Le 4 juillet marquait les 250 ans des États-Unis ; le 1er juillet, la Chine célébrait le centenaire du Parti communiste. Est-ce une simple coïncidence si deux puissances aux ambitions impériales semblent raviver une équation lourde de dangers : l’assimilation de l’ethnie à la nationalité ?
Rédaction : Cadfael
Le 4 juillet marquait les 250 ans des États-Unis ; le 1er juillet, la Chine célébrait le centenaire du Parti communiste. Est-ce une simple coïncidence si deux puissances aux ambitions impériales semblent raviver une équation lourde de dangers : l’assimilation de l’ethnie à la nationalité ?
Chine : une conscience millénaire au service du long terme
Est-ce son passé millénaire qui pousse Pékin à nourrir des ambitions inscrites patiemment dans le long terme ? La stabilité politique remarquable d’un système autoritaire sous la direction du PCC facilite cette approche. Depuis 1949, il dirige le pays d’une main de fer au prix de sacrifices énormes ; la seule gestion du pays par Mao ayant coûté, selon les historiens modernes, entre 30 et 45 millions de morts par famine ou exécution.
Selon les médias, les préparatifs des célébrations du centenaire ont été précédés par une diffusion, dans toute la Chine, de la pensée de Xi sur l’histoire et le destin du pays, avec la reconquête d’un pouvoir souverain comme thématique centrale, par opposition au siècle précédent, débutant par la guerre des Boxers et qualifié de « siècle des humiliations ».
Parallèlement, on observait un renforcement de la censure du Web, avec la mise en place d’applications de délation visant ceux qui « faussaient » l’histoire du pays. Des expositions éducatives dithyrambiques fleurissaient, tandis que des dissidents célèbres prenaient des vacances forcées loin de Pékin et que des maoïstes connus étaient emprisonnés.
Les médias notaient également une multiplication des films à la gloire du Parti et de son dirigeant. Le même type de scénario s’observait à Hong Kong et à Macao. L’inévitable parade militaire avait lieu dans les airs, rien sur terre, si ce n’est des spectacles son et lumière qualifiés d’extravagants par les médias étrangers.
Ethnie égale nationalité
Des lois en préparation depuis trois ans, promulguées en mars dernier, sont entrées en application le 1er juillet au nom de « l’harmonie sociale » et de « l’identité nationale partagée ». Officiellement, l’Empire du Milieu compte 56 groupes ethniques, le plus important étant celui des Hans, qui constituent 93 % d’une population de 1,3 milliard d’individus. On y compte également des Mongols (6,3 millions), des Tibétains (7,1 millions), des Hui (11,4 millions) et des Ouïghours (11,7 millions), ces deux derniers groupes étant à dominante islamique.
Le corpus de ces lois donne aux velléités d’autonomie culturelle une coloration de séparatisme susceptible d’être réprimé dans un système où l’obsession sécuritaire est omniprésente et qui dispose des infrastructures de contrôle de masse parmi les plus sophistiquées de la planète.
Selon Emmanuel Lincot, spécialiste de la Chine à l’IRIS, (Institut de relations internationales et stratégiques) interviewé par RFI : « Ces minorités, ne représentant grosso modo que 9 % de la population totale de la Chine, vivent néanmoins réparties sur 60 % du territoire. Elles se trouvent dans les régions frontières, et c’est donc une question sensible : à tort ou à raison, elles ont été parfois accusées de collusion avec des agents de l’extérieur. Et c’est vrai en particulier des musulmans, aujourd’hui encore souvent taxés de complicité avec un islam radical. /…/ La Chine poursuit une œuvre de “colonisation” sur le très long terme, y compris vis-à-vis du Tibet, du Xinjiang, régions qui n’ont pas toujours été administrées par Pékin, loin de là. Le mandarin finit par s’imposer à des populations qui ne l’avaient absolument pas en usage. »
Trump et les 250 ans des États-Unis
Le 4 juillet est l’une des célébrations les plus importantes des États-Unis : elle commémore la déclaration d’indépendance des treize colonies vis-à-vis de la Couronne britannique. Un consensus plaçait traditionnellement cette journée sous le signe de l’unité nationale et du respect du bipartisme.
Trump en a profité pour se mettre en scène dès la veille au soir, lors d’un discours au mémorial du mont Rushmore, où sont gravés les portraits de quatre grands présidents américains : Lincoln, Washington, Jefferson et Roosevelt.
« Nous voyons notre identité américaine faire l’objet d’une nouvelle attaque /…/ Une génération après avoir mené et remporté la Guerre froide contre la menace communiste, nous assistons aujourd’hui à une résurgence de cette menace sur notre sol », menace qualifiée de « mortelle », mais également de « fascisme d’extrême gauche ».
« Trump insistait sur son projet de loi visant à rendre le vote impossible à ceux qui ne pourraient pas démontrer cet enracinement américain. »
Il a mis en garde contre ceux qui ne voulaient pas de l’anglais comme langue dominante du pays et ceux qui souhaiteraient retirer les armes à tout le monde ; mais lui, Donald Trump, promettait que cela n’arriverait jamais. Il a également évoqué « les nouveaux arrivants dans notre pays qui adhèrent à des idées totalement opposées à notre mode de vie et à notre grande réussite ».
Constatant modestement qu’il serait « le plus grand président des années à venir », il faisait diffuser des images en 3D dans lesquelles son portrait venait s’incruster au milieu de ceux des quatre présidents. Le discours du lendemain, le 4 juillet, était de la même veine, le communisme devenant, selon les médias, un pivot central de son narratif MAGA, destiné à unifier les « patriotes », définis par cette doxa comme des Américains natifs ou éventuellement des résidents de longue date et chrétiens.
Trump insistait sur son projet de loi visant à rendre le vote impossible à ceux qui ne pourraient pas démontrer cet enracinement américain. Selon lui, l’immigration et le multiculturalisme ne pourraient que mener à une désagrégation de cette civilisation américaine bénie par Dieu. Les évangéliques conservateurs voient en Trump l’envoyé de Dieu. Ce narratif, teinté d’anti-islamisme, porte des connotations homophobes, sexistes et violentes, avec comme menace ultime des « élites démocrates », notamment des fonctionnaires non élus qui géreraient le pays de manière occulte en agissant comme un « État profond ». Dans ce cadre, les expulsions massives et les détentions illégales visant les non-Blancs sont plus que bienvenues. Les vieux démons ségrégationnistes ont de beaux jours devant eux dans un pays où la notion d’« ethnie » chrétienne blanche tiendrait lieu de ciment national.
Photo de couverture : Pexels & Unsplash



