La France a connu au printemps le plus fort recul de son activité depuis au moins 1949, avec un plongeon du produit intérieur brut (PIB) de 13,8% au deuxième trimestre, plus que la moyenne européenne ou que l’Italie.

Depuis qu’il mesure l’activité économique française de façon trimestrielle, jamais l’Institut national des statistiques et des études économiques (Insee) n’avait enregistré pareil effondrement.

Il a aussi révisé sa mesure de l’activité au premier trimestre, qui a chuté de 5,9%, au lieu de 5,3% rapporté précédemment. La plus forte baisse trimestrielle du PIB en France avant la crise du coronavirus avait été enregistrée au deuxième trimestre 1968, affecté par la grève générale en mai, qui avait été suivie par un rebond de +8% à l’été.

La chute du PIB au deuxième trimestre est toutefois moindre que ce qu’anticipaient la plupart des analystes et l’Insee lui-même, qui l’entrevoyait encore à 17% au mois de juin.

Le chiffre de 13,8% est “moins sévère que prévu”, a jugé sur CNews le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, ce qui prouve selon lui que “nous ne sommes pas impuissants face à la crise”, alors qu’il présentera un plan de relance le 25 août, lequel s’ajoutera aux mesures de soutien de l’économie déjà en place.

L’effondrement de l’activité reste plus important en France que dans la plupart des pays européens: en Italie, pourtant particulièrement éprouvée par l’épidémie de Covid-19, il est limité à 12,4%, dans l’ensemble de la zone euro le PIB chute de 12,1%, en Allemagne de 10,1%. 

“Les chiffres d’aujourd’hui montrent qu’il y a eu un lourd tribut à payer pour le confinement imposé à l’économie française, qui s’est plus contractée que ses homologues américaine et allemande au deuxième trimestre”, a relevé dans une note Julien Manceaux, économiste de la banque ING.

La période de confinement a été très longue lors du deuxième trimestre en France, jusqu’au 11 mai.

Dans le détail, la consommation des ménages, principale composante de la croissance, a reculé de 11%, la production de biens de biens et de services s’est affaissée de 14,2%, avec un plongeon encore de l’industrie manufacturière, de 16,8%.

Les investissements dégringolent de 17,8%, les exportations de 25,5%, tandis que les importations diminuent de 17,3% sur le trimestre.

“S’agissant des services, les dépenses de services de transports (−45,8%) et d’hébergement-restauration (–56,9 %) s’effondrent, en lien avec les restrictions administratives mises en œuvre pour lutter contre la pandémie”, rapporte encore l’Insee.

D’une manière générale, “l’évolution négative du PIB au premier semestre 2020 est liée à l’arrêt des activités +non essentielles+ dans le contexte du confinement mis en place entre mi-mars et début mai”, explique l’institut.

Sous-activité persistante

“Nous allons nous battre pour faire mieux que les -11%” prévus pour l’ensemble de l’année par le gouvernement”, a promis Bruno Le Maire alors que le gouvernement est plus pessimiste que l’Insee, qui prévoit une récession limitée à 9% pour 2020.

Le rebond de l’été devrait être à la mesure du trou d’air du deuxième trimestre: l’Insee a prévu une hausse du PIB de 19% pour le troisième trimestre, la banque Natixis 16% et la Banque de France 14%.

Plusieurs indicateurs publiés la semaine dernière confirment la bonne dynamique de l’économie française, comme le redressement de l’activité en juillet mesuré par le cabinet Markit ou le regain de confiance des chefs d’entreprise.

Mais le moral des ménages, qui avait commencé à se redresser en juin à la suite du déconfinement, a de nouveau fléchi en juillet.

Et si la consommation a dans l’ensemble bien repris, le début des soldes a été “peu dynamique”, selon la fédération Procos du commerce spécialisé.

La part des Français qui estime qu’il est opportun d’épargner augmente pour le troisième mois consécutif, alors que la mobilisation des 100 milliards d’euros d’épargne supplémentaires prévus cette année jouera un rôle décisif dans la reprise.

“En juin nous sommes tout de même à -10% d’activité et ça va être notre régime de croisière jusqu’à la fin de l’année”, a déclaré à l’AFP Selin Ozyurt, économiste de l’assureur-crédit Euler Hermes, précisant que cette sous-activité concerne “surtout certains secteurs comme la construction, l’hôtellerie, la restauration ou les transports”.

Et “nous ne reviendrons pas à des niveaux de PIB d’avant Covid-19 avant le troisième trimestre de 2022, contre fin 2021 envisagé initialement, car le commerce international ne repart pas”, selon elle.

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