Après les (nombreuses) alternatives végétales au cuir, c’est la culture en laboratoire qui semble intéresser les marques de mode et les acteurs du luxe. La start-up américaine VitroLabs Inc., spécialiste en la matière, vient de lever 46 millions de dollars pour construire et développer la première production pilote au monde de cuir cultivé par des cellules. Kering compte parmi les investisseurs et partenaires de cette solution innovante.

Ananas, champignon, pomme, raisin, cactus, banane, kombucha… On ne compte plus les fruits, légumes, et plantes devenus aujourd’hui incontournables pour fabriquer des sacs à main et chaussures plus respectueux de la planète comme du bien-être animal. Ces ‘cuirs végétaux’, comme certains les appellent – bien que le terme ne soit pas adapté à ces matières qui n’en sont pas (vraiment), pourraient aujourd’hui se voir voler la vedette par un nouveau matériau dont l’apparence et les caractéristiques techniques se rapprocheraient au plus près de celles de la matière originelle – et traditionnelle : le cuir cultivé en laboratoire à partir de la culture de cellules d’origine animale.

Les cellules animales comme point de départ

La star-up californienne spécialisée en biotechnologies VitroLabs Inc. a récemment levé quelque 46 millions de dollars pour construire et développer une unité de production pilote. En d’autres termes, après des années de théorie, l’entreprise américaine passerait à la pratique; ce qui donnerait naissance au premier cuir animal par culture cellulaire. Une étape importante, si ce n’est primordiale, puisqu’elle permettrait de mettre au point les premières créations conçues à partir de cette matière innovante. L’objectif ? Limiter l’impact environnemental et améliorer le bien-être animal.

« Nous avons vu exploser le nombre d’entreprises qui développent des matériaux de substitution au cuir. Toutefois, le cuir animal cultivé de VitroLabs préserve les caractéristiques biologiques du cuir que les industriels, les artisans et les consommateurs connaissent et apprécient, et il élimine dans le même temps les aspects les plus néfastes, sur le plan environnemental et éthique, des processus de fabrication du cuir conventionnel associés à son approvisionnement », souligne Ingvar Helgason, P-DG et cofondateur de la start-up.

Ce n’est pas la première fois que le cuir de laboratoire est évoqué, la société Modern Meadow planchant sur le sujet depuis de nombreuses années, mais VitroLabs serait la première start-up à commencer à en produire à plus grande échelle. Pas étonnant d’apprendre que des noms connus comme Leonardo DiCaprio, mais davantage encore Kering, comptent parmi les investisseurs et partenaires. La maison-mère de Gucci, Saint Laurent, ou Balenciaga, s’est réjouit de cette nouvelle opportunité qui lui permet de dessiner les contours d’un avenir plus durable.

Les biotechnologies au service de la mode

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le groupe de luxe affiche un intérêt pour des alternatives à des matières considérées comme néfastes pour l’environnement et le bien-être animal, mais plus encore pour les biotechnologies. Dès 2020, en pleine pandémie, la société Bolt Threads a annoncé la formation d’un consortium autour de sa matière de prédilection à base de champignon, Mylo, plus précisément fabriquée à partir de mycélium, la partie végétative du champignon. Adidas, Lululemon, Stella McCartney et… Kering comptaient parmi les acteurs qui ont pu exploiter les avantages de ce nouveau matériau en exclusivité.

Outre l’ananas, la pomme, et le raisin, parmi les ingrédients naturels les plus exploités actuellement pour mettre au point de nouvelles matières plus clean et cruelty-free, le champignon – ou mycélium, apparaît aujourd’hui comme une solution durable. Reste à savoir si le cuir de laboratoire, que les spécialistes vantent comme la matière la plus proche du cuir véritable, peut désormais lui faire de l’ombre.