La guerre entre la coalition israélo-américaine et l’Iran est tortueuse. Démanteler la dictature islamique et son gouvernement de fanatiques religieux s’avère plus difficile que prévu. Entre temps, une population civile souffre, en particulier les jeunes citadins, qui ne demandent qu’à vivre librement.
Rédaction : Cadfael
*Ce texte a été écrit avant le cessez-le-feu en Iran.
Une guerre spectacle
Les événements de ce week-end concernant le sort et la récupération des pilotes du F-15 américain abattu au-dessus de l’Iran ont détourné l’attention de l’opinion publique du sort d’une population soumise à une répression brutale. Le magazine en ligne spécialisé en géopolitique « Zone Militaire Opex360.com » souligne qu’après que « l’équipage de l’appareil avait pu s’éjecter à temps [contrairement aux affirmations iraniennes], l’US Air Force déclencha immédiatement une mission de récupération ».
Le pilote ayant été récupéré sain et sauf, il restait alors à en faire autant pour le navigateur, officier systèmes d’armes, alors que les autorités locales venaient de promettre une « généreuse » récompense à quiconque permettrait de le capturer. « /…/ D’ailleurs, alors que les opérations de recherche étaient encore en cours, le Corps des gardiens de la révolution a diffusé, via les réseaux sociaux, une photographie censée montrer l’interrogatoire du “major Smith” américain. Sauf qu’elle était fausse. Et pour cause. »
Dans la nuit du 3 au 4 avril, le second membre de l’équipage, un colonel, a été récupéré lors d’une opération menée par des unités commando ultra spécialisées. Selon les médias, cette opération, extrêmement sophistiquée et montée dans un laps de temps très court, impliquait « des centaines de membres des forces spéciales », ainsi que « des hélicoptères, des capacités de renseignement cybernétiques, spatiales et autres ».
Selon Fox News, « la CIA a d’abord mené une campagne de désinformation en Iran pour faire croire que les forces américaines l’avaient déjà retrouvé et l’exfiltraient par voie terrestre. Alors que les Iraniens étaient désorientés et ne comprenaient pas ce qui se passait, l’agence a utilisé ses capacités uniques et exceptionnelles pour localiser le pilote caché dans une crevasse».
Lors de l’opération, deux avions de transport lourds n’ont pas pu redécoller d’un point de ravitaillement construit spécialement sur le territoire iranien. Ils ont été aussitôt remplacés par d’autres. Les premiers ont ensuite été détruits sur place par les forces spéciales américaines afin de ne pas laisser à l’ennemi des technologies ultrasophistiquées, qui auraient fait le bonheur des Russes et des Chinois.
Et les civils iraniens ?
Il y a ceux qui crient « Vive le guide suprême » et ceux qui s’y opposent encore de manière non violente. Selon les sources, ils pleurent 30 000 victimes d’une répression systématique, où la torture semble banalisée, comme dans la plupart des dictatures.
L’opinion publique occidentale ne semble plus guère s’émouvoir que les détenus soient battus, humiliés, violés, affamés, privés de soins médicaux. Il en va de même pour la normalisation des meurtres d’État ou des exécutions, plus ou moins clandestines, qui se suivent et se ressemblent. L’Iran leur donne une apparence de légalité.
Dans cette mécanique qui broie les corps et les âmes, entre les serviteurs zélés d’une dictature et une machine de guerre américano israélienne faisant espérer une restauration des libertés de type occidental, de nombreux jeunes ont perdu la vie et continuent de la perdre.
Une parmi d’autres
Melika Azizi, 18 ans, a été arrêtée lors des grandes manifestations de janvier. Les mollahs l’ont accusée de « moharebeh » (haine contre Dieu). Cette accusation équivaut à une condamnation à mort.
Selon la BBC, de nombreux cas reposent sur des aveux forcés. Les individus accusés de « moharebeh » n’ont pas le droit d’engager un avocat indépendant. Sur les réseaux sociaux, on peut lire : « Les autorités iraniennes ont fait irruption chez elle à minuit, l’ont emmenée à la prison de Lakan, à Rasht, l’ont battue, puis coupée de toute relation avec sa famille. »
Devant le tribunal, elle aurait regardé le juge et déclaré : « Vous avez versé le sang de tant de jeunes, comment pourrais-je rester silencieuse ? Peu m’importe, tuez-moi aussi. »
Son crime : avoir mis le feu à une photo du guide suprême, puis allumé une cigarette avec les flammes, les cheveux découverts. Sa famille l’aurait reniée, la laissant isolée et sans soutien, une manière, comme une autre, d’afficher une fidélité indéfectible à la « sagesse » du guide. Afin de parachever ce simulacre de justice, la Cour constitutionnelle a rejeté tout recours.
Pour Melika, comme pour d’autres, la vie s’est terminée pendue à une grue, à l’aube du Nouvel An iranien. Comme pour d’autres encore, le régime s’efforce de noyer ces informations dans des campagnes de désinformation. Qu’il s’agisse de la pendaison d’un jeune champion de lutte, d’un musicien ou d’anonymes, femmes comme hommes, Téhéran semble préférer détruire son propre peuple plutôt que de céder.
L’Occident, lui, s’insurge du prix du pétrole, mais peine à se décider sur l’attitude à adopter face à un régime accusé d’avoir empoisonné les relations internationales depuis près d’un demi-siècle. À l’aune des dernières volte -face de Trump, le régime iranien, plus dangereux que jamais, semble sortir renforcé, n’ayant rien concédé, un sombre présage pour sa population.
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