Précarité économique accrue pour les femmes, explosion des violences conjugales pendant les confinements, restrictions des droits à l’avortement dans certains pays… Comment aborder la question des droits des femmes un 8 mars sans y inclure la pandémie ? Heureusement, l’année 2020 a aussi été marquée par des avancées notables dans la lutte pour les droits des femmes. 

Ce lundi 8 mars, les femmes du monde entier se mobilisent pour une grève féministe. « La crise provoquée par le Covid-19 a exacerbé ce que les mouvements de défense des droits des femmes dénoncent depuis des décennies. Cette année, nos exigences politiques sont plus importantes que jamais », martèlent les porte-parole du mouvement Women’s Global Strike

La crise sanitaire contribue en effet à renforcer les inégalités de genre. Elle menace la sécurité des femmes, allant même jusqu’à remettre en cause leurs droits les plus fondamentaux. Retour sur les conséquences de la pandémie pour les femmes. Mais aussi sur les avancées dans la lutte pour les droits des femmes à travers le monde survenues en 2020.

Les féminicides et les violences conjugales

Lors du premier confinement instauré dans une grande partie du monde au printemps 2020, les associations et numéros d’écoute venant en aide aux victimes de violences conjugales et familiales ont alerté sur l’explosion des appels. Pour secourir ces femmes et leurs enfants, les initiatives associatives et citoyennes se sont multipliées : cagnotte d’urgence, tchat dédié, solutions d’hébergements… 

À l’automne 2019, un Grenelle organisé par le gouvernement français pour lutter contre les violences conjugales s’est soldé par l’adoption de plusieurs mesures pour combattre ce fléau. Parmi elles celles du déploiement de bracelets électroniques visant à géolocaliser et éloigner les conjoints ou ex-conjoints violents. Une mesure qui aurait porté ses fruits dans d’autres pays comme l’Espagne, permettant de réduire les violences conjugales d’environ 10%, selon les associations locales. 

Selon des chiffres 2017 de l’ONU Femmes, l’Asie est le continent où l’on compte le plus de féminicides avec 20 000 femmes assassinées en 2017. Elle est suivi de l’Afrique (19 000), de l’Amérique (8 000), de l’Europe (3 000), et de l’Océanie (300). 

Le droit à l’avortement

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question », disait Simone de Beauvoir. Des propos hélas visionnaires. Début janvier, le gouvernement polonais a appliqué un arrêt du Tribunal constitutionnel émis fin octobre, visant à interdire l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en cas de malformation grave du foetus. Les seuls cas de figure autorisant les Polonaises à recourir à une IVG sont désormais ceux d’une grossesse résultant d’un viol ou lorsque la vie de la femme est en danger.

Au début de la pandémie, lors du premier confinement, plusieurs États des USA ont tenté de suspendre temporairement les avortements. Ceux-ci considérant ces procédures comme « non essentielles » en période de pandémie. Une interdiction finalement jugée illégale par la Cour fédérale des États-Unis. 

L’année 2020 s’est toutefois achevée sur une annonce historique pour les Argentines. Après deux ans de lutte acharnée pour la légalisation de l’avortement. En décembre, le Sénat a approuvé le projet de loi légalisant l’IVG, sans condition jusqu’à la 14e semaine de grossesse. 

Les inégalités salariales

Selon l’Organisation internationale du travail, la crise économique provoquée par la pandémie pourrait provoquer la perte de plus de 25 millions d’emplois. Les premiers sur la liste sont les emplois à temps partiel et peu rémunérés. Une grande partie d’entre eux est occupée par des femmes.

À l’échelle mondiale, l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes s’élèverait à 23%, d’après des estimations des Nations Unies. L’organisation internationale considère par ailleurs qu’il faudra attendre plus de 250 ans pour combler l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes dans le monde.

Les facteurs à l’origine de ces inégalités sont multiples et systémiques. Les emplois les moins rémunérés et les moins qualifiés comptent une majorité de femmes dans leurs rangs. Elles sont à l’inverse peu représentées dans les postes à responsabilité.

Elles sont aussi plus nombreuses que leurs homologues masculins à subir la précarité économique. Ce qui peut-être expliqué car elles occupent des emplois à temps partiel. Mais aussi parce qu’elles effectuent au moins deux fois et demie plus de tâches ménagères et de garde d’enfants que les hommes.

Les actions mises en place

Plusieurs leviers d’action sont mis en place depuis ces dernières décennies pour réduire ces inégalités. Des lois sur la parité et des index d’égalité dans les entreprises, des politiques de transparence sur les salaires ou encore l’allongement du congé paternité.

En septembre 2020, le gouvernement français a annoncé son intention de doubler la durée du congé paternité, actuellement fixé à 11 jours. Dès juillet prochain, sa durée passera à 28 jours (dont sept obligatoires).

Durant l’année 2021, d’autres papas dans le monde se verront octroyer davantage de jours pour rester à la maison. En Espagne, où le congé paternité passera à 16 semaines (soit la même durée que pour les mères). En Finlande, 164 jours sont accordés à parts égales aux deux parents. 

La route reste toutefois très longue. Dans le monde, près des deux tiers des enfants de moins d’un an vivent dans un pays où aucun congé paternité rémunéré n’est instauré, selon une étude de l’Unicef parue en 2018.  

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