Dans En Corps de Cédric Klapisch, une danseuse classique se reconstruit après une blessure. Mais le film a permis aussi à l’actrice principale, une ballerine dans la vraie vie, de « s’émanciper ».

Le long-métrage, qui sort en salles mercredi 30 mars, « a vraiment résonné en moi », affirme Marion Barbeau, « première danseuse » à l’Opéra de Paris, grade précédant le titre suprême d’étoile. Le film, qui comprend de très belles séquences de danse classique et contemporaine, « m’a donné envie de m’émanciper de ma compagnie, qui est ma maison », indique la danseuse qui va prendre une année sabbatique de l’Opéra la saison prochaine.

« J’ai vraiment adoré mon expérience au cinéma. Souvent à l’Opéra, on rencontre de nouveaux chorégraphes et c’est génial, mais ça passe très vite. D’être sur un film pendant des mois, c’est galvanisant », explique-t-elle. Le public peut la voir à la fois dans ce film et, jusqu’au 3 avril, sur la scène du Palais Garnier où elle danse une chorégraphie de Hofesh Shechter qui… joue son propre rôle dans le film de Klapisch.

Pour le moment, aucun projet précis, si ce n’est cette « nécessité vitale » de découvrir d’autres univers. « C’est la première fois de ma vie que rien n’est planifié », sourit la danseuse brune et élancée qui a été « petit rat » à l’École de danse de l’Opéra avant de rejoindre la prestigieuse compagnie, où elle apparaît souvent dans des rôles contemporains. Une « seconde vie » qui ressemble un peu à l’histoire du film.

 » Une battante  »

Élise, 26 ans, est une talentueuse danseuse classique hantée par le souvenir de sa mère décédée qui l’avait encouragée à faire du ballet et dont le père (Denis Podalydès) aurait préféré qu’elle fasse des études de droit. Un jour, le drame : elle se blesse sur scène à la fin d’un grand ballet, « La Bayadère », et l’entorse grave menace de l’empêcher de danser pendant deux ans. En Bretagne, elle fait la rencontre de Josiane (Muriel Robin) qui a pour passion d’accueillir des artistes et un jour, la compagnie de Hofesch Shechter permet à Élise d’avoir de nouveau confiance en elle et de renaître. « Comme beaucoup de danseurs, Élise est une battante », explique Marion Barbeau.

Contrairement à certains films comme Black Swan privilégiant des actrices comme Natalie Portman et des doublures pour des rôles de ballerines, le réalisateur a choisi de vrais danseurs pour son 14e long-métrage, filmé en pleine pandémie au Théâtre du Châtelet, à La Villette et en Bretagne. Tombé amoureux de la danse à 14 ans, Klapisch, qui avait trouvé Marion Barbeau « touchante » au casting, avait réalisé « Les Poupées russes » avec la ballerine russe Evguenia Obraztsova, ainsi qu’un documentaire sur l’étoile Aurélie Dupont, actuelle directrice de la danse à l’Opéra.

Une sorte de magie

« Il y a quelque chose de très merveilleux dans le ballet, et quand on a accès aux coulisses, c’est encore plus magique », avait-il confié lors du tournage d’En Corps en 2021. À ceux qui pourraient lui reprocher de mettre en avant une sorte de cliché opposant le « carcan » du ballet classique à la danse contemporaine « libératrice », autant le réalisateur que la ballerine rejette cette interprétation. « Personne ne gagne sur l’autre », avait souligné Klapisch.

« Élise est un peu rebelle mais sa renaissance comme danseuse n’est pas une annulation de sa vie de ballerine classique. Elle restera toujours en elle », assure Marion Barbeau. Dans le film, encore secouée par sa blessure, Élise commente qu’elle est devenue « une vraie héroïne de ballet classique au destin tragique ». Ces « héroïnes en tutu blanc sont toujours des femmes mortes, bafouées, trahies, fracassées ». « C’est vrai qu’on est une génération qui se pose plein de questions sur les ballets classiques. Mais j’ai appris aussi grâce à ma coach Florence Clerc qu’il y a plusieurs grilles de lecture de ces personnages ».