La question non résolue de l’immigration empoisonne l’Europe. Elle fournit des arguments aux partis extrémistes et ronge nos sociétés de l’intérieur. Le Parlement européen a fait un geste fort. Après des années d’indécision, il vient de durcir la législation européenne en la matière.

Rédaction : Cadfael

L’« European Return Order » (ERO)

Selon Eurostat et l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, « le nombre d’immigrés résidant dans l’Union européenne a atteint un niveau record de 64,2 millions en 2025, soit une hausse d’environ 2,1 millions par rapport à l’année précédente ». L’Allemagne et l’Espagne sont devenues les destinations préférées des migrants.

Sous la pression politique, le Parlement européen a mis au point le « Règlement sur le retour » ou ERO, « établissant un nouveau système commun de l’Union européenne ». Le mémo d’introduction précise : « L’Union européenne met en place une politique migratoire européenne intégrée, durable et globale, à la fois équitable et ferme. »

Lors du vote au Parlement européen, le site howtheyvote.eu indique que, sur les six députés luxembourgeois, le membre socialiste n’a pas pris part au vote, le député ADR a voté en faveur du texte et les autres (DP, CSV et Verts) ont voté contre. Pourtant, comme le souligne Reuters, « le Luxembourg, Malte et Chypre affichent des proportions d’immigrés plus élevées par rapport à la taille de leur population ».

La voie semble désormais ouverte à une politique véritablement européenne, tournant le dos à une époque où les États nationaux devaient se débrouiller seuls avec les flux migratoires. Cette situation était d’autant plus difficile pour les pays aux frontières maritimes ou terrestres les plus exposées.

L’Italie se souvient du débarquement de 25 000 Albanais dans la seule nuit du 7 mars 1991, alors qu’ils fuyaient la dictature communiste. La République a dû faire face à une situation à laquelle elle n’était nullement préparée. Aucun des pays membres de l’Union européenne n’est venu à sa rescousse. Au contraire, les critiques fusaient quant à sa manière de maîtriser la situation.

Accord entre le Parlement et le Conseil des ministres de l’Union

Dans un communiqué daté du 1er juin, le Conseil de l’Union européenne constate son accord avec le Parlement européen sur l’ERO. « Les États membres ont conclu un accord provisoire sur une directive européenne qui permettra de mettre en place, à l’échelle de l’Union, des procédures plus rapides et plus efficaces pour le retour des personnes en séjour irrégulier dans les États membres. Cet accord vient compléter le pacte de l’UE sur la migration et l’asile. »

Instaurant des normes uniques pour l’Union européenne, les nouveaux textes introduisent des mesures plus strictes visant à accélérer le retour des migrants en situation irrégulière. La création de centres de rétention en dehors de l’UE sera régularisée, de même que l’allongement de la durée de détention et l’interdiction d’entrée sur le territoire pour les ressortissants de pays tiers n’ayant pas le droit de séjourner en Europe.

Ils prévoient également une reconnaissance mutuelle des décisions de retour, assortie de règles plus strictes pour prévenir les risques de fuite. Le retour forcé devient obligatoire lorsqu’une personne en séjour irrégulier représente un risque pour la sécurité.

L’ensemble sera appliqué « dans le plein respect des droits fondamentaux ainsi que des normes internationales relatives aux droits de l’homme ».

On note un glissement des partis conservateurs traditionnels vers des positions classiquement défendues par l’ultra-droite, sous la pression d’un malaise sociétal croissant face à l’immigration. Selon les chiffres officiels, seuls 29 % des migrants faisant l’objet d’un ordre de retour quittent effectivement le territoire ; les autres se fondent dans la nature européenne.

Le paradoxe des migrants russes

À l’opposé des migrants de la misère, les visas accordés aux vrais ou faux touristes russes ne se sont jamais aussi bien portés. En 2025, l’UE a délivré 623 000 visas à des visiteurs russes, soit une hausse de plus de 8 % par rapport à l’année précédente. Les visas Schengen à entrées multiples n’ont été suspendus qu’en novembre 2025. Les médias soulignent que la France aurait même augmenté le nombre de visas accordés de 23 %.

La semaine dernière, dans un courrier à l’initiative de la Suède, onze pays de l’Union ont demandé une politique plus stricte en la matière, la Russie étant un pays sous sanctions. Selon l’AFP, « Ils jugent inacceptable de voir des Russes passer leurs vacances à Rome, Paris ou Amsterdam alors que les forces du Kremlin continuent de bombarder les villes ukrainiennes.»

Ces pays mettent également en garde contre une menace potentielle pour la sécurité dans un contexte de guerre asymétrique. L’accès au vaste territoire européen sans frontières pourrait faciliter, selon eux, les déplacements à travers le continent de combattants russes. Ils demandent à la Commission de mieux identifier ces derniers afin de leur interdire l’entrée dans l’UE.

Ces questions auraient été discutées lors d’une réunion des ministres de l’Intérieur des États membres, la semaine dernière, à Luxembourg. Au vu de ces chiffres politiquement gênants, certains observateurs mettent en exergue le fait que « l’UE a fait ce qu’elle fait toujours : elle les a supprimés ». Les statistiques sur les visas russes ont discrètement disparu de l’outil officiel de suivi Schengen au début de l’année 2026. Huit pays ont dû demander officiellement leur réintégration, une procédure complexe qui prendra du temps. En attendant, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Photo de couverture : Unsplash

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