En créant Elle Real Estate, cette cheffe d’entreprise française a voulu offrir une approche différente du métier d’agent immobilier. Entre écoute, discrétion et internationalisation, elle partage son parcours d’entrepreneure passionnée et engagée.
Rédaction : Maria Pietrangeli
Quel était votre objectif principal en créant cette société ?
J’étais dans l’immobilier, mais dans le marketing. C’est mon mari qui m’a encouragée : « Tu serais un super agent », m’at-il dit. En créant cette société, je voulais donner un autre élan à l’immobilier. Ce qui m’a attirée, c’est le contact humain, la possibilité d’aider les gens à réaliser leur projet. La plupart de mes clients souhaitaient travailler avec moi à l’international, ce qui n’était pas possible dans le groupe où j’évoluais alors. Je voulais continuer à apporter ma touche féminine à ce métier, avoir un point de chute au Luxembourg tout en opérant aussi hors frontières. C’est ainsi qu’est née Elle Real Estate. Souvent, les personnes qui ont un projet au Luxembourg possèdent également des biens à l’étranger. J’ai commencé seule. Ce n’est que depuis deux mois que deux agents sont arrivés dans mon agence.
Pourquoi cette activité ?
J’ai grandi dans cet univers. Mon père était décorateur d’intérieur, je l’accompagnais dans de superbes propriétés. L’immobilier s’est imposé à moi naturellement dès mon arrivée au Luxembourg. Je veux apporter une vraie différence à mes clients, avec mes compétences et ma sensibilité, surtout dans ce milieu.
Quelle est votre stratégie de croissance à court et long terme ?
D’ici deux mois, deux nouvelles personnes vont intégrer l’équipe. Je souhaite rester une structure familiale, mais j’ai besoin de renfort. Je suis spécialisée dans les biens de luxe, avec une clientèle très exigeante : des investisseurs, des PDG. La confidentialité est primordiale. C’est pourquoi je n’ai pas de vitrine. Mon business repose à 90 % sur le off-market : c’est un métier très différent. Tout est parti de rencontres, de recommandations. Quand on est transparent avec soi-même, on établit une relation de confiance qui ouvre les portes de l’intimité de ces clients. Aujourd’hui, je ne fais plus de prospection, tout repose sur la recommandation. J’aime profondément les gens. À long terme, j’aimerais qu’Elle Real Estate devienne un véritable groupe. Je suis une « boîte à idées », passionnée aussi de décoration d’intérieur. Je ne travaille pas avec tous les pays. Actuellement : le Portugal, la Suisse, Monaco, la French Riviera, Dubaï et Paris. Je préfère me développer sur des marchés ciblés afin de garantir un service d’excellence avec des partenaires locaux de qualité.
Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez été confrontée en tant qu’entrepreneure ?
Première difficulté : les démarches administratives, un vrai cauchemar, même si c’est un peu plus simple au Luxembourg. Ensuite, le manque d’informations disponibles pour les nouveaux arrivants au Grand-Duché : je passe souvent du temps à expliquer à mes clients tout ce qu’ils doivent savoir sur le pays. L’entrepreneuriat, c’est d’abord beaucoup d’administratif. Seconde difficulté : l’image parfois négative des agents immobiliers.
Quelle est votre plus-value par rapport à la concurrence ?
Je prends le temps de cibler précisément le projet. Cela commence par deux heures d’entretien avec le client. Ensuite, j’effectue deux visites d’estimation du bien sur place. Lorsqu’on signe le mandat, nous nous mettons d’accord sur les conditions. Les visites ne se font que si les acheteurs potentiels ont consulté leur banque et disposent d’une attestation prouvant qu’ils ont le budget. Je veux éviter de faire perdre du temps à tout le monde.
Avec mon équipe, je pratique beaucoup de coaching, mais pas du coaching commercial. C’est du développement humain. Nous travaillons sur l’énergie, la visualisation : « Quel agent veux-tu devenir ? » Tous les agents qui me rejoignent sont internationaux et partagent cette approche humaine. J’adore la multiculturalité. Je suis transparente : je peux refuser un mandat si je sens que ce n’est pas clair. Je travaille de manière très clean, avec des documents bien cadrés. Mon approche est extrêmement personnalisée, tout en gardant du recul. Je suis présente, mais très discrète, un peu comme un membre de la famille qui accompagne avec distance.
Je propose aussi un accompagnement global : courtage, assurance, déménagement, décoration intérieure. J’ai noué un partenariat formidable avec une personne ayant travaillé pendant 20 ans en toute confidentialité. Ce n’est pas de la conciergerie, car je n’aime pas ce mot. Après la vente, je peux répondre à des demandes très ciblées : œuvres d’art, gardiennage, etc. Nous nous occupons de tout, en toute discrétion. C’est un immobilier très différent, probablement avec ma touche féminine.
Comment avez-vous financé vos débuts, et quels conseils donneriez-vous pour lever des fonds ? Est-ce qu’une banque vous a aidée ?
Aucune banque ne m’a aidée. Il m’a fallu plus de trois mois pour ouvrir mon compte professionnel, avec des questionnaires et des entretiens qui m’ont fait me sentir comme une criminelle. Quand j’ai indiqué vouloir travailler avec Dubaï, mon compte a été bloqué. Pourtant, je ne comptais pas m’y installer ni faire du blanchiment. Je devais juste expliquer que certains clients luxembourgeois souhaitent acheter à Dubaï. J’ai un partenaire officiel certifié, je suis simplement facilitatrice. Comme toujours dans ma vie, je me suis débrouillée seule.
Comment intégrez-vous les nouvelles technologies ou innovations dans votre activité ?
Il faut être bien accompagné dans le digital. C’est très important. Une entreprise me suit déjà et va m’épauler encore davantage à partir de septembre, car un gros virage se prépare en fin d’année pour ma société. Je suis en plein développement, avec de gros marchés à venir.
Quelle structure de networking a marché pour vous ?
Les business clubs, le réseautage. Même si, au début, on me percevait surtout comme « la femme de… ».
Si vous pouviez revenir en arrière, feriez-vous quelque chose différemment dans votre parcours entrepreneurial ?
J’aurais lancé mon agence plus tôt. Je n’aurais pas attendu. J’aurais eu confiance en moi plus rapidement et je me serais affranchie de l’image associée à mon mari.
Quel conseil pouvez-vous donner à quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans la même activité ?
Croire en soi et apporter sa propre touche. Et surtout, en immobilier, toujours se mettre à la place du client : qu’est-ce que j’aimerais qu’on fasse pour moi ?
Un rêve ou une envie particulière pour les mois à venir ?
Emmener ma fille à New York. C’est ma ville de cœur, j’y ai vécu trois ans et j’aimerais lui faire découvrir. J’aimerais aussi que l’on écoute davantage les femmes entrepreneures.
Interview initialement publiée dans le Femmes Magazine numéro 268 de juillet-août 2025.




