Texte par Cadfael

Demain, vendredi sera la journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Le livre demeure un outil permettant à l’esprit de se mouvoir dans des espaces au choix du lecteur et sans censure. 

Une date choisie par l’ONU

Cette date n’est pas anodine, sur le site de l’ONU on peut lire :« Le 23 avril est une date symbolique pour la littérature universelle. C’est en effet à cette date en 1616 que Cervantes, Shakespeare et Inca Garcilaso de la Vega sont tous les trois décédés. C’est également la date de naissance ou la date de décès d’éminents écrivains comme Maurice Druon, Haldor K.Laxness, Vladimir Nabokov, Josep Pla et Manuel Mejía Vallejo. »

La faute à Gutenberg

L’invention de l’imprimerie et la découverte de papiers meilleurs marché révolutionnera la diffusion des idées et initiera une libération des absolutismes, royaux ou ecclésiastiques. 

À partir de 1452, l’ œuvre  majeure de l’atelier de Gutenberg, inventeur européen de l’imprimerie, et considérée comme la plus complexe, est la Bible en six cent quarante et un feuillets répartis en soixante-six cahiers. Paradoxalement ce sera cette invention qui remettra en cause le monopole de l’église, seule détentrice de la vérité.

Traduite en langue « vulgaire », allemand, français, anglais, et imprimée dans certaines éditions « bon marché » elle fera le berceau du protestantisme. Elle déstabilisera progressivement l’emprise de l’église catholique, seule habilitée à interpréter la parole divine. La dissémination d’une bible non latine, même sa simple possession ou sa lecture faisait encourir au détenteur le risque du bucher. Ce pouvoir incendiaire des livres devait être mis sous contrôle.

Des index en noir et rouge

Durant le concile de Trente en 1599 et sur demande de l’inquisition, Rome mettra au point l’index «l’index librorum prohibitorum », une  liste d’ouvrages interdits à la lecture pour les fidèles. La 20ème édition de l’index sera aussi la dernière. Il sera aboli en 1966 par le pape Paul VI. Conçu comme outil de préservation morale, l’index était avant tout destiné à maintenir l’emprise de l’église sur les esprits, lire pouvant se relever satanique . Tous les grands penseurs mêmes catholiques, tous les écrits libertins, toutes sortes d’œuvres susceptibles de renfermer des soupçons de déviationnisme et d’indépendance de pensée se retrouvaient sur cette liste de 4000 ouvrages, sauf… Mein Kampf !

A l’instar de l’église catholique, les dictatures du bloc soviétique, jusqu’à leur chute avaient mis sur pieds un système sophistiqué de contrôle des publications. Lénine l’instaura comme mesure temporaire, il atteindra des apogées en vue de protéger l’orthodoxie du marxisme léninisme à la sauce de Moscou. L’inquisition soviétique s’appelait le « GLAVLIT » « Directorat général de protection des secrets d’état dans la presse » concernait tout ce qui était imprimé. Il couvrait par des « filiales » les états membres du bloc soviétique. Soljenitsyne en est le symbole parfait. Aujourd’hui, même si la constitution de la fédération de Russie interdit la censure, sa législation sur les médias de masse définit la censure comme une « exigence, vis-à-vis des rédacteurs de médias, des fonctionnaires, des organes de l’État, des organisations, des institutions ou des associations publiques, de coordonner préalablement à leur diffusion les messages et documents à diffuser ainsi que l’obligation d’interdire le cas échéant leur diffusion entière ou partielle » 

Ecrire est dangereux, parfois

Salman Rushdie, 73 ans, a écrit Les versets sataniques en 1988. C’est œuvre, complexe sur l’islam et la vie du prophète. Elle est toujours considérée par certains lettrés musulmans comme athée, apostatique, et anti-islamique et suite à une fatwa de Khomeiny punissable de la mort. Dans la dizaine d’années qui suivent cet acte, Rushdie connaitra une vingtaine de tentatives d’assassinat avec aujourd’hui une prime iranienne de 3.9 millions de dollars sur sa tête.  Comme la fatwa est permanente, Rushdie vit toujours sous protection policière.

Moins consistant et « probablement islamophobe » comme il le définit lui-même un Michel Houellebecq aura également eu droit à sa protection policière dans les années 2015  que bien d’autres ciblés par la mouvance islamiste.

Il n’y a pas que les islamistes

Roberto Saviano , écrivain, journaliste et cinéaste italien, né en 1979 en Campanie est plus connu du grand public européen pour ses ouvrages dénonçant la mafia et ses business, comme Gomorra, Extra pure, Piranhas. L’anti-camorriste engagé vit depuis 2006 sous une protection policière permanente, ces œuvres ayant déplu à certains clans mafieux.

Bien d’autres sont poursuivis pour leurs œuvres, que ce soit en Turquie, dans les pays du proche Orient ou en Chine. La liberté d’écrire et de lire a un prix. C’est bon marché chez nous, dangereux ailleurs car si lire est non seulement un bienfait pour le corps et l’esprit c’est également un ticket pour la liberté, car on ne peut hacker un livre ou un cerveau.

Profitons de nos libertés tant qu’elles fonctionnent et paraphrasons la devise du « Canard Enchainé » : « La liberté ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. »

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