L’Iran monopolise toutes les attentions d’une opinion publique à la mémoire courte. N’en déplaise, il demeure une autre guerre, celle d’une nation que l’ours russe n’a pas réussi à digérer : une leçon pour l’Europe.
Rédaction : Cadfael
Absente des écrans
L’Ukraine est quasi absente des journaux télévisés français, à l’opposé de ceux des chaînes allemandes. À Berlin, les leçons de la guerre froide ne sont pas oubliées. Sur le plan européen, selon les dernières recherches, plus de 2 000 sites d’influenceurs français et européens blanchiraient de l’intox issue de la « poutinosphère ». En France, ils se greffent sur une traditionnelle russophilie intellectuelle.
Les médias trop libres dérangent au Kremlin. Il suffit de s’en reporter à Reporters sans frontières : en Ukraine, les Russes continuent de traquer les journalistes.
« Sur la base des informations recueillies auprès de ses partenaires en Ukraine, RSF a recensé plus de 175 cas de journalistes victimes d’exactions relevant de crimes de guerre commis par l’armée russe depuis le début de l’invasion. […] Depuis 2022, on dénombre 16 journalistes assassinés, dont trois l’année dernière par drones, et une femme lors d’une détention arbitraire en Russie. » À cette comptabilité macabre, il faut ajouter 53 journalistes blessés et 26 journalistes ukrainiens en détention russe, selon le site de RSF (mars 2026).
Les Pâques orthodoxes
La presse spécialisée pointe du doigt les efforts déployés par Vladimir Poutine pour restaurer son influence dans le jeu international. Selon des sources du renseignement, il serait en train de reconstituer ses stocks d’armes de l’époque soviétique grâce à des importations chinoises, ce que Pékin dément.
Avec l’influence grandissante de la Chine en Asie centrale, terrain de chasse traditionnel de Moscou, un autre problème surgit pour le Kremlin, qui, en parallèle, renforce la présence de sa flotte en mer Noire, sous le nez des Turcs.
Comment fallait-il interpréter la trêve de 32 heures que Poutine avait généreusement offerte à l’occasion des Pâques orthodoxes, célébrées le 12 avril ? Trêve toute symbolique, semble-t-il, puisque les deux camps s’accusaient mutuellement de violations.
Malgré cela, un échange de prisonniers a eu lieu, sous la médiation des Émirats arabes unis. De part et d’autre, 175 militaires et 7 civils ont pu rentrer. Parmi eux, 163 Ukrainiens étaient détenus depuis 2022.
The Guardian rapporte que Poutine aurait assisté à un office orthodoxe au cours duquel il a célébré la fête de Pâques comme le « triomphe de l’amour du bien et de la justice », remerciant le patriarche orthodoxe pour son soutien. On notera que l’Église orthodoxe russe fait preuve d’une fidélité sans faille, y compris dans les moments les plus sombres du communisme.
Moins poétique et plus pragmatique, The Guardian cite Volodymyr Zelensky, qui a proposé d’étendre la trêve — une proposition restée sans réponse du côté russe.
La perte d’un ami fidèle
Le même jour, les Hongrois se sont rendus aux urnes pour des élections législatives. À une majorité écrasante, ils ont mis fin à seize années de pouvoir marquées par les dérives et la corruption de Viktor Orbán.
Pour l’Ukraine, voisine orientale de la Hongrie, cela devrait permettre le déblocage d’un prêt de l’Union européenne de 90 milliards d’euros (105 milliards de dollars). Elle privera surtout la Russie de son plus proche allié au sein de l’UE.
L’extrême droite européenne prorusse perd également un soutien majeur. Il lui reste de fidèles relais à Moscou et à Washington, et, accessoirement, Robert Fico, pro-russe à ses heures. Elle devra également renoncer à une partie de la manne idéologique et financière en provenance, entre autres, des réseaux de la Corvinus University, à Budapest et à Bruxelles, qui se veut le centre intellectuel d’une révolution ultraconservatrice.
Une lueur positive pour l’Ukraine
La chute d’Viktor Orbán aurait dû débloquer rapidement des crédits européens pour l’Ukraine. On apprend pourtant que la Commission européenne a reporté la libération des fonds à la seconde moitié de 2026 pour des motifs bureaucratiques, dans un jeu politicien où sourires de façade et intérêts obscurs se superposent.
Selon des sources occidentales, avril a été le premier mois où l’Ukraine gagnait plus de terrain qu’elle n’en cédait, particulièrement dans les régions du sud, malgré un changement de stratégie des Russes. Depuis mars 2025, ils développent des unités de systèmes sans pilote, suivant l’exemple ukrainien, qui a lui-même inspiré une nouvelle approche de l’OTAN et de pays comme l’Allemagne et la France.
L’Allemagne et l’Ukraine viennent ainsi de signer un accord de coopération de 4 milliards d’euros dans le développement de drones et de systèmes de défense aérienne. L’Italie suit avec une démarche analogue.
La France, elle, semble orienter davantage son influence vers les côtes du Liban, dans une tentative de compenser une perte d’influence manifeste dans la région, selon L’Orient-Le Jour. C’est le « prix de ses positions sur le conflit régional, mais aussi de sa reconnaissance de l’État palestinien et de l’entretien de canaux de communication avec le Hezbollah et l’Iran ».
Le dialogue des quarante nations, qui s’est tenu à l’Élysée vendredi dernier, risque de ne pas changer fondamentalement cet état de fait, où les États-Unis semblent perdre le contrôle d’un jeu de plus en plus chaotique.
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