L’année diplomatique débute à coups de hache. Difficile d’échapper à Trump : l’opération Maduro est le reflet de méthodes baignées dans une indifférence flagrante à l’égard de tous les codes de la diplomatie classique, construite sur le droit international et une certaine confiance mutuelle. »
Par Cadfael
Trump et son empire
Le professeur américain Paul Krugman, prix Nobel d’économie, est convaincu que Donald Trump « vit dans un monde imaginaire taillé selon ses désirs », se prenant pour le plus grand négociateur de tous les temps. Il met l’Europe et ses diplomates à mal. Ils n’ont pas été formés à interagir avec les nouvelles règles du jeu imposées par Trump : changeantes, brutales et hors droit. La semaine dernière, n’a-t-il pas fanfaronné qu’il « n’avait pas besoin du droit international », et affirmé vendredi, dans le The New York Times, que « ma seule limite à mon pouvoir global est ma moralité personnelle, mon état d’esprit personnel » ?
Cela mène à un ordre international qui n’est plus gouverné par des normes du droit international ni par des alliances à long terme. Le flou des zones d’influence est redessiné par les rapports de force et le pouvoir militaire. Cette approche se déclinait déjà au son des bottes, en rouge sang et vert de gris, à une époque que l’on espérait révolue. La mondialisation est morte, vive les nouveaux empires émergents. L’Europe, que Trump, comme Vladimir Poutine, considèrent comme décadente, n’a qu’à bien se tenir.
Maduro, opération réussie ?
Après une opération militaire juridiquement problématique, démontrant une sophistication technique de haut niveau, le dictateur vénézuélien et son épouse se trouvent derrière les barreaux à New York. Ils sont accusés, avec leur fils et plusieurs complices, d’avoir participé depuis 1999 à un vaste trafic de cocaïne et d’être associés à des cartels répertoriés comme groupes terroristes.
Sont également coaccusés l’actuel et l’ancien ministre de l’Intérieur du pays, qui auraient supervisé l’ensemble avec le chef du gang des Tren de Aragua, une multinationale latino-américaine du crime comptant près de 7 000 membres. Coup dur pour La Havane, qui confirme la mort de 32 de ses agents, vraisemblablement chargés de la protection du dirigeant vénézuélien.
Les espoirs de l’opposition à un changement de régime doivent déchanter. La camarilla de Maduro est restée en place. C’est une fidèle, ancienne ministre du Pétrole, qui a pris la succession, avec son frère à la présidence de l’Assemblée nationale.
Selon Paul Krugman, Donald Trump « agit plus comme un chef de clan mafieux cherchant à agrandir son territoire. […] S’il avait voulu le changement, il aurait soutenu Edmundo González, vainqueur des élections de 2024, et Corina Machado », cette dernière semblant en disgrâce à la fin de la semaine dernière. En négociant son prix Nobel avec Trump, la donne pourrait toutefois changer pour elle.
Selon Paul Kolbe, expert à la Kennedy School de Harvard et ancien de la CIA : « Les narcotrafiquants sont toujours là, les cartels de la drogue sont toujours là, l’armée est toujours là, les gangs de rue sont toujours là. Les paramilitaires, soutenus par l’armée et principaux instruments d’oppression et de brutalité contre la population, sont toujours là. De nombreux généraux ont énormément à perdre. »
La nouvelle présidente de la République bolivarienne a immédiatement ordonné l’arrestation de journalistes, d’opposants et de personnes soupçonnées d’avoir soutenu l’intervention. Actuellement, sous la pression de Washington, ils sont remis en liberté au compte-goutte.
A suivre…
Selon Paul Krugman, Donald Trump, entouré de sycophantes comme son ministre de la Guerre, grand misogyne, « qui a plusieurs fois déclaré que Trump était le plus grand président de sa vie », « vit dans un monde imaginaire auto-extensible ».
L’opération Maduro et le blocus du pays ont déstabilisé la chaîne de blanchiment et de trafic que représente l’alliance Cuba–Russie–Iran–Chine–Corée du Nord. Selon les experts, le Venezuela hébergerait des guérillas lourdement armées du cartel de Sinaloa et des Zetas mexicains, ainsi que des FARC colombiennes, se finançant par la cocaïne. La multinationale latino-américaine du crime Tren de Aragua, forte de 7 000 membres, demeure intacte.
En liaison avec les services cubains, elle se signale dans le narcotrafic et le blanchiment au profit de l’Iran et du Hezbollah. Les milieux pétroliers américains ne sont guère enthousiastes à l’idée d’investir 100 milliards dans des installations ruinées, au cœur de la jungle, dans un pays infesté de brigands. Selon les spécialistes, le Venezuela serait riche en terres rares stratégiquement intéressantes. Mais la Chine dispose d’un quasi-monopole sur leur raffinage.
L’opération Maduro a toutefois, pour Trump, le mérite de détourner l’opinion publique américaine de l’affaire Epstein et du marasme ukrainien. Voilà cependant que ressurgit l’urgence iranienne, où, selon les experts, les services américains et israéliens disposeraient d’options prêtes à être activées. Et pendant ce temps, l’Europe gesticule faiblement, à la recherche d’une approche adaptée.



