À la tête de la Fondation Cancer depuis 2024, la Luxembourgeoise Margot Heirendt est passée par la publicité avant de prendre le virage du social. Mariée et mère de deux grandes filles, cette cinquantenaire, féministe dans l’âme, hisse haut son indépendance et sa volonté de rester autonome, ce qu’elle inculque à ses enfants. Elle admire les femmes combatives, celles qui ont réussi dans leur vie par elles-mêmes. Lectrice assidue, sportive accomplie, elle se ressource dans la nature et évoque avec nous l’un des grands voyages qui l’a fait vibrer : la Namibie. À la veille d’Octobre rose, rencontre avec une femme positive et accueillante, qui aime rire et faire rire.
Rédaction : Karine Sitarz
Où et dans quel environnement familial avez-vous grandi ?
J’ai grandi avec deux sœurs, plus âgées que moi, à Beggen, dans les faubourgs de la capitale. Mon papa était boulanger-pâtissier et ma maman, qui rêvait d’être hôtesse de l’air, a travaillé avec lui dans la boulangerie familiale qu’il avait héritée de son propre père. Tous deux bossaient beaucoup et avaient peu de temps pour nous. J’étais introvertie mais j’essayais de faire rire et de mettre les gens de bonne humeur. Pendant longtemps, j’ai pratiqué le basket, passe-temps découvert avec les copines du quartier.
Qu’est-ce qui vous a incitée à vous tourner vers la communication ?
Cet attrait pour la communication est venu très tôt, avec mes sœurs nous regardions les publicités à la télé en essayant de deviner les produits qui se cachaient derrière. Après le lycée à Luxembourg en section littéraire, et une fois le bac en poche, j’ai rallié la section publicité de l’Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales à Bruxelles.
De retour au pays, vous avez fait vos premières armes en agence…
En effet, j’ai commencé dans une agence qui n’existe plus (ndlr : Orbite Communication, affiliée au groupe Luxemburger Wort) où je me suis surtout occupée de marketing et de stratégie. J’y suis restée de 1996 à 1999 avant de rejoindre un de mes clients, P&T Luxembourg devenu établissement public, qui avait des budgets conséquents et cherchait à s’agrandir. L’équipe était chouette et j’ai eu la chance de m’occuper des télécommunications alors en plein boom. J’y suis restée jusqu’en 2011.
Puis, singulièrement, vous intégrez l’Office national de l’enfance.
J’avais envie de faire quelque chose qui ait du sens. J’ai rejoint l’Office qui venait de démarrer. J’ai commencé par la communication mais je me suis vite occupée d’autres dossiers, des ressources humaines et de l’administration avant de devenir directrice adjointe. Comme je ne venais pas du social, j’ai fait en plus un master en management et coaching dans le secteur social à l’Uni. J’en garde un excellent souvenir, il n’y avait là que des gens qui travaillaient, on bossait tous beaucoup mais c’était très enrichissant et j’ai gardé deux bons copains de cette époque.
En 2024, vous devenez directrice de la Fondation Cancer. Un nouveau challenge ?
Ici, c’est du concret. On fait de la prévention, on peut faire bouger les choses. Il y a une super équipe, fière de faire quelque chose d’utile, chacun aide l’autre, on le voit au Relais pour la Vie ! Cet événement est organisé par notre équipe, 24 personnes, quelques externes et sur deux jours 180 bénévoles sans qui on ne pourrait pas l’organiser. Il y a une énergie incroyable ! Notre équipe fait du bon travail, elle est écoutée au niveau des ministères, c’est important, ainsi pour la loi anti-tabac nous avons donné trois avis. Avec 96% du budget qui vient des donateurs, nous avons une grosse responsabilité. Le retour au travail après le cancer, une grande bataille !
« Le cancer est la première cause de décès et la situation ne s’améliore pas vraiment. »
Quelles sont vos priorités ?
La question de la reprise progressive du travail a été l’an dernier une de nos grosses batailles ! Souvent une reprise partielle n’est pas accordée alors qu’il n’est pas possible pour un patient de revenir à 100 % mais qu’il est essentiel pour lui de retisser des liens sociaux. Malheureusement le nombre de cancers augmente, il y a de plus en plus de jeunes patients avec une famille et des enfants en bas âge, il y a des problèmes financiers, de logement, la détresse est d’autant plus grande pour les familles monoparentales. Certaines mamans savent qu’elles vont mourir mais ne savent pas qui va pouvoir s’occuper de leurs enfants. La loi pour le retour au travail reste notre grande bataille. Il y a aussi la loi anti-tabac modifiée en janvier 2026 mais qui doit encore progresser, surtout avant les élections.
Quelle est la situation du cancer au Luxembourg ?
Le cancer y est la première cause de décès et la situation ne s’améliore pas vraiment. En 2024, les tumeurs étaient à l’origine de 1.224 décès (560 femmes et 664 hommes). Chez l’homme, le cancer du poumon avec 122 décès, chez la femme le cancer du sein avec 107 décès. Dans notre travail de prévention, nous ciblons en premier lieu le tabac, le cancer du poumon étant celui qui tue toujours le plus. Notre deuxième cible est l’alcool. Il faut dire aux femmes qu’il est vraiment un facteur de risque pour le cancer du sein !
Quels événements avez-vous planifiés pour Octobre rose ?
Comme chaque année, la Fondation propose des conférences, notamment en entreprises, mais aussi des communications ciblées comme elle le fera pour les hommes avec Novembre bleu. En venant travailler à la Fondation, j’ai compris qu’il n’y avait pas un mais des cancers du sein, chaque cas est particulier et heureusement il y a tant de thérapies différentes aujourd’hui. Mais grâce à la recherche, les traitements sont de plus en plus personnalisés et il y a de plus en plus d’espoir pour les patientes. Les chances de guérison augmentent et il y a une qualité de vie garantie, ce qui nous ramène à la question du retour au travail.
Avez-vous un message à adresser aux femmes ?
Aller à la mammographie et penser aux méfaits de l’alcool.
Quelle est la part de votre travail qui est la plus gratifiante ?
J’aime être en contact avec les gens et je dois dire que je ne rencontre que des gens bienveillants. Tout le monde est concerné par le cancer et nous on est là pour aider ! J’aime moins la partie administrative, l’IT, mais cela fait partie du job. Ce qui est génial c’est de réussir à faire changer quelque chose au niveau de la loi, quand on y arrive on est si content ! Nous avons de très bons échanges avec le Fonds na- tional de la Recherche et des connexions européennes solides.
Comment vous ressourcez-vous ?
Grâce à cette bonne combinaison : le fitness, car nous, les femmes, devons faire attention à la perte musculaire, et la course pour le cardio. J’aime courir dans la nature, c’est bon aussi pour la santé mentale. Il y a également dans ma vie le yoga, la plongée et les voyages.
Trois mots qui vous définissent ?
Empathie, positivité, curiosité.
Photo de couverture : David Angeletti



