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Hadia Decharrière : « Quand j’ai débuté l’écriture d’Arabe, je ne savais pas pourquoi Maya parlait cette langue »

Nous avions rencontré Hadia Decharrière lors de la parution de sa pemière autobiographie, Grande Section. Son nouveau livre, une fiction, aborde la question des origines, et notamment les siennes…

Nous avons voulu en savoir plus et savoir quelle part de Hadia se cachait derrière les grands yeux bleus de Maya.

Même s’il s’agit d’une fiction, on sent une grande part de vous dans Arabe

En effet. L’histoire de Maya, qui se réveille un matin, parlant l’arabe comme si cette langue était innée, est née de mon imagination. Mais, très vite, mon histoire transparaît, dans les sensations, les goûts, les saveurs, les souvenirs provoqués par ce surgissement de culture arabe. Quand on grandit dans un pays qui n’est pas le votre, on se doit d’en adopter les us et coutumes, mais pour autant, cela reste étranger. Lorsqu’on me servait du hachis parmentier à la cantine, je trouvais cela complètement exotique. A contrario, les plats syriens que préparait ma mère me semblaient ‘communs’…

 Alors que Grande Section racontait votre enfance, on a l’impression qu’Arabe nous permet de la vivre, de la sentir…

Ce roman ma permis de libérer des choses, et notamment mon arabité. Mes amis français ne reconnaissent pas dans mes traits mes origines ; pourtant, les Moyens-Orientaux, eux, repèrent au premier coup d’œil que je suis syrienne. Quand je suis arrivée en France, j’avais honte d’évoquer mes origines : parce que la plupart méconnaissent le monde arabe, ils me rétorquaient ‘mais non tu n’es pas arabe, tu n’es pas du Maghreb’. Cela m’a, d’une certaine façon, contrainte à ne pas exister en tant qu’Arabe. En ce sens, Maya, m’y a autorisé. Elle est mon double littéraire : elle parle la langue mais ne le comprend pas, tandis que moi je la comprends sans pouvoir l’utiliser au quotidien. J’ai un blocage lié à la mort de mon père qui a marqué la fin de ma vie orientale. L’apprendre en suivant un cours me semble contre-nature. Mais j’y viendrai peut-être un jour. Ce qui s’est ouvert, en moi, avec l’écriture de ce livre n’est pas prêt de s’achever.

Y avez-vous mis davantage de vous ?

Totalement. Je suis fascinée par Maya, par ce personnage simple, solaire, complètement libre. Elle est aux antipodes de ce que je suis. Quand Maya se rend par hasard dans un sex-shop, ce qu’elle y découvre m’a permis de comprendre moi-même les rapports complexes qu’entretiennent les cultures avec la féminité et la jouissance féminine. La culture arabe, mais aussi les cultures occidentales…

Les yeux bleus de Maya sont aussi les vôtres…

Et ceux de la petite fille que son père avait photographiée lorsqu’il était en Syrie. Les yeux endossent ce rôle de miroir entre Maya et ses gênes français et Hadia et ses gênes syriens.

Les secrets familiaux sont un topos de la littérature. Cela ne vous a pas effrayé ?

Justement, je voulais éviter l’écueil des secrets familiaux glauques et honteux. Dans une famille, il y a le poids de l’hérédité, ce que l’on se transmet « physiquement »,  mais il y a également une large part de transmission liée à l’inconscient. Les histoires qu’ont vécues nos parents nous marquent et nous façonnent. Elles nous aident également à surmonter des épreuves. Je songe, notamment, à la phrase dite par Simone Weil à l’un de ses détracteurs : « j’ai survécu à bien pire que vous »…

Quand j’ai débuté l’écriture d’Arabe, je ne savais pas pourquoi Maya parlait cette langue. Pourtant, je savais qu’elle était française et que son histoire ne s’acheverait pas dans une paternité dissimulée. Même s’il était évident, pour moi, que cela serait en lien avec le père. Le dénouement s’est imposé, spontanénement, au cours d’un déjeuner avec Anne-Sophie Stefanini, mon éditrice. Je lui ai raconté l’histoire de Maya, comme si elle était vraie, comme si quelqu’un venait de me la raconter.

Finalement, n’est-ce pas plus difficile d’écrire le deuxième que le premier ?

Arabe est en réalité mon troisième texte. Après Grande Section, j’ai travaillé sur un autre projet, que j’ai mené jusqu’à son terme. Je m’apprêtais à le présenter à mon éditrice et, la veille, j’écris ce mot : « Arabe », puis j’enchaîne avec ce qui deviendront les quinze premières pages. Lors de notre déjeuner, mon éditrice me dit « Tu le tiens là, ton deuxième roman. Ne cherche pas plus loin. » De ce fait, alors que l’autre manuscrit m’avait demandé une mécanique d’écriture parfaitement rôdée, Arabe n’a pas été rédigé dans la douleur, au contraire. C’était viscéral. Il y a un lien fort entre un auteur et son éditeur. Ce dernier lui sert véritablement de guide. C’est ce qui s’est passé.

Comment parvenez-vous à concilier le quotidien, votre profession de dentiste, et l’écriture ?

La page que je préfère est celle où est inscrit « Du même auteur… » (sourire). J’adorerais ne faire que cela. Malgré tout, conserver mon métier de dentiste me permet de garder un équilibre. Quand l’écriture me pose un souci émotionnel – comme la sortie du livre qui me remue profondément (rires) – ce métier me permet de penser à autre chose. Je n’ai pas le temps de m’angoisser quand je dois soigner l’un de mes patients. Et j’apprécie l’échange que j’ai avec eux. Une dame de 91 ans est venue au cabinet avec le roman pour que je le lui dédicace. Je l’ai prise en photo, avec mon livre dans les mains. Je trouve cela très émouvant. Ma profession me permet d’être ancrée dans la vie tandis qu’écrire me fait côtoyer les étoiles (sourire). Cela m’étire et me permet d’avoir une vie tellement plus riche !

Lors de notre dernier entretien, vous aviez en projet un roman dont le héros serait un homme…

Il est toujours là. J’attends de trouver son prénom pour vraiment le connaître… Alors, je commencerai à écrire… (sourire).

Arabe, Hadia Decharrière, paru aux éditions JC Lattès le 6 février.

Crédit photo: ©Pauline Darley

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