Les menaces de guerre se banalisent aux portes de l’Europe et avec elles, l’ombre de la bombe atomique. La RFA se trouve en première ligne tant pour sa situation géopolitique, sa puissance économique que pour son rôle moteur au sein de l’Union européenne.
Rédaction : Cadfael
Une histoire de cultures
Poutine se gargarise de la bombe atomique et de son pouvoir de destruction colossal. Cette semaine encore, on apprenait que la Douma venait d’approuver une loi l’autorisant à déployer des troupes à l’étranger afin de « protéger des citoyens russes ». Un narratif qui s’inscrit pleinement dans la rhétorique déployée lors de l’agression de l’Ukraine.
La Chine joue également de cette ambiguïté stratégique avec subtilité, tandis qu’en Corée du Nord, Kim Jong Un vient de modifier la Constitution afin que l’usage de l’arme nucléaire devienne automatique en cas d’élimination du dirigeant. Pour Trump, l’arme atomique constitue un argument supplémentaire dans sa panoplie politique. En Europe, le Royaume-Uni et la France disposent de l’arme nucléaire. Paris se dit d’ailleurs prêt à étendre prudemment son parapluie atomique au reste du continent, sans toutefois en préciser les modalités. L’Inde et le Pakistan, eux, ont bénéficié depuis 1944 d’une aide « occidentale » pour développer leur propre bombe. Reste enfin Dimona, le très discret site nucléaire de l’État d’Israël — seule démocratie du Proche-Orient — tandis qu’en filigrane persiste le débat latent autour d’une éventuelle acquisition de l’arme nucléaire par Berlin.
Einstein la surnommait d’ailleurs « la Marie Curie allemande ».
L’Allemagne, une puissance nucléaire latente
Bien avant l’arrivée des nazis au pouvoir, les scientifiques allemands figuraient déjà à l’avant-garde de la recherche nucléaire. La découverte de la fission atomique par Otto Hahn, en 1938, sera théorisée par Lise Meitner, deuxième femme à obtenir un doctorat en physique nucléaire. Einstein la surnommait d’ailleurs « la Marie Curie allemande ».
Cette même année, avec l’aide d’Otto Hahn — futur prix Nobel — et du physicien néerlandais Dirk Coster, elle parvient à fuir vers les Pays-Bas. Après un passage par le Danemark, elle rejoint la Suède où elle poursuivra ses recherches à l’Institut Nobel. Toujours en contact avec Otto Hahn, elle sera la première, en 1939, à analyser scientifiquement la fission nucléaire et à calculer les quantités d’énergie colossales libérées grâce à la célèbre formule d’Einstein (E=mc²).
La même année, Albert Einstein alerte le président américain Eisenhower sur la nécessité, pour les États-Unis, de devancer le Reich dans ce domaine. C’est dans ce contexte que naît le projet Manhattan, qui mobilisera des milliards de dollars et jusqu’à 130.000 personnes à son apogée. Lise Meitner refusera toutefois toujours de collaborer à ce programme.
D’autres scientifiques allemands de renom, comme Werner Heisenberg — père de la physique quantique — et son assistant Friedrich von Weizsäcker, sans être des nazis convaincus, n’auront pas les mêmes scrupules. Ils participeront activement à la recherche nucléaire sous Hitler qui, jusqu’en 1942, se situait sinon en avance, du moins au même niveau que les Américains.
Après-guerre, cet engagement leur sera reproché, même s’ils poursuivront leurs carrières dans de prestigieuses institutions académiques en adoptant ensuite une posture pacifiste. Weizsäcker deviendra même président de la République allemande. En 1957, tous deux signeront une lettre ouverte s’opposant à la possession de l’arme nucléaire par l’Allemagne, au grand dam du chancelier Adenauer et de son ministre de la Défense, le chrétien-démocrate Franz Josef Strauss, futur parrain politique de Mme Merkel et de M. Juncker.
« La dissuasion nucléaire européenne par des vecteurs nucléaires américains n’est pas satisfaisante ni sur le sol européen ni celui de la RFA. »
Et Dimona
Des sources analysées par des médias tels que Der Spiegel ou Haaretz révèlent que le gouvernement Adenauer aurait activement soutenu le développement de l’armement nucléaire israélien. Dès 1957, Bonn — alors capitale de la RFA — entame une coopération étroite avec Israël dans le domaine de la défense et aurait été informée, dès 1961, des capacités nucléaires de l’État hébreu.
La chercheuse Shany Haziza a également révélé, dans un documentaire primé en 2024, qu’à partir de 1957, dans un contexte de relations franco-israéliennes particulièrement étroites, la France aurait contribué à l’acquisition par Israël de la technologie nucléaire, notamment via la vente d’un réacteur nucléaire et l’accueil de scientifiques israéliens sur le site expérimental français du Sahara.
Face à la montée du nassérisme et du panarabisme, David Ben Gourion, alors Premier ministre israélien, aurait également cherché « un parapluie pour les jours de pluie » auprès de la RFA. La coopération israélo-allemande débute officiellement en 1957, avec Franz Josef Strauss comme ministre allemand de la Défense et Shimon Peres comme directeur général du ministère israélien de la Défense. Lors d’une rencontre entre Adenauer et Ben Gourion, en 1960, à l’hôtel Waldorf Astoria de New York, cette coopération prend une nouvelle dimension. Elle se traduira notamment par des transferts confidentiels de fonds, estimés entre 140 et 160 millions de marks par an entre 1961 et 1973, auxquels s’ajouteront des échanges de matériel militaire.
Et ensuite
La dissuasion nucléaire européenne par des vecteurs nucléaires américains n’est pas satisfaisante ni sur le sol européen ni celui de la RFA. L’année dernière à la demande du chancelier Merz le président Macron se déclarait ouvert à une prudente européanisation de la dissuasion française, le Royaume-Uni demeurant silencieux. Dans d’autres forums, il est question du développement d’un programme nucléaire allemand qui en bonne logique, devrait exister virtuellement. N’oublions pas que l’Allemagne avait renoncé à ce programme après la chute du mur dans le cadre de sa réunification. L’idéal serait de pouvoir s’en passer, mais notre monde n’est pas idéal.
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