La crise économique qui frappe la totalité des pays européens à grande vitesse ne se traduit pas encore dans les statistiques traditionnelles, réduisant considérablement la visibilité et entravant le pilotage de l’action dans l’économie, explique le Statec dans son dernier communiqué.

De fait les projections s’avèrent compliquées. Dans ce contexte, l’institut de statistiques a élaboré deux scénarios, basés chacun sur un déroulement différent de la crise sanitaire, avec une même issue : des conséquences graves sur l’économie du pays.

Deux scénarios économiques différents pour traduire le risque sanitaire

La crise sanitaire et économique n’apparaît que progressivement dans les statistiques habituelles rendant difficile tout pilotage à très court terme. Les premières données – qualitatives – sur l’évolution de l’activité économique en avril indiquent une forte baisse de la confiance des acteurs économiques luxembourgeois.

L’exercice de prévision réalisé au cours des dernières semaines revêt donc, beaucoup plus que d’ordinaire, un caractère conditionnel. Le STATEC a en effet élaboré deux scénarios économiques, basés sur deux cas de figure différents en matière de situation sanitaire, sans en privilégier un à ce stade.

Le premier scénario, baptisé « confinement limité », postule un fort rebond de l’activité économique au troisième trimestre 2020 et un retour vers la normale sur le deuxième moitié de l’année, aussi bien du point de vue sanitaire qu’économique. En raison de la forte chute de l’activité au deuxième trimestre, il se traduirait par une baisse du PIB en volume de l’ordre de -6% en 2020 et un rebond de +7% en 2021. Il ne prend pas en compte une ou plusieurs vagues additionnelles de contamination au Covid-19 qui nécessiteraient de nouveau un lockdown complet, proche de celui mis en place fin mars, début avril.

Le second scénario de « confinement limité » est élaboré à partir d’un calcul détaillé sur la perte d’activité par branches se fondant sur différentes données, observées ou extrapolées de sources d’informations diverses. L’ingrédient principal est constitué par les informations sur le nombre de travailleurs concernés par le chômage partiel, qui a frappé, avant la reprise des chantiers de construction, un bon tiers de l’économie luxembourgeoise. Ces calculs aboutissent à une perte d’activité (PIB en volume) d’environ 25% par rapport à un mois « normal », ce qui se traduit au niveau annuel par un recul de 6%. Pour arriver à ce chiffre, il a fallu établir une hypothèse sur le nombre de mois en confinement complet et l’extrapoler sur le reste de l’année, en tablant sur une ouverture progressive des autres branches, à l’image de la construction depuis le 20 avril. En fin d’année, très peu de restriction subsisteraient.

Ce scénario table sur des dommages collatéraux réduits, essentiellement en raison de la durée très brève de l’arrêt de la production économique et du succès des mesures pour garder les entreprises à flot. En 2021, l’économie devrait ainsi pouvoir rebondir assez substantiellement, de l’ordre de +7%.

Même avec un rebond de la croissance de 7% en 2021, le niveau du PIB de serait que légèrement supérieur au niveau d’activité de 2019. Le rebond devrait être plus fort que dans d’autres économies car l’économie luxembourgeoise est intrinsèquement plus dynamique comme en témoigne sa croissance potentielle, qui était un peu plus du double de celle de la zone euro avant la crise sanitaire.

Un scénario extrême ?

Tant que la parade médicale au virus n’est pas prête, et les experts les plus optimistes tablent sur un vaccin au plus tôt en fin d’année 2020, un relâchement des mesures de protection et de confinement risque de mener à une deuxième vague d’infections aux conséquences économiques potentiellement plus graves encore.

Le STATEC élaboré une deuxième projection, appelée « confinement prolongé » proposée par Oxford Economics et d’autres organisations internationales.

En cas de résurgence de la pandémie, une crise économique mondiale majeure et prolongée ne pourrait probablement pas être évitée, avec une spirale récessive voire déflationniste et des aller-retours néfastes entre la sphère réelle et la sphère financière. Un tel scénario se concrétiserait par une baisse de l’activité en zone euro, et au Luxembourg, de plus de 10% en 2020 et tout au plus une stabilisation en 2021.

En résumé, sur base des deux scénarios élaborés par le STATEC, la croissance du PIB en volume du Luxembourg devrait se situer entre -6% et -12% en 2020. L’emploi ralentirait fortement, à l’image de ce qui avait été observé lors de la Grande Récession 2008/2009. Il perdrait entre trois et cinq points de % de croissance entre 2019 et 2020 et le chômage pourrait bondir à plus de 7% déjà en 2020 et dépasser 9% l’année d’après. A noter que dans le scénario de confinement limité, le régime du chômage partiel contribuerait à maintenir en situation d’emploi environ 3% des salariés. Dans le deuxième scénario, aucune hypothèse n’a été formulée sur la poursuite de ce régime, coûteux pour l’Etat.

De façon générale, le STATEC a tenté de quantifier toutes les mesures élaborées par le gouvernement pour préserver l’économie des retombées négatives du lockdown, dans les limites imposées par les données disponibles et la capacité des modèles.

Ces projections ont été communiquées en date du 23 avril au Ministère des Finances afin d’élaborer le Programme de Stabilité et de Croissance et le Programme de Réforme. Elles seront affinées par le STATEC au cours des prochaines semaines et présentées plus en détail dans la Note de Conjoncture, à paraître le 11 juin.

 

Communiqué de presse du Statec

 

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