Créatrice de bijoux, passionnée de mode et de décoration intérieure, la Luxembourgeoise Fanny Bervard revient sur l’aventure de Romantico Romantico, marque qu’elle a créée en 2019 après un périple européen et une escale new-yorkaise. Pleine d’énergie, la belle jeune femme de 35 ans, mère de deux jeunes enfants, parle des défis de l’entrepreneuriat pour une maman, de l’évolution de sa boutique qui a désormais pignon sur rue dans la capitale. Authenticité, traçabilité et savoir-faire sont des maîtres-mots pour cet écrin où bijoux, mode et articles pour la maison se côtoient et où fantaisie, dolce vita et couleurs méridionales se mêlent joyeusement. On y retrouve début juin une Fanny Bervard rayonnante et décontractée.

Rédaction : Karine Sitarz

Fanny, dans quel cadre familial avez-vous grandi ?

J’ai grandi à Luxembourg-Ville, dans un environnement très féminin. Ma maman nous a toujours poussées ma grande sœur (NDLR : la journaliste Laurence Bervard) et moi à être indépendantes et financièrement autonomes. Elle nous a encouragées à choisir un métier qu’on aimait et elle a su nous donner confiance en nous, c’est si important, je m’en rends compte aujourd’hui maintenant que j’ai des enfants. J’ai choisi la mode, ma sœur la traduction.

La mode et les bijoux vous intéressaient donc déjà ? Quand avez-vous su que vous seriez créatrice ?

Enfant, j’étais attirée par la scène, j’aurais voulu être danseuse ou actrice. J’étais réceptive à plein de choses, mais l’école m’ennuyait, du coup je n’ai pas été une très bonne élève. Vers 12-13 ans, j’ai commencé à m’intéresser à la mode, à regarder des défilés. Une fois le bac en poche, je suis partie à Barcelone (NDLR : elle y travaillera pour le créateur Boris Bidjan Saberi) puis à Milan. Après mon bachelor, j’ai mis le cap sur New York où j’ai travaillé un an pour The Row, avant de rejoindre Berlin et le créateur sino-allemand William Fan. J’y suis restée trois ans puis j’ai repris un master en business. J’ai toujours voulu entreprendre, petite quand je jouais au « magasin », je négociais tout, c’était déjà un vrai business.

Quand êtes-vous revenue au pays ?

En 2017, ma sœur y était de retour tout comme mes ami(e)s d’enfance. À l’époque, l’une m’a proposé de m’occuper des achats pour le magasin qu’elle avait ouvert. J’y ai appris plein de choses, j’adorais mon job mais après deux ans, j’ai compris que je ne pourrais y rester. Parallèlement, j’avais commencé à créer des bijoux avec d’anciennes perles de ma grand-mère, d’abord pour moi, puis des amies, puis des clientes du magasin. Et en 2019, j’ai créé la marque Romantico Romantico. Le lancement indépendant a eu lieu en mars 2020.

« Si les gens travaillent moins, ils ont plus de temps pour faire des achats en ville et non sur Amazon. »

Et vous avez pris votre indépendance ?

En janvier 2020, j’étais allée en Thaïlande pour trouver des fournisseurs de perles, afin de continuer à créer dans l’atelier aménagé par mon mari dans une armoire encastrée dans un des murs de notre appartement. Le soir de l’annonce du confinement, un reportage de RTL sur mon travail a fait exploser les ventes en ligne, ce fut un déclic. En septembre 2020, après avoir embauché, on a loué un bureau-atelier-showroom près du Palais.

Sont arrivés les objets déco et les vêtements…

Mon rêve avait toujours été d’ouvrir un magasin de vêtements, je suis tombée dans la bijouterie un peu par hasard. Et en Italie, j’ai rencontré une orfèvre avec laquelle je crée les bijoux depuis sept ans. Toute la production est réalisée là-bas, à l’exception d’une collection or pur 14 carats qui est produite en Espagne. Quand on a ouvert le pop-up plus grand dans l’ancienne boucherie Goedert, les clients sont revenus et là je me suis dit qu’il fallait leur offrir d’autres choses. Mais mon fils était né et j’avais sous estimé mon rôle de maman. Alors j’ai misé sur des marques de homeware existantes pour compléter mon offre. Quant aux vêtements, ils ont fait leur apparition plus tard, en 2025.

Début 2026, vous êtes désignée « jeune entrepreneuse de l’année » par le Club Soroptimist International. Que représente cette récompense ?

Il y a eu un tel retour, c’était génial ! C’est une belle récompense pour le travail accompli, une reconnaissance pour l’équipe. Je suis heureuse de ce que l’on a réussi à construire, mais il faut continuer. Il y a tellement de choses que j’aimerais développer pour la marque, au niveau de l’équipe, de notre présence, de la boutique en ligne…

Est-ce difficile pour une jeune femme, une jeune maman de devenir entrepreneure ?

Me lancer n’a pas été difficile, j’étais jeune et il y avait peu de dépenses à engager, seul le côté bureaucratique était un enfer mais ma sœur m’a aidée. Aujourd’hui, il y a plus de concurrence, mais elle est nécessaire pour faire bouger les choses. Comme je veux être une maman très présente, j’ai besoin d’une équipe solide et digne de confiance (NDLR : elles sont quatre dont Eglantine présente lors de l’interview plus une étudiante), car je ne peux plus m’investir comme au début, je bossais la nuit, les week-ends. Si je travaille encore beaucoup, j’ai réorganisé ma journée et heureusement, j’ai une super maman qui s’occupe des enfants en semaine et une belle-mère qui m’aide le soir, car en tant qu’entrepreneure, on est souvent invitée à des événements. Et il y a bien sûr mon mari ! (sourire).

Vous avez ouvert l’an dernier votre boutique au cœur de la capitale. Comment les choses ont-elles évolué ?

Avant, nous courions du bureau au pop-up, c’était compliqué. Tout est désormais réuni ici. Nous avons réussi à garder notre clientèle et à en avoir une nouvelle et nous accueillons aussi les flâneurs d’un jour. Pour moi, un lieu fixe, c’est plus facile pour gérer les stocks et les finances, plus facile pour les commandes. Mais la comptabilité et le design, je m’en occupe toujours chez moi, le soir.

Que pensez-vous des nouveaux horaires pour les commerces ?

Depuis l’an dernier, on ouvre, de mai à septembre, le dimanche de 14h à 18h, cela fait sens vu notre situation à côté des Galeries Lafayette. Mais cela doit être un choix, car rester ouvert plus tard complique la vie de famille. Je suis pour la semaine de 36h payée 40h, une proposition évoquée à plusieurs reprises, mais pas adoptée à l’échelle nationale. C’est bénéfique pour les mamans et les papas et pour nous, commerçants. Si les gens travaillent moins, ils ont plus de temps pour faire des achats en ville et non sur Amazon.

Comment vous ressourcez-vous ?

J’ai un super partenaire, il me donne de l’énergie. Il y a aussi les week-ends avec les ami(e)s, les déjeuners avec ma mère et ma sœur et les moments avec mes enfants. En revanche, penser à un Spa Day me stresse (rires). J’aimerais reprendre le sport, le tennis que je pratiquais jeune, ou le yoga, mais je n’ai pas le temps.

Qu’est-ce qui inspire vos créations ?

Les demandes des clientes, mes envies du moment ainsi la collection or pur, les gens dans la rue, les films, les voyages… La décoration intérieure, une passion, l’architecture et l’art.

Trois mots qui vous caractérisent ?

Positive, dynamique, déterminée.

© Photos David Angeletti

Article initialement paru dans Femmes Magazine édition juillet & août 2026

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