Dans l’édition on line de « La Reppublica » du 19 février 2019, on pouvait lire que l’Autorité́ Antitrust italienne condamnait Ryanair et la société́ low-cost hongroise Wizz Air à des amendes de trois millions d’euros pour la première et un million pour la seconde au motif que leurs nouvelles règles concernant les bagages à main que les passagers peuvent emmener à bord ne sont pas légales.

Ces sociétés induiraient le consommateur en erreur quant au prix réel et apparent des tickets qui n’incluraient pas dans le prix de base, un élément essentiel du contrat, qui est le bagage à main de type trolley de cabine.

L’Autorité italienne argumentait que tous les passagers voyagent avec un bagage de type trolley et que le bagage à main constitue un élément essentiel d’un voyage aérien. Les suppléments prévisibles et inévitables doivent apparaitre au premier contact. Ils ne peuvent pas être séparés et apparaitre dans une requête ultérieure.

Le 19 octobre 2019 la première section du Tribunal Administratif de la région de Lazio (Rome) annulait, au nom de la liberté́ tarifaire et de la libre concurrence, les sanctions de l’antitrust au grand dam des organisations de protection des consommateurs en Italie qui juraient qu’ils n’en avaient pas terminé́.

Au même moment, fin octobre 2019, un Tribunal de Commerce de Madrid condamnait la compagnie irlandaise pour des faits similaires. La compagnie a été condamnée à supprimer les clauses concernant les bagages de cabine et à rembourser à une plaignante la somme payée. Dans sa décision le tribunal a jugé́ que Ryanair devait rendre 20 euros, assortis d’intérêts, payés par cette passagère qui avait emmené́ une petite valise de moins de 10 kilos à bord d’un vol Madrid-Bruxelles . Cette décision n’était pas susceptible d’appel. A noter que le tarif en vigueur pour un vol au départ de Luxembourg pour le trolley est de 25 euros payables uniquement par carte de crédit.

Low fares made simple

La méthode est toujours la même. En avril 2019 le site de « tagtik », une agence presse numérique belge fondée en 2008, illustre cette pratique en citant « Test Achat » Belgique, qui constate que depuis le début du mois d’avril les passagers de Ryanair voyageant avec un bébé de moins de deux ans et installé sur les genoux d’un adulte doivent payer 25 euros. La méthode de l’avionneur est bien rodée : ce n’est que lorsque le vol est choisi que le montant total laisse soudain apparaitre un supplément de 25 euros. Le site opaque de Ryanair adore les pop-ups ; pour les trolleys de cabine, il après avoir choisi son vol, il faut cliquer le pop-up faisant de vous un  « embarquable » prioritaire, sinon c’est le sûr-coût.

Ryanair, la bête noire des associations de défense des consommateurs ?

Sur l’exercice comptable 2018-2019, l’avionneur, malgré́ une chute des bénéfices de 29%, a accumulé un bénéfice net de 1.02 milliards d’Euros pour un chiffre d’affaires de 7.56 milliards d’euros, en hausse lui de 6%. La shareholders value, la maximisation des profits est de mise.

En 2019 la Commission Européenne a classé́ l’avionneur comme le 10ème plus important pollueur européen en émission de gaz carbone, suivi d’autres lignes aériennes.
En date du 5 février 2020, « La Tribune » citant l’agence « France Presse » nous apprend que l’« Autorité́ Britannique de Régulation de la Publicité́ » (ASA) a épinglé Ryanair pour publicité́ trompeuse et l’accuse de greenwashing en ce qui concerne le bilan gaz carbonique de la société́. La campagne de communication présentant la compagnie comme ayant le plus faible taux d’émission de CO2 en Europe parmi les grands transporteurs aériens a été́ interdite.

L’étau se resserre

En été́ 2018 Ryanair a eu à souffrir de grèves à répétition de la part de son personnel. La compagnie aérienne, contrairement aux règles en vigueur, a toujours refusé d’indemniser les voyageurs lésés en évoquant des « circonstances extraordinaires« . Notre confrère « Le Soir » sur son site en date du 7 janvier dernier cite un premier succès obtenu par le cabinet spécialisé́ « Aviclaim » auprès d’un tribunal de Charleroi, qui dit avoir obtenu une indemnisation de

119 000 euros pour 375 passagers lésés. « Test Achats », l’organisation belge de défense des consommateurs, a également introduit une action collective devant la justice bruxelloise au nom de 40.000 passagers victimes de ces grèves. L’indemnisation totale est estimée à 16 millions d’euros par « Test Achat ». La cause sera plaidée devant le « Tribunal de l’Entreprise » de Bruxelles pas avant juin ou septembre de cette année.

Il ressort de tout cela que Ryanair montre une capacité́ extraordinaire à se jouer des législations nationales aux dépens d’un respect du consommateur tel que l’exigent la lettre et l’esprit des lois.
A défaut de vigilance et d’efficacité́ des agences nationales de surveillance de la concurrence et des droits des consommateurs il faudrait souhaiter que Bruxelles se réveille et mette en place une agence européenne efficace de défense des consommateurs. La libre concurrence et la liberté́ tarifaire ne sont pas les principes suprêmes selon lesquels notre société mérite vivre.

 

Texte : Cadfael