Roi, génie, visionnaire, précurseur… Tant d’adjectifs pourraient décrire le styliste et directeur des collections homme de la maison Louis Vuitton, mais aucun assez fort pour parler du vide qu’il va laisser dans la profession. Virgil Abloh est décédé dimanche 28 novembre d’un cancer à l’âge de 41 ans.

« Le groupe LVMH, la Maison Louis Vuitton et Off-White ont l’immense douleur d’annoncer la disparition de Virgil Abloh, terrassé ce dimanche 28 novembre par un cancer qu’il combattait depuis plusieurs années« , a déclaré LVMH sur son compte Twitter. Un cancer agressif qu’il combattait depuis plusieurs années dans l’ombre, sans que sa maladie n’est jamais été rendue publique. Sous le choc, Bernard Arnault, président du groupe pleure un « un designer de génie, un visionnaire… une belle âme et un homme d’une grande sagesse« .

Le créateur aux multiples casquettes

Il n’aura fallu qu’une décennie dans la lumière à Virgil Abloh pour contribuer à faire bouger les lignes de l’industrie de la mode, en démocratisant le luxe à coups de collaborations toutes plus audacieuses les unes que les autres, et en propulsant le streetwear de la rue aux podiums. Un positionnement fort qui, adopté par le plus grand nombre aujourd’hui, était loin de faire l’unanimité il y a dix ans.

Les dad shoes, Crocs, et autres baskets estampillées de trois bandes ou d’une virgule facilement identifiables n’ont pas toujours défilé à la Fashion Week, il va sans dire, et Virgil Abloh, s’il n’est pas un pionnier en la matière, a largement contribué à faire de ce que l’on appelle la contre-culture une culture à part entière, offrant ses lettres de noblesse à une mode jusqu’alors délaissée, transparente, voire pointée du doigt. 

Ce n’est pas pour rien si le créateur de mode est surnommé le roi du streetwear. Un nom qui ne dit pourtant pas l’engagement de ce designer hors normes, tour à tour architecte, DJ, styliste, et même bras droit de Kanye West, qui n’a jamais cessé d’œuvrer pour bousculer les codes installés, démocratiser le luxe, et mettre en lumière les cultures afro-américaines. Un pari relevé haut la main en une décennie seulement, témoignant de l’esprit visionnaire et en perpétuel mouvement de ce génie de la création.

De la rue aux podiums

Dès 2012, Virgil Abloh a l’idée de propulser le streetwear dans les plus hautes sphères du luxe, avec son premier label, Pyrex Vision, qui ne connait pas le succès escompté. Si le designer a collaboré avec de grands noms de la musique, dont Jay-Z et Kanye West, tout en étant reconnu dans le monde de l’art, il se voit obligé d’arrêter cette première marque au bout d’un an seulement. Chose qui n’a visiblement pas stoppé sa volonté de faire de la mode de la rue un style vestimentaire hautement désirable. La prochaine sera la bonne. Fondé en 2013, le label Off White, qui joue la carte du minimalisme, se hisse au sommet des marques de luxe les plus plébiscitées par le public, s’invitant même très souvent à la première place des classements des maisons les plus populaires au monde.

Le mix entre rareté, luxe, et streetwear fait sensation, redorant le blason d’une mode (trop) longtemps laissée de côté, et montrant la voie aux plus grandes maisons de mode, pourtant bien installées, qui ont par la suite surfé sur une vague qui n’est depuis jamais (totalement) retombée. Mais Virgil Abloh n’a pas seulement placé le streetwear au sommet, il a aussi fait le chemin inverse, offrant à tous l’opportunité de toucher le luxe du bout des doigts.

Virgil Abloh, le roi de la collab’

Dans l’univers de la mode, les collaborations sont depuis très longtemps légion, mais celles unissant des univers différents, voire totalement opposés, étaient jusqu’il y a peu bien plus rares. Virgil Abloh a également pris ce parti, travaillant main dans la main avec des marques grand public pour permettre au plus grand nombre d’accéder, d’une manière ou d’une autre, au luxe. Evian, Ikea, Braun, Nike, Levi’s, Champion, ou encore Timberland, comptent parmi la multitude de marques avec lesquelles s’est associé Virgil Abloh, que ce soit en son nom ou en celui de son label Off White. Non content de faire se rencontrer des secteurs aussi divers que variés, le créateur n’a jamais hésité à faire se côtoyer luxe et populaire, bousculant là encore les codes de la mode.

En 2018, cette créativité et cet esprit avant-gardiste sont mis au service de la maison Louis Vuitton, dont il devient le directeur artistique des collections masculines. Une consécration pour celui qui a toujours prôné l’inclusion dans l’univers de la mode. Un statut qui a fait l’unanimité, et qui a également permis à la maison de luxe de s’offrir une cure de jouvence, et d’envoyer subtilement valser des codes parfois désuets. En une décennie, Virgil Abloh aura su participer à réinventer, moderniser, et dépoussiérer une industrie peut-être jusqu’alors un peu trop centrée sur elle-même.