À travers son roman L’Archipel des Lärmes, Camilla Grebe mène une enquête aux multiples points de vue, qui se déroule à différentes époques. Elle retrace le destin des mères célibataires des Seventies et de la honte des femmes vis-à-vis des attouchements qu’elles subissent dans les années 80. Un polar comme un écho aux problèmes sociétaux, qui se répondent du passé au présent. 

« L’Assassin des Bas-Fonds est revenu ? »

En 1944, une femme est retrouvée morte, crucifiée dans son appartement. Elsie, auxiliaire de police, décède sous les coups de l’homme qui se fera appeler « l’Assassin des Bas-fonds ». 

Dans les années 70, l’Assassin des Bas-fonds frappe à nouveau mais cette fois plusieurs jeunes mères célibataires sont retrouvées clouées au sol. La terreur s’installe autour du parc Berlin à Stockholm. Britt-Marie prend l’affaire en main, mais cette dernière disparait mystérieusement laissant, enfant, mari et travail derrière elle. 

Puis, la décennie suivante, Hanne, une universitaire, est appelée pour faire un profilage de cet assassin qui, encore une fois, laisse une femme crucifiée derrière lui. Hanne, comme Elsie et Britt-Marie, s’investit dans cette enquête qui piétine, faute de témoins et de véritables indices.

En 2019, Malin déroule le fil de cette histoire qui prend place dans les années 40. Existe-t-il un seul Assassin des Bas-fonds ? Est-il le même que lors du premier meurtre ? Ou cherchons-nous plusieurs Serial Killer ? Se pourrait-il qu’il s’agisse d’un policier ?

« Qui la croirait si elle racontait les avances de son chef ? »

Bien plus qu’une simple enquête, le livre suit des femmes fortes en quête de réponse, déterminées à résoudre cette enquête. À travers leurs histoires, nous suivons l’émancipation des femmes.

Elsie, qui malgré son talent et sa volonté, ne pouvait qu’être auxiliaire de police. Britt-Marie gagne son indépendance aux yeux de la loi mais les mentalités ont du mal à suivre cet élan d’émancipation. Son chef ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée d’une femme au service des homicides. Alors qu’elle est une tireuse d’élite, son patron décide de la laisser classer des papiers à longueur de journée, car « c’est son rôle »

Dix ans plus tard, au coeur des années 80, les mentalités ont évolué. Si Hanne est légitime pour travailler en tant que policière, elle n’ose pas parler lorsqu’elle subit les attouchements sexuels de son patron, parce que « ce n’est rien ». Avec le personnage d’Hanne, l’autrice aborde également la question de la maternité. La policière, mariée, ne veut pas d’enfant et souhaite consacrer sa vie à son travail. Un choix très mal perçu, tant par son entourage que par la société.

Enfin, au 21ème siècle, Malin peut compter sur son mari en congé parental pour garder leur fils en bas âge afin de mener à bien cette enquête qui dure depuis bien trop longtemps. 

Un polar scandinave aux allures de très beau roman, où se mêlent avec justesse une enquête addictive et un pan de l’histoire des droits des femmes. Jamais dans l’excès, L’Archipel des Lärmes met en lumière tout le chemin parcouru par les femmes pour se faire une place dans la société et obtenir leurs droits.

L’Archipel des Lärmes de Camilla Grebe, aux Éditions Calmann Levy Noir 

Texte par Marie Santer

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