Le 15 janvier dernier, l’État luxembourgeois émettait le Defence Bond, un emprunt public sur trois ans de 150 millions d’euros destiné à financer la défense nationale. D’un rendement fixe annoncé de 2,25 %, notée triple A et exonérée d’impôt pour les résidents, l’obligation souveraine a été souscrite en moins de 24 heures. Le succès populaire de cette opération de « crowdfunding public » reflète à la fois la confiance des épargnants dans la stabilité financière du pays et leur adhésion à un objectif de défense parfois décrié. L’initiative pourrait être renouvelée pour financer les besoins du logement notamment.
Rédaction : Marc Auxenfants
Le jeudi 15 janvier 2026, la trésorerie de l’État lançait la souscription publique de son premier emprunt Défense (« Defence Bond ») pour un montant de 150 millions d’euros sur trois ans, au taux d’intérêt fixe de 2,25 %. Spuerkeess, BGL BNP Paribas, Banque internationale de Luxembourg ont participé à la structuration de l’opération (en tant que Joint Lead Manager), conjointement avec Banque de Luxembourg et Banque Raiffeisen.
Les obligations sont émises sous forme de titres au porteur d’une valeur nominale de 1 000 euros chacune, avec un plafond de 150 000 euros par personne et par banque. Les intérêts annuels seront payés le 15 février de chaque année et le remboursement de la somme initiale aura lieu le 15 février 2029, date d’échéance du titre. Pour l’État, la charge de l’endettement s’élèvera à 1,8 million d’euros, selon la trésorerie de l’État. Parmi les points forts de l’émission : son triple A des agences de rating Moody’s, Fitch et S&P Global Ratings, qui reflète la stabilité financière du pays et sa fiabilité en matière de remboursement. En janvier dernier, S&P soulignait « l’attrait du Luxembourg pour les investisseurs, grâce à l’efficacité de ses institutions, à sa stabilité politique, à son secteur financier compétitif et à la prévisibilité de ses politiques. »
Autre atout, la défiscalisation du titre : les intérêts sur le gain sont en effet exonérés de l’impôt sur le revenu, pour les résidents luxembourgeois. Toutefois, les banques pourront appliquer des frais de garde et de dépôt conformément à leur tarification commerciale : d’environ 0,25 % selon les banques, cette charge ramènera alors son rendement sous les 2 %. Dernier avantage enfin, cotée à la Bourse de Luxembourg, l’obligation pourra être rapidement revendue en cas de besoins de liquidités.
Comment seront utilisés les fonds ?
L’emprunt financera « le renforcement des capacités de défense et de sécurité nationale », assure la Trésorerie de l’État. Il soutiendra « des investissements stratégiques et des projets nationaux, s’inscrivant dans l’objectif d’augmenter les dépenses de défense à 5 % du revenu national brut du pays d’ici 2035. »
Concrètement, les fonds seront investis dans des domaines clés de la défense et de la sécurité, tels que les infrastructures, les capacités aériennes et spatiales, ainsi que l’innovation industrielle. Ils ne financeront pas les dépenses dans les armes non conventionnelles et controversées, ou dans la fourniture d’armes ou d’équipements à tout pays en dehors de l’UE, de l’OTAN ou de l’Ukraine, assure la trésorerie de l’État.
En moins de 24 heures, l’intégralité des titres a été vendue. Pour le ministre des Finances, Gilles Roth, la rapidité avec laquelle l’émission a été souscrite « témoigne de la confiance des citoyens dans les actions du gouvernement et la solidité de nos finances publiques, ainsi que de leur volonté de participer au financement de notre sécurité nationale.» De son côté, Anthony Villeneuve (économiste à la Chambre de commerce) estime que cet engouement nous éclaire sur les arbitrages actuels des épargnants, le rapport de la population à l’effort de Défense et la solidité du lien de confiance entre citoyens et État. Et loin d’être anecdotique, ce succès concentre plusieurs dynamiques économiques et politiques profondes. « Pour de nombreux ménages, dans un contexte où la fiscalité pèse fortement sur de nombreux produits d’épargne, l’équation était simple : un produit lisible, peu risqué, correctement rémunéré et fiscalement optimisé a constitué une opportunité rare », résumet-il. « Ce type d’instrument répondait aussi à une attente réelle, jusque-là peu satisfaite par l’offre existante et a agi comme une valeur refuge. »
La suite de l’interview est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition de mars 2026.
Photo de couverture : Armée luxembourgeoise



