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MADDY MULHEIMS-HINKEL UNE HUMANISTE ENGAGEE

Maddy Mulheims-Hinkel Une humaniste engagée

Pour cette anciene institutrice devenue première conseillère de gouvernement, l’heure de la retraite a soné il y a peu. Pourtant Maddy Mulheims est toujours aussi ocupée et son emploi du temps digne de celui de son anciene ministre de tutelle. D’une voix douce, mais ferme qui a su toucher son auditoire, à l’ONU ou ailleurs, elle évoque pour nous son engagement en faveur de l’égalité des femmes et de leur intégration dans la société, qui continue, encore et toujours, à modeler sa vie.

maDDy mulhEImS, quI êtES-vOuS?

Je suis issue d’une famille de cultivateurs luxembourgeois; j’ai 2 sœurs et un frère. Lorsque je repense à mon enfance, je me revois au milieu d’un grand nombre de gens oncles, tantes, ouvriers de la ferme qui vivaient tous avec nous. Mon éducation a été traditionnelle, marquée par le poids de la religion catholique, les fêtes familiales et la kermesse. Assez paradoxalement pourtant, mes parents se sont montrés d’une étonnante modernité: leur fils reprendrait la ferme, mais leurs filles feraient des études.

quEllE a été vOtrE réaCtION?

Nous avons tout de suite été conscientes du formidable privilège qui nous était donné. Ma mère avait toujours voulu faire des études, mais en tant qu’aînée de 6 enfants, c’est un rêve qu’elle avait dû abandonner.Elle nous a donc apporté son soutien constant en veillant à ce que nous disposions de livres en suffisance. Mes parents nous ont laissé une certaine liberté de choisir la voie qui nous plaisait. Mes sœurs ont fait des études de commerce et moi, après des études en section latine au Lycée de jeunes filles de Luxembourg, je suis entrée à l’Institut pédagogique pour devenir institutrice.

vOuS EN ParlEz avEC bEauCOuP DE FIErté Et D’émOtION…

C’est parce que je pense que nous avons eu beaucoup de chance d’avoir de tels parents et d’être nées à une époque où les choses bougeaient enfin. En 1968, sur les 26 qui passaient le bac en même temps que moi, 22 ont choisi de faire carrière. Elles partent peu à peu à la retraite après avoir mené de front leur vie de famille et leur vie professionnelle, souvent avec un très grand succès.

juStEmENt, COmmENt uNE INStItutrICE EN ESt-EllE vENuE à S’INtérESSEr à l’INtégratION DES étraNgErS Et à la CONDItION FémININE?

Dans les années 70, le Luxembourg a connu une importante vague d’immigration d’Espagnols. Beaucoup ne parlaient pas un mot de français, sans parler de l’allemand ou du luxembourgeois… Leur intégration a été lente et difficile, mais s’est faite grâce à la proximité de la langue espagnole avec le français. Pour les Portugais, cela a été encore plus compliqué. La présence toujours plus importante de petits commerces portugais permet à toute une frange de la population – et je pense aux femmes en particulier – de vivre en autarcie, sans parler la langue du pays. Notre société en a souffert et en souffre encore. De par mon travail d’institutrice (j’exerçais à Bettembourg), j’étais amenée à rencontrer les mamans de mes élèves et constatais qu’elles menaient une vie très difficile, sans espoir d’intégration véritable. Souvent peu instruites, elles ne pouvaient pas aider leurs enfants, encore moins trouver un emploi valorisant. C’est une question de société qui m’a touchée très tôt.

COmmENt S’ESt traDuIt vOtrE ENgagEmENt? De multiples façons.

Disons que tout ce qui touchait au développement des compétences féminines m’intéressait: les cours de langue, les formations… Je me suis également engagée très vite dans un projet d’amélioration des bâtiments scolaires en recherchant la coopération des parents, des femmes en particulier, et en collaboration avec bon nombre de collègues enseignants.

la ClaSSE POlItIquE luxEmbOurgEOISE étaIt-EllE PrêtE à ENtENDrE vOS rEvENDICatIONS?

C’était une période difficile à vivre. J’ai même été menacée d’être «éliminée»! Mais cette opposition n’a fait que renforcer mes convictions et mon engagement. Je suis ainsi devenue la première «chargée de mission femmes et famille». Je disposais de quelques heures payées par le ministère de l’Education nationale pour mettre en place des activités destinées plus spécifiquement aux mères de famille et aux enfants. On ne parlait pas encore d’égalité des chances!

vOuS qualIFIErIEz-vOuS DE FémINIStE?

Oui, cette étiquette me colle à la peau! Si je devais trouver un qualificatif qui décrirait le mieux ce que je suis et ce en quoi je crois profondément, ce serait «humaniste féministe». Tous les êtres humains ont les mêmes droits et il faut les faire respecter. Ceux des femmes, partout dans le monde, sont souvent bafoués; c’est contre cela que je m’insurge. Je n’ai rien d’une militante, j’ai seulement de fortes convictions.

quEllE ESt l’aCtION DONt vOuS êtES la PluS FIèrE?

Il y en a deux en fait. La première, c’est d’avoir mené une vie familiale réussie avec mon mari et mes deux fils. Chacun a pu y développer sa personnalité, ses compétences, dans le respect de l’autre. La seconde, c’est d’avoir œuvré à l’égalité des chances au sein du ministère, d’abord dans ce qui a été nommé «Ministère de la promotion féminine» puis «Ministère de l’égalité des chances».

DES mOmENtS FOrtS DE vOtrE CarrIèrE?

Entendre H. Clinton, B. Bhutto ou encore G. Brundtland s’exprimer sur la condition féminine lors d’une conférence de l’ONU en 1995. Dix ans plus tard, le discours prononcé à New York par H. Clinton sur l’avortement a aussi été un grand moment; elle y a reçu une standing ovation. J’ai eu le privilège en 2005 de représenter l’Union européenne auprès de l’ONU et de négocier une résolution sur l’égalité en droit et en fait des femmes autochtones. A la fin de mes interventions des Tibétaines, des Péruviennes ou encore des Nicaraguayennes sont venues me féliciter et surtout me remercier. C’était une reconnaissance inattendue: jusqu’alors j’ignorais que mon engagement pouvait contribuer à améliorer la vie de femmes vivant à des milliers de kilomètres d’ici. J’en ai pleuré d’émotion.

vOS PrOjEtS, quElS SONt-IlS?

Réussir mes examens! J’ai repris des études en langue et littérature luxembourgeoises à l’Université de Luxembourg, et cela me passionne. Par ailleurs, en tant que membre de la Commission Consultative des Droits de l’Homme, du Conseil d’administration de l’office social de Bettembourg, Roeser et Frisange et de la Commission des finances de Bettembourg, j’ai de nombreux dossiers à traiter. Cela me laisse juste assez de temps pour des voyages culturels au bout du monde et pour travailler dans mon jardin d’agrément.

Dominique Sander-Emram

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