Cela ne ressemble pas à un film de Gaspar Noé, et pourtant son nouveau long métrage est le plus grave et profond de l’enfant terrible du cinéma, adepte jusqu’ici de la transgression: avec « Vortex », film sur la fin de vie, on est à des années-lumière des ambiances sulfureuses dont il a le secret.

Sélectionné plusieurs fois à Cannes, Gaspar Noé, dont le film sort mercredi en salles, avait fait sensation en 2002 avec « Irréversible », un film démarrant par la fin et racontant une vengeance après un viol insoutenable montré pendant dix minutes à l’écran.

En 2015, le réalisateur français avait fait également scandale avec « Love » interdit en salles aux moins de 18 ans en raison de scènes de sexes crues et non simulées. Il y a trois ans, Gaspar Noé récidivait avec « Climax », amenant le spectateur au bord du vertige avec « une histoire poisseuse et obsédante », revendiquait-il : une fête privée qui dégénère en chaos absolu.

Le cinéaste argentin qui vit en France depuis son enfance, est de retour avec « Vortex », film poignant montrant avec les codes du documentaire la lente décrépitude d’un couple âgé touché par la maladie d’Alzheimer. Le mari est incarné par le mythique réalisateur italien Dario Argento (et père d’Asia Argento), pour la première fois à l’écran. La comédienne Françoise Lebrun campe l’épouse. Alex Lutz prouve une nouvelle fois ses capacités à endosser tous les styles: il joue le fils unique toxicomane du couple.

« Vortex fait pleurer »

« Depuis plusieurs années, j’avais envie de parler du grand âge. J’ai vu mes grands parents vieillir, perdre la tête et mourir… J’ai vu ma mère aussi dans toutes ces étapes », a confié Gaspar Noé lors du dernier festival de Cannes. « J’avais envie aussi de filmer autre chose que mes conneries avec de la drogue et du sexe. La fin de vie est un sujet tellement douloureux que c’est encore tabou, alors que dans toutes les familles, des parents perdent la tête un jour. C’est très banal… Il faut au contraire montrer ces choses ! », estime le cinéaste.

Comme Gaspar Noé en a l’habitude, le synopsis de « Vortex » tient en quelques mots forts: « la vie est une courte fête qui sera vite oubliée ». « À 57 ans, je rentre peut-être enfin un peu dans l’âge adulte. Il était temps… », ironise le réalisateur. « J’ai fait des films qui font peur, qui font bander ou qui font rire. Vortex fait pleurer. Le film renvoie probablement au vide qui nous entoure, et dans lequel on flotte ».