L’un est accusé de viol dans une enquête tout juste réouverte le mois dernier, l’autre prend régulièrement position contre #MeToo. En France, le nouveau gouvernement ne passe pas du côté des militantes féministes, qui y voient là une provocation et un affront pour toutes les victimes de violences sexistes et sexuelles.

Dès l’annonce du nouveau gouvernement, lundi 6 juillet, les réactions ont fusé sur les réseaux sociaux. En cause ? La promotion de Gérald Darmanin, jusqu’ici ministre des Comptes publics, au ministère de l’Intérieur et la nomination de l’avocat pénaliste, Eric Dupont-Moretti à la Justice. Deux nouvelles très mal accueillies par les associations et militantes féministes, alors même que l’égalité entre les sexes devait être « la grande cause du quinquennat », comme l’avait annoncé le président français, en début de mandat.

Réouverture de l’enquête après un non-lieu

Gérard Darmanin fait en effet l’objet d’une enquête pour viol, harcèlement sexuel et abus de faiblesse pour des faits qui remonteraient à 2009. Après un non-lieu en août 2018, la plaignante a fait appel et l’enquête a été réouverte en juin dernier par la cour d’appel de Paris, suite à un réexamen de la validité du non-lieu.

Dans la foulée, l’entourage du Président a fait savoir que l’enquête n’était pas un « obstacle » à cette nomination. Pour les militantes et associations féministes, en revanche, elle apparaît clairement comme un affront. Aussi, cette première journée en tant que ministre de l’Intérieur s’est vue ponctuée de différentes manifestations. De la passation de pouvoir au déplacement dans un commissariat de Maux, pancartes et slogans étaient bien présents.

La première action s’est déroulée lors de la passation de pouvoirs quand une vingtaine de féministes ont tenté d’approcher des grilles du ministère, avant d’être stoppées par les forces de l’ordre. Scandant « Darmanin démission » et « Darmanin violeur », elles ont brandi des pancartes indiquant: « Darmanin à l’Intérieur, vous vous torchez avec nos plaintes ».

Au même moment, Christophe Castaner égrénait devant Gérald Darmanin les trois chantiers qu’il était « fier » d’avoir lancés: le schéma relatif au maintien de l’ordre, le livre blanc de la sécurité intérieure mais surtout, « le combat contre les violences sexuelles et sexistes ».

Le collectif #NousToutes sur le front

Plus tard, devant l’église de la Madeleine, des militantes du collectif #Noustoutes, vêtues de noir, ont procédé à l’enterrement symbolique de l’égalité hommes-femmes, décrétée « grande cause du quinquennat » par l’exécutif.

Emmanuel Macron « a perdu une fois de plus toute légitimité à parler des violences sexistes et sexuelles », a lancé devant des journalistes une responsable du collectif. « Avec la nomination de Gérald Darmanin », cette « grande cause » « a connu un coup fatal », a-t-elle insisté.

Dans une interview au magazine Les Inrockuptibles, parue hier, Caroline De Haas, membre du collectif, expliquait : « C’est assez sidérant la façon dont Emmanuel Macron méprise ouvertement la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ».

A l’issue de ce rassemblement, des roses ont été déposées devant un cercueil surplombé par un aigle noir géant sur lequel était inscrit le nom du nouveau ministre. « La culture du viol est en marche », ont scandé les militantes. 

« Des follasses qui racontent des conneries »

Les avocats de l’accusatrice de M. Darmanin ont fait part à l’AFP de leur « consternation ». « Comment ne pas redouter désormais que la fonction du mis en cause pèse sur l’ensemble de la procédure? », ont-il interrogé.

Les féministes se sont également élevées contre Eric Dupond-Moretti nommé garde des Sceaux, en le qualifiant de « complice ». Elles lui reprochent « un désintérêt et des attaques » contre les prises de paroles de femmes victimes de violences. L’avocat pénaliste a effectivement épinglé à plusieurs reprises le mouvement #MeToo, notamment lors d’un entretien au magazine QG, dans lequel il évoquait « des follasses qui racontent des conneries ».

Sur les réseaux, la mobilisation s’organise aussi

A Lyon, elles étaient une centaine à protester avec des pancartes proclamant notamment « Violeur de l’Intérieur », « Macron hypocrite », « Liberté, égalité, impunité », et scandant « un violeur à l’Intérieur, un complice à la Justice ».  A Lille, entre 130 et 150 personnes se sont rassemblées en début de soirée sur la place de la République pour dénoncer le « remaniement de la honte ».

Sur les réseaux sociaux, les militantes Anna Toumazoff (@memespourcoolkidsfeministes), à l’origine du hashtag #UberCestOver et Lauren Bastide ont également commenté cette nomination, évoquant leur « tristesse » et leur « colère » face à la situation. « Le foutage de gueule intégral. Le backlash personnifié. On nous dit très clairement d’aller toutes nous faire foutre avec nos viols et nos #metoo, on nous demande très clairement de bien fermer nos gueules », a écrit la journaliste et féministe, Lauren Bastide, dans une story publiée mardi.

Bettina Zourli, fondatrice de Fem Box et du compte Instagram @jeneveuxpasdenfant, a quant à elle lancé une pétition sur Change.org « pour un gouvernement qui ne promeut ni racisme, ni culture du viol, ni LGBTQIA+phobies ».

À LIRE AUSSI