Il y a le pouvoir qui se voit, celui des photos de groupe, des titres sur les cartes de visite, des sièges alignés dans l’hémicycle. Et puis il y a le pouvoir qui se vit, plus discret, mais infiniment plus décisif : celui qui fixe les priorités, qui arbitre un budget, qui distribue les opportunités, qui choisit qui parle, qui tranche, qui représente « la norme. » Au Luxembourg, la question n’est donc pas seulement de savoir si les femmes sont plus nombreuses dans certains lieux de décision, mais si elles y exercent une influence comparable, dans la durée, et à tous les étages.

Rédaction : Alina Golovkova

Pour mesurer ce progrès sans tomber dans le slogan, il faut regarder le pouvoir sous plusieurs angles : politique, économique, organisationnel (management et gouvernance), et enfin symbolique (temps, charge domestique, légitimité). Les chiffres récents offrent un tableau plus nuancé qu’il n’y paraît.

Pouvoir politique : la représentation progresse, l’influence reste à scruter

Côté institutions, les indicateurs sont lisibles. Aujourd’hui, les femmes représentent 35 % des membres de la Chambre des députés, selon les données de l’Inter-Parliamentary Union. On est loin des décennies où la politique se conjuguait quasi exclusivement au masculin, mais pas encore au niveau d’une parité installée. Le tableau devient plus intéressant lorsqu’on quitte le « combien » pour entrer dans le « où. » Le pouvoir politique ne se résume pas aux sièges : il se joue aussi dans la répartition des portefeuilles, les rôles stratégiques, les présidences et les négociations. À ce titre, la dernière fiche pays liée à l’indice européen de l’égalité montre que les femmes occupent 33 % des postes ministériels (senior et junior) et 34 % des sièges parlementaires – chiffres de l’European Institute for Gender Equality (EIGE) -, tandis que leur présence dans les conseils municipaux est à 31 %. Autrement dit : la représentation avance, mais la mécanique reste fragile, et surtout inégale selon les niveaux de pouvoir.

Pouvoir économique : le « paradoxe luxembourgeois »

Le Luxembourg intrigue souvent ses voisins sur un point précis : l’écart salarial « brut » y est parmi les plus faibles d’Europe, et même légèrement en faveur des femmes, selon les dernières comparaisons européennes disponibles. Eurostat rapporte pour 2023 un écart de -0,9 % (les femmes gagnent, en moyenne horaire, un peu plus). Sauf que ce chiffre, flatteur, ne suffit pas à conclure que le pouvoir économique est devenu égal. D’abord parce que le salaire horaire ne dit pas tout : les trajectoires, les bonus, les interruptions, le temps partiel et l’accès aux postes les mieux rémunérés recomposent les écarts au fil des carrières. Ensuite parce que le pouvoir, c’est aussi la capacité d’accéder aux positions qui fabriquent le salaire. Et là, l’image se complexifie. Dans son rapport « Work and social cohesion », le Statec rappelait qu’en 2022 les femmes représentaient 39 % de l’emploi salarié, mais seulement 32 % des postes de management. Les données plus récentes utilisées dans le Gender Equality Indice 2025 indiquent une progression : la part des femmes dans les postes managériaux atteint 36 % (indicateur « managerial positions », 2024). Avancée réelle donc, mais pas bascule : « un tiers » reste l’ordre de grandeur.

Pouvoir dans les organisations : le tournant

2026 sur les conseils d’administration S’il y a un sujet où le calendrier est clair, c’est celui de la gouvernance des entreprises cotées. Le Luxembourg a transposé la Directive (EU) 2022/2381 (« Women on Boards »), en optant pour l’objectif de 33 % de l’ensemble des postes d’administrateurs (exécutifs et non exécutifs), à atteindre au plus tard le 30 juin 2026. La loi luxembourgeoise est entrée en vigueur le 23 décembre 2025, avec des exigences de procédure et de transparence en cas de non-atteinte des objectifs.

Pourquoi c’est important ? Parce que les conseils d’administration ne sont pas qu’un symbole : ce sont des lieux de stratégie, de nomination et de contrôle. Mais la question intelligente, ici, consiste à distinguer deux réalités : la présence dans la gouvernance (souvent non exécutive), et l’accès aux postes exécutifs (ceux qui pilotent réellement l’opérationnel). Or, même au niveau européen, les progrès sur les boards ne se traduisent pas automatiquement par une féminisation des comités exécutifs. La dynamique luxembourgeoise devra donc être lue sur deux plans : l’effet de rattrapage sur les conseils, et la capacité du pays à transformer cette avancée en pipeline de dirigeantes au sommet. Un détail de la fiche EIGE illustre l’enjeu : la proportion de femmes dans les boards des plus grandes sociétés cotées est indiquée à 23 % (avec une légère baisse par rapport à 2023). C’est précisément le type de chiffre qui explique pourquoi un cadre contraignant a été jugé nécessaire.

La suite de l’interview est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition de mars 2026.

Photo de couverture : Istock

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