Texte par Cadfael 

La Covid est loin d’en avoir terminé en Europe et au Luxembourg, n’en déplaise à tous ceux qui pensent que faire la fête est un droit individuel inaliénable. Ceux qui sont convaincus qu’ils n’ont pas besoin de se protéger afin de protéger les autres, vont très probablement être obligés de changer une attitude mélangeant égoïsme et incivisme.

De l’incivisme aux masques inefficaces

Les exemples sont nombreux, au Grand-Duché comme ailleurs en Europe. Alors qu’une vingtaine de classes d’écoles primaires ont été mises en quarantaine, fêtes sauvages ou non, le non-respect des mesures de distanciation sociale, ont pour conséquence une hausse du nombre des « Covid positifs ». Le résultat est claire et les gouvernements resserrent les vis : contrôle accrus, verbalisations, et au besoin confinements partiels. Le déconfinement sans respect des uns, aura un prix à payer par tous les autres.

Comme ces masques, pénibles à porter, qui d’un jour à l’autre, ont créé un marché colossal de plusieurs dizaines de millions d’unités par jour, représentant des chiffres d’affaires monumentaux. Cette manne est un défi aux esprits criminels qui s’approprient une part du gâteau à leur manière.

Sur la page dédiée au Covid-19 du gouvernement luxembourgeois, on peut notamment lire une courte information avertissant que « dans le cadre de ses activités de surveillance du marché, l’Institut luxembourgeois de la normalisation, de l’accréditation, de la sécurité et qualité des produits et services (ILNAS) a lancé un avertissement de sécurité et un rappel de produit. Il s’agit des masques « FFP2 Nanosilber Antimikrobielle Mund-Nasenschutz » qui sont dès lors, retirés du marché. Il n’est pas prouvé que les masques de ce type remplissent les exigences d’un équipement de protection individuelle FFP2 et qu’ils protègent contre les virus » L’ILNAS, peu connu du grand public, est situé à Belvaux et se trouve sous la tutelle du ministre de l’Economie. Cet organisme constitue le garde-fou national contre des fraudes de ce genre, à défaut d’une institution spécifiquement dédiée aux produits de santé.


L’internationale de la fraude

Sur un marché où le prix d’achat d’un masque simple se négocie pour de grandes quantités, entre 3 et 4 centimes pièce, les FPP2 autour de 1.50 euros et les FFP3 autour de 6 euros pièce, départ de Chine, avec un multiplicateur énorme à la vente au public, ce genre de mine d’or se trouve rapidement dans le collimateur des réseaux des criminels internationaux. 

En principe tous les masques doivent être testés quant à leur qualité de filtrage spécifique afin d’obtenir un certificat de conformité émis par un institut agrée par des autorités sanitaires gouvernementales nationales ou internationales, un de ces certificats porte le sigle CE. Une des pratiques bien rodées consiste à mettre sur pieds des filières transnationales de certification bidon afin de mettre sur le marché des masques non conformes avec de faux certificats de conformité.

Un consortium de journalistes d’investigation européens a fait une enquête récente englobant 16 pays européens. Ils ont découvert que des masques PPE, ceux à trois plis qui sont utilisés au quotidien, ont été vendus dans au moins 19 pays avec de faux certificats CE pour ensuite être retirés du marchés grâce à des contrôles approfondie par des instituts nationaux tels que l’ILNAS à Luxembourg.


Toujours plus de fausses certifications

Une alerte est émise par le site RAPEX (Système d’Alerte Rapide Pour des Produits non Alimentaires) de l’Union Européenne qui, presque quotidiennement, édite des mises en garde avec les détails des masques en cause. La European Safety Organisation (ESO) publie quasi tous les jours sur son site une longue liste de fausses certifications et d’exemples de fraudes en la matière ainsi qu’une non moins longue liste d’entreprises chinoises actives dans la fabrication de masques aux qualités douteuses. Certains patrons de ces sociétés chinoises sont eux-mêmes en « indélicatesse » avec l’Etat chinois et recherchés.
(https://eu-esf.org/)

La longue liste de l’ESO démontre à quel point l’émission de faux certificats est devenue un business lucratif et bien organisé. Dans cette liste sont citées des sociétés ayant pignon sur rue mais non habilitées à le faire comme cette société de Bologne qui aurait déjà eu maille avec la justice dans le même genre d’affaires de faux certificats. Il en irait de même avec une structure polonaise qui continue son business malgré tout.

L’Europe, un paradis pour fraudeurs ?

Mi-mars dernier, Interpol a mis à jour une fraude internationale de trafic de masques qui, tout simplement, n’existaient pas. Cette opération était destinée à escroquer les autorités allemandes qui avaient passé une commande de masques via deux sociétés commerciales de distribution de Zurich et de Hambourg. Par le biais de sites web frauduleux et d’adresses mail piratées, en passant par des sociétés écran et des intermédiaires « de toute confiance » en Espagne, Irlande et Pays Bas, le montant à régler de plusieurs millions était destiné selon Interpol, à atterrir au Nigeria. Les virements ont été bloqués et certains des acteurs mis sous les verrous. Dernière affaire publiée il y a quelques jours dans la presse portugaise : le pays aurait acheté 600 000 masques frauduleux.
La conclusion d’Interpol se lit de la manière suivante : « La pandémie constitue une incitation et une occasion pour les groupes criminels. » 

Parmi les menaces en constante évolution dont fait état un rapport récent de cette institution, on peut citer : « Le fait que les prestataires de services de santé et les points de vente de produits de première nécessité sont de plus en plus pris pour cible, étant considérés comme des infrastructures critiques.
Le commerce frauduleux et la vente de contrefaçons d’équipements de protection individuelle (EPI) et d’antiviraux. L’accroissement du commerce de la drogue via les médias sociaux, les applications de messagerie cryptée et le darknet. La probabilité que des particuliers et des entreprises dont les revenus ont baissé deviennent la proie d’usuriers. Une nette augmentation des cyber menaces, parmi lesquelles les domaines et les logiciels malveillants, et les rançongiciels. »

À quand une agence sanitaire luxembourgeoise ?

Le Luxembourg est un des rares pays en Europe à ne pas avoir d’agence de contrôle spécifiquement dédiée à la santé. Cette tâche, parmi d’autres, incombe actuellement à l’ILNAS, sous la tutelle du ministère de l’économie, mais « la compétence concernant les médicaments, produits de santé ainsi que des dispositifs médicaux ou encore de certains aspects des produits dérivés du sang, relève des missions de la Direction de la santé, tout comme la supervision de la délivrance du cannabis médicinal ». 

Le gouvernement (en mars 2018) avait prévu de lancer une agence sanitaire, qui devait se trouver sous le contrôle du ministère de l’économie, ce qui est curieux sous un angle opérationnel, mais qui s’explique par la personnalité « envahissante » de l’ancien ministre socialiste de l’économie, désormais parti vers des cieux plus lucratifs. La mise en place était annoncée en décembre dernier, la situation sanitaire a dramatiquement changé depuis. Face aux défis énormes, une structure aux responsabilités claires, sans double tutelle, est donc plus qu’urgente.

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