33 ans, un tempérament de battante, un esprit conquérant et une idée simple mais brillante : créer des combinaisons qui allient confort, style et praticité quand il s’agit d’aller… aux toilettes ! Née à Caracas, installée à Amsterdam, cette ancienne spécialiste du marketing s’est lancée dans la mode sans bagage académique, mais avec une conviction forte : répondre à un vrai besoin des femmes modernes. En quelques mois à peine, sa marque ELSA The Brand a séduit Vogue, conquis un atelier portugais et s’apprête à ouvrir un showroom à New York. Rencontre avec une créatrice de mode qui se donne les moyens d’offrir aux femmes un luxe essentiel et libérateur.

Traduit de l’anglais et rédigé par Alina Golovkova / Photos ELSA The Brand

Vous êtes née à Caracas. Comment était-ce de grandir au Venezuela ?

J’ai eu une enfance très heureuse, pleine d’amour et d’amitiés. Ce n’est qu’en grandissant que j’ai réalisé la complexité de la situation politique. Grandir au Venezuela m’a appris à me débrouiller. Là-bas, on ne compte pas sur la chance, on crée ses propres opportunités. Cette mentalité ne m’a jamais quittée.

Vous êtes ensuite partie vivre à l’étranger…

Après mes études de marketing, je cherchais plus de stabilité et de liberté. J’ai vécu à Boston, puis à Miami, avant de m’installer à Amsterdam par amour. Passer du soleil de Miami à la pluie néerlandaise a été un vrai choc, mais Amsterdam m’a offert l’espace pour entreprendre quelque chose de personnel et d’authentique.

Quand l’idée d’ELSA The Brand vous est-elle venue ?

Je traversais une période de remise en question, en quête d’un projet qui ait du sens. Dans la mode, tout semble déjà exister : pour créer, il faut répondre à un vrai besoin. J’ai alors pensé aux combinaisons, élégantes mais peu conciliantes avec un besoin universel… aller aux toilettes. Il m’a semblé absurde qu’aucune solution élégante n’ait encore vu le jour. C’est devenu mon point de départ.

©ELSA The Brand

C’est ainsi qu’est née votre première combinaison “toilette-friendly” ?

Exactement. Toute femme connaît cette frustration : il faut presque se déshabiller. C’est inconfortable, peu pratique. Je voulais créer une pièce belle et utile. Je n’imaginais pas à quel point ce serait complexe. Chaque corps féminin est unique – certaines ont de longues jambes, d’autres un buste court et inversement… il faut réfléchir à tout.

Dans la mode, tout semble déjà exister. Il faut répondre à un vrai besoin. J’ai pensé aux combinaisons, élégantes mais peu conciliantes avec un besoin universel… aller aux toilettes.

Diana Dapper, créatrice de la marque ELSA The Brand

Pourquoi avoir choisi le prénom Elsa ?

En écoutant un podcast, j’ai appris qu’un bon nom de marque devait être court, porteur de sens et facile à prononcer. J’ai commencé à chercher. En explorant l’histoire du jumpsuit, j’ai découvert que le mot venait des parachutistes – une « suit », une tenue, conçue pour le « jump », pour sauter. Puis, pendant la Seconde Guerre mondiale, les femmes l’ont adopté dans les usines.

Et surtout, j’ai découvert qu’Elsa Schiaparelli avait été la première à proposer une version féminine du vêtement. J’ai trouvé cela fascinant. Le nom Elsa s’est imposé comme un clin d’œil à cette pionnière.

Vos combinaisons sont très abouties : des tissus luxueux, des détails raffinés… Comment les avez-vous développées ?

C’est un processus long, minutieux. Je suis perfectionniste : j’ai fait reprendre les prototypes encore et encore jusqu’à obtenir exactement ce que j’avais en tête. Chaque détail compte, du tissu à la fermeture en passant par la coupe. La combinaison noire avec laquelle j’ai lancé ELSA The Brand est le fruit de ces nombreux ajustements. Elle épouse le corps sans jamais le contraindre, elle flatte sans souligner les défauts. Aujourd’hui encore, c’est l’un de nos modèles phares.

©ELSA The Brand

Vous ne venez pas du monde de la mode. Cela a-t-il été un obstacle ?

C’était un vrai défi, oui. Je viens du marketing, sans formation mode. Mais je suis aussi une femme avec des frustrations concrètes – comme mes clientes. Je savais précisément ce que je voulais faire, et pourquoi. Cette sincérité m’a donné une base solide.

Et surtout, j’ai eu la chance d’être accompagnée : j’ai été mentorée par Elena Gromova, alors basée au Luxembourg (ndlr : la fondatrice de Fashion Business Lab et créatrice de la marque NO.RAINER, interviewée dans notre numéro de mars). Elle m’a aidée à structurer tout le projet, du prototype à l’ADN de marque. Sans elle, ma marque serait peut-être restée un rêve griffonné sur un coin de serviette.

Vous avez été remarquée très tôt par Vogue. Qu’est-ce que cela a changé ?

C’était énorme. Vogue Pays-Bas a sélectionné cinq marques émergentes, et j’en faisais partie. Je n’avais même pas encore reçu mes premières pièces ! Mais j’avais des visuels forts d’une campagne réalisée dans le désert de Jordanie, une idée claire et un message sincère. Cette reconnaissance m’a propulsée.

©ELSA The Brand

Quel a été le moment le plus difficile depuis la création de votre marque ?

L’attente. J’avais prévu de lancer en mai, mais la production n’est arrivée qu’en août. J’avais de belles images, un univers prêt… mais rien à vendre. Il a fallu garder le lien avec la communauté sans produit. C’était stressant, parfois solitaire. Mais je ne me suis pas découragée – et j’en suis fière.

Votre marque porte un message d’empowerment fort. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Je veux que les femmes se sentent fortes dans une combinaison ELSA The Brand. Qu’elles la portent pour demander une augmentation, monter sur scène ou pour un premier rendez-vous. Le jour où une cliente me dira : « Je l’ai choisie parce que j’avais besoin de me sentir sûre de moi », ce sera ma plus belle récompense.

Le jour où une cliente me dira : “Je l’ai choisie parce que j’avais besoin de me sentir sûre de moi”, ce sera ma plus belle récompense.

Diana Dapper, créatrice de la marque ELSA The Brand
©ELSA The Brand

Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?

En septembre, nous ouvrons un showroom éphémère à Soho, New York. C’est un rêve que j’avais inscrit noir sur blanc il y a des années. Et nous préparons une nouvelle collection pensée pour les grandes occasions : célébrations, mariages, tous ces moments où l’on veut se sentir à la fois puissante, sublime et parfaitement à l’aise. Et bonne nouvelle : toutes les pièces sont disponibles en ligne, livrables partout en Europe – Luxembourg inclus !

Et quand vous ne travaillez pas ?

J’aime le vin, les dîners entre amis, m’habiller avec style juste pour le plaisir. Je travaille beaucoup, mais je préserve ces instants de joie. Pour moi, le style est une forme de respect envers soi-même. Mon mantra ? « Quand on veut, on peut. » Toujours.

Interview initialement publiée dans le Femmes Magazine numéro 269 de septembre 2025.

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