Texte par Cadfael

En dehors de sa charge de Premier ministre, Xavier Bettel est également en charge des Communications et des Médias, des Cultes et ministre de la Digitalisation et il aime Paperjam… Il ne manque pas une occasion de s’en servir pour défendre ses projets.

Enfin une réforme en vue

Dans l’édition du 12 septembre dernier il y traite du paysage médiatique luxembourgeois sur base du constat que la presse luxembourgeoise et surtout les quotidiens luxembourgeois arrivent à la fin d’une longue période durant laquelle ils se mouvaient dans une zone de confort qui leur semblait éternellement acquise grâce à une solide aide à la presse. L’État, mère nourricière gâtait la presse écrite de bien des manières, surtout la presse quotidienne. Deux groupes aussi conservateurs l’un que l’autre se partageaient le marché, la presse de l’église catholique d’un conservatisme de droite parfois intelligent et celle des syndicats, d’un conservatisme à la rose mais aussi peu enclin à l’innovation que son alter ego de droite. Au centre une presse libérale, de haut niveau qui faisait de son mieux pour garder le cap dont certains produits comme “le Land” demeurent toujours lumières dans la nuit.

Rattraper l’ère du numérique

Ces piliers institutionnels d’une liberté de presse “protégée” ont un point en commun : ils ont largement raté l’ère du numérique, celui qui permet de toucher en fonction des codes appliqués tous les publics et de dépasser largement nos frontières. Chez nous le numérique reste trop souvent une copie de l’impression papier. Les anciens leaders ont du mal à intégrer que le traitement de l’information est une chose réservée aux journalistes et que pour l’accès au lectorat et à ses diverses strates il y avait des voies multi media et multi numériques répondant à des protocoles spécifiques privilégiés par des citoyens souvent jeunes et aisés, gourmands en innovations numériques.Un constat que l’on retrouve dans l’interview de Xavier Bettel lorsqu’il dit” J’ai eu en face de moi des gens qui étaient récalcitrants, qui me disaient que les lecteurs avaient besoin de leur journal papier et qui bloquaient”.

A t-il trouvé la voie ?

Alors comment arriver à ce que le Premier ministre appelle “une vraie information” via de vrais médias” Il est évident que dans le paysage médiatique luxembourgeois, une vraie et solide démocratie de l’information doit exister, avec un mix intelligent de médias papier, audio-visuels, web médias.

Comment séparer la bonne graine de l’ivraie et trouver un juste équilibre en aidant ceux qui le méritent et en évitant des produits feu de paille condamnés à disparaitre. La voie préconisée par Bettel est intéressante à plus d’un titre. Elle s’intéresse avant tout aux équipes” dit-il. Et de confirmer que son projet de loi déposé le 14 juillet dernier devant la Chambre des Députés “signifie qu’un mécanisme de financement neutre sur le plan technologique sera créé, qui sera disponible pour toutes les publications – imprimées et en ligne à des conditions égales“.

L’avis de la Chambre des métiers concernant le projet de  Xavier Bettel, avis déposé le 22 septembre dernier, (les autres Chambres ne se sont pas encore prononcés) touche le nœud du problème : “La qualité avant la quantité”. Et il souligne : « Il s’agit d’éviter avant toutes autres réflexions que les règles du marché l’emportent sur les règles de la «res publica » et que l’économie prime, voire abime la démocratie. »

Une aide plus ouverte qu’avant ?

Et le Premier Ministre de préciser que l’aide ira aux médias qui prouveront “une large orientation du contenu qui englobe les questions politiques, économiques, sociales et culturelles dans un contexte national et international“ que le respect des critères suivants rendra éligible.

  • Une publication régulière : au moins une fois par mois pour la presse écrite, au moins deux contributions quotidiennes pour les publications en ligne;
  • Au moins cinq journalistes reconnus par le Conseil de presse luxembourgeois doivent être employés ;
  • Le contenu éditorial doit emporter sur le contenu publicitaire ;
  • Un marquage du contenu payé sera obligatoire ;
  • Et le media doit avoir la possibilité de supprimer les contenus illégaux, tels que les discours de haine, etc. dans les commentaires »

Ce dernier point montre bien que le problème pour le gouvernement est que toute la partie web demeure largement incontrôlable en ne perdant pas de vue que la liberté du web demeure une liberté fondamentale. En plaçant les responsables de médias digitaux devant leurs responsabilités il y a un fort risque que médisances, calomnies et haines partent vers les réseaux sociaux pour répandre leur fiel. Les énergies négatives sont rarement arrêtées par une loi.

Les Femmes et les Hommes au centre du projet.

« Le point-clé des différentes aides de la nouvelle loi sont les journalistes professionnels engagés dans l’éthique journalistique professionnelle et donc soumis à une obligation de diligence, entre autres, et qui constituent la ligne de partage entre les médias classiques et les réseaux sociaux “ conclut le Premier ministre. Malgré le fait qu’en refusant une télévision publique sous prétexte que “ce sera cher” et en n’égratignant surtout pas le monopole de RTL, cette loi casse avec les usages des gouvernements précédents.

Espérons qu’une application judicieuse et respectueuse des efforts fait par des entrepreneurs de la presse non issus du sérail soient pris en compte car eux plus que d’autres touchent des lectorats multilingues et multiculturels partie intégrale de notre démocratie nationale.

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