongrie militarise son économie. Le premier ministre hongrois, a décidé d’instaurer un contrôle musclé sur les 140 entreprises qu’il qualifie d’essentielles pour le pays en y plaçant des « control teams » comprenant des militaires policiers et spécialistes de la gestion de crise afin selon de lui de « surveiller et de faire de la coordination ». Et entretemps malgré la crise, les jeux d’influence politiques continuent : l’Otan vient d’accepter son 30e membre. La République de Macédoine du Nord a ratifié les textes d’adhésion le 20 mars. Cette démarche se veut une réponse à l’influence grandissante de la Russie et de la Chine dans les Balkans.

La guerre au virus ne doit pas faire oublier qu’un vent froid qui souffle sur certaines contrées d’une Europe démocratique et unie.

Texte : Cadfael

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