L’été qui s’achève aura été marqué par les incendies les plus dévastateurs et violents de ces dernières années. L’Espagne comme le Portugal ont vu des fronts de flammes s’étendre sur une vingtaine de kilomètres.

Par Cadfael

Tout change, et rien ne bouge

Les mêmes scènes de désespoir, de dévastation, de pompiers et de militaires exténués, dans le décor de petites communes encerclées par le feu. Parfois, les habitants luttaient à coups de seaux d’eau et de tuyaux d’arrosage, espérant protéger le fruit d’une vie de labeur. Dans ces petites aldeias, oubliées depuis des décennies par Lisbonne, les évacuations se faisaient au coup par coup, malgré certains habitants qui préféraient demeurer face à un destin impossible.

Il faut saluer le courage des équipes de télévision portugaises : leurs directs, 24 heures sur 24, ont permis au pays de rester en contact avec ses familles et amis. Au même moment, dans l’Espagne voisine, elle aussi dévorée par les flammes, les autorités procédaient à l’évacuation de dizaines de milliers d’habitants.

Errare humanum est, sed perseverare diabolicum

Lisbonne semblait attendre le secours de Fátima, tandis qu’un Premier ministre en vacances dans l’Algarve donnait l’impression d’oublier le désastre des incendies de Pedrógão. Sous le gouvernement socialiste de Costa en 2017, ceux-ci ont coûté 66 victimes, 253 blessés, près de cinq cents maisons détruites et une cinquantaine d’entreprises anéanties. Malgré cela, le Premier ministre Montenegro — au pouvoir depuis avril 2024 — n’a pas anticipé la crise actuelle.

Il a fallu attendre le 15 août pour que le gouvernement fasse une demande de soutien à Bruxelles. Auparavant, les Canadair portugais, loués à grand frais, étaient… en panne ! Le Maroc a prêté en urgence deux Canadair pour quelques jours. La Suède et la France ont envoyé des avions de lutte, tandis que des militaires espagnols sont venus prêter main-forte aux milliers de pompiers et de gendarmes sur le terrain. Fortement critiqué par l’opposition, l’attentisme du gouvernement et la mollesse de la ministre en charge offrent une prise pour un exécutif de centre droit peinant à liquider un héritage de huit ans de socialisme. Selon Eurostat, Lisbonne figure dans le peloton de queue en matière de prévention anti-incendie. Le timide appel à l’union nationale formulé par un ministre n’effacera pas le sentiment d’incompétence, ni l’impression, pour une large part de la population, d’être laissée en plan. Avec près de 4 000 hommes sur le terrain, des centaines de véhicules et, enfin, des avions spécialisés sur place, la situation commençait à s’améliorer au 21 août.

Bien que coûteux, les moyens aériens dont dispose le Portugal se sont révélés pour le moins inefficaces, tant la surface brûlée continuait d’augmenter. La presse portugaise n’a pas manqué de titrer sur ce qui ressemble, selon ses mots, à « une tragique raclée dans le championnat des avions de lutte contre les incendies ».

Le Royaume d’Espagne également

L’Espagne n’a pas échappé aux incendies. Au 21 août, près de 392 000 hectares ont été réduits en cendres, dont 350 000 depuis le 7 août. Les régions de Galice, de Castille-et-León et d’Extrémadure ont reproché à l’administration centrale de ne pas avoir mis tous les moyens possibles à disposition. Il n’en demeure pas moins qu’une quarantaine d’incendiaires présumés ont été mis hors d’état de nuire. Un responsable régional a parlé d’écoterrorisme.

Selon les autorités, un total de 31 300 personnes ont été évacuées lors de la semaine du 15 août. N’ayant pas attendu pour activer l’aide européenne, Madrid a bénéficié du soutien de six unités aériennes, de 60 pompiers allemands avec leurs 23 engins de lutte, de 66 pompiers français avec véhicules, et de 26 pompiers finlandais.

Très tôt, le Royaume a activé son Unité Militaire d’Urgence (UME), composée de troupes aguerries, spécialisées dans les missions d’aide en zone de catastrophe. Le 18 août, le contingent militaire s’élevait à 1 900 hommes, grâce à un renfort de 500 soldats. Des éléments de cette structure sophistiquée se trouvaient également au Portugal aux côtés des pompiers locaux.

Une énorme incapacité politique ?

Le chroniqueur et journaliste portugais João Miguel Tavares soulignait une « énorme incapacité politique » à résoudre les problèmes qui perdurent depuis des décennies : « L’abandon de l’intérieur du pays, le manque absolu de contrôle de la forêt et l’apparition de phénomènes climatiques qui provoquent des méga-incendies. »

L’expert Alexander Held, de l’Institut Européen des Forêts, a déclaré : « Travailler dans des environnements non préparés met la vie des pompiers en danger… Les autorités devraient créer des zones tampons et éliminer la végétation combustible. Prenez un bâtiment industriel et imaginez qu’il n’y ait ni détecteurs d’incendie, ni systèmes d’arrosage, ni portes coupe-feu, ni issues de secours : les pompiers refuseraient tout simplement d’y entrer, mais dans notre environnement, nous nous attendons à ce qu’ils le fassent. »

L’Europe plus que concernée

La Grèce, l’Albanie, la Bulgarie, le Monténégro, ainsi que la France et l’Italie ont été touchés par des incendies comparables, tout comme la Tchéquie, l’Allemagne ou la Suède, jusqu’alors peu menacées. L’Espagne, quant à elle, continue de brûler. Il est grand temps qu’un mécanisme international de professionnels efficaces, réactif et neutre soit mis en place pour analyser ex ante, planifier et coordonner les moyens de prévention et de lutte contre les incendies.

Il n’en demeure pas moins que des intérêts tiers sembleraient parfois en jeu, comme le soulignait un spécialiste portugais signalant la coïncidence préoccupante entre les localisations des concessions géologiques pour l’exploitation du lithium et les zones incendiées.

Les mea culpa tardifs des politiciens ne redonneront pas vie aux victimes, qu’elles soient pompiers ou civils. Le temps des règlements de comptes politiques est arrivé, et les incendies constituent un puissant levier pour les populistes de tout crin.

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