Avec l’angoisse de la pandémie et les confinements successifs, les sports de plein air comme la randonnée suscitent cet été un véritable emballement des Français, dopant les ventes d’une industrie fragilisée par les restrictions sanitaires pendant l’hiver.

« J’ai trouvé refuge en montagne. » Sophie fait partie de ces nouveaux adeptes: cette infirmière de 24 ans s’est mise à la randonnée pendant le premier confinement. « Je n’en pouvais plus de voir tous ces gens malades, j’avais besoin de m’en isoler le plus possible », raconte-t-elle.

C’est en découvrant sur les réseaux sociaux des photos de paysages de son département, les Vosges, que Sophie a eu le déclic. En plein confinement, elle part sur un coup de tête pour une randonnée de 13 kilomètres, direction le sommet du Tanet, en suivant approximativement les panneaux.

Depuis, elle randonne plusieurs fois par semaine et a pour projet de traverser l’an prochain les Vosges à pied. Elle a appris à préparer ses itinéraires, et a surtout investi dans sa passion : une montre connectée avec cartographie intégrée, mais aussi des chaussures, des vêtements de randonnée, un réchaud pour préparer ses repas en extérieur… Le tout pour un montant de plus de 1.400 euros.

Une pratique en vogue

Comme Sophie, de nombreux Français ont commencé à pratiquer des sports de plein air pendant la pandémie, stimulant les ventes de matériel, randonnée en tête. Le groupe de distribution et de production d’articles de sport Decathlon a ainsi observé depuis le premier déconfinement, une hausse de 15% de ses ventes de chaussures de randonnée. Il note aussi un engouement pour la partie textile, ainsi que pour les sacs de couchage et matelas, par rapport à 2019.

De son côté, la Fédération française de randonnée pédestre a vu augmenter de 40% les ventes de ses topoguides depuis le début de l’année, par rapport à l’avant crise sanitaire.

« Un besoin de santé et de nature »

« Les confinements et la maladie ont révélé un besoin de santé et de nature », analyse Benjamin Thaller, directeur exécutif d’Outdoor Sports Valley, l’association de la filière, qui estime que les difficultés pour voyager à l’étranger ont également poussé au tourisme « nature ».

« Cela a re-développé des marchés un peu traditionnels, comme la randonnée, le camping ou le vélo, qui ont bien boosté notre secteur et permis une reprise », poursuit-il, en évoquant la difficile saison d’hiver. Une saison marquée par la fermeture des remontées mécaniques et qui a mis un coup d’arrêt à l’une des principales activités du marché de l’outdoor : le ski alpin.

Même avec la réouverture progressive des frontières et la reprise du sport en salle, la tendance semble se confirmer pour cet été. « Malgré la météo capricieuse, on a beaucoup de réservations pour les guides de haute montagne et les accompagnateurs de moyenne montagne », soutient Françoise Gendarme, présidente de l’Association professionnelle Sport & Outdoor (APSO). « J’ai l’impression que dans la profession, on déborde », poursuit-elle.

Une activité qui profite au tourisme

Tandis que la majorité des Français compte rester en France pendant les vacances d’été, les territoires comptent profiter de cet engouement pour les activités de plein air, à l’image de la région Occitanie qui a par exemple édité à la fin de l’été dernier des cartes de randonnée, d’itinérance à vélo et de balades en eaux vives.

« Pour nous, c’est un argument pour faire venir les touristes », assure le président du comité régional du tourisme et des loisirs, Jean Pinard. « Les sports de plein air sont une source de croissance pour une économie qui a subi de lourdes pertes. »

La fréquentation importante des sites naturels par des débutants ne va néanmoins pas sans son lot de complications. « Il y a une certaine forme de saturation sur quelques sites très réputés », reconnaît Jean Pinard. Certains parcs nationaux prévoient ainsi de renforcer leur communication pour éviter d’éventuelles dégradations des lieux fragiles.