Uni.lu fait parler d’elle, et la politique n’apprécie guère. Cette jeune université, créée en 2003, ne semble pas encore avoir réussi sa mue. Entre copinage, mobbing et autres dérives, la cocotte académique est toujours sous pression.

Rédaction : Cadafael

Quand c’est terminé c’est pas fini

Fin septembre dernier, le petit monde politico-académique luxembourgeois a été secoué par des manifestants (F/M) masqués devant la Chambre des députés. Ils alertaient notamment, selon « RTL Today », sur « la situation alarmante dans les coulisses de l’université », accusant la direction de pratiques abusives et exprimant leurs inquiétudes quant à sa mission éducative, qui serait compromise, avec des conséquences négatives tant pour les étudiants que pour les employeurs au Luxembourg.
Ils affirment que des membres du personnel ont démissionné, demandé leur mutation ou déposé plainte pour abus de pouvoir et harcèlement. Parmi les autres accusations figurent également des ingérences dans les élections démocratiques internes de l’université. Six mois plus tard, la même mélodie se fait entendre, mais cette fois portée par des ténors de l’académie. »

Vous avez dit copinage ? Impossible ?

Le dernier épisode en date, révélé par RTL en début de mois, concerne l’annulation d’office de bourses pour des projets de recherche, dans un contexte de soupçons de « copinage ». Dans les explications tortueuses du rectorat, on peut lire : « Compte tenu de la couverture médiatique continue et de l’attention soutenue portée à l’Université du Luxembourg, y compris concernant le processus de sélection des projets IAS Audacity, il est devenu nécessaire d’annuler l’appel à projets Audacity 2025. Par conséquent, les projets retenus ne seront pas poursuivis. »
Les responsables académiques du programme donnent ainsi l’image d’un management qui, avec un certain aplomb, reporte la faute sur la presse, un bel exemple de « courage académique » de la part d’un rectorat réagissant comme une diva éclaboussée par une fâcheuse mésaventure.

À la même période, un autre média souligne : « Selon plusieurs professeurs, les unités de recherche disposent de peu d’autonomie et leurs décisions sont fortement influencées par les doyens, le recteur et le conseil d’administration. La gouvernance de l’Uni est décrite comme autocratique et opaque, les décisions étant communiquées de manière aléatoire. »
La lecture de l’organigramme de l’université semble corroborer cette analyse : les pouvoirs y apparaissent fortement centralisés autour du « rector magnificus », un physicien qui semble parfois oublier que la gestion d’une université relève davantage de l’alchimie que de la physique.

Le miracle des audits aura-t-il lieu ?

En amont, l’annonce d’un audit censé diagnostiquer les maux dont souffre l’université avait déjà été faite, une méthode souvent présentée comme miraculeuse, mais qui permet aussi, parfois, de diluer les responsabilités. Étudiants, enseignants et chercheurs concernés affirmaient que cet audit était taillé sur mesure pour le « magnificus », par le « magnificus ».
La solution semblait toute trouvée : il y aurait finalement deux audits. Cordula Schnuer, dans le Luxembourg Times, exprime ce que beaucoup pensent in petto : « Ces audits peuvent-ils combler le fossé entre les politiques et la réalité vécue dans un contexte où vingt universitaires, administrateurs, doctorants et post-doctorants, actuels ou anciens, ont décrit une “culture d’arbitraire, de privilèges et de peur”, un “esprit de contrôle” et un modèle de gouvernance qui semble autocratique ? »
Selon les médias, les députés luxembourgeois eux-mêmes douteraient de l’indépendance de l’audit externe, une toupie qui tournerait dans le vide.

Comment osent-ils ?

Dans une lettre ouverte publiée le 7 mars, deux professeurs de l’Uni.lu, Lux Heuschling et Benoît Majerus, ont formulé ce que beaucoup pensent en dehors du cercle des intouchables du rectorat : « Le modèle de gouvernance imaginé il y a un quart de siècle, alors qu’il s’agissait avant tout de bâtir une infrastructure nouvelle, n’a guère été fondamentalement repensé. […] Ensuite, les nombreuses tentatives de discrédit public visant les personnes se disant victimes de harcèlement, réduites à des frustrations personnelles ou soupçonnées de vouloir nuire à l’institution ainsi que l’inversion des rapports de pouvoir, où l’Université elle-même se présente comme la principale victime, vont à l’encontre de tout ce que cette même institution enseigne à ses employés en matière de bonnes pratiques face au harcèlement. »

Face à l’évidence d’une réforme nécessaire du deuxième employeur du pays, Heuschling affirme que l’université ne serait pas à la hauteur des exigences de la société luxembourgeoise et de son économie, mais que personne ne se pencherait sérieusement sur cette question pour des raisons institutionnelles. Pour un coût supérieur au milliard d’euros annuels, la question mérite que l’on s’y attarde.

Photo de couverture : Unsplash

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