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André Simoncini: tisser des liens entre poètes et plasticiens

FemMag 123 Fevrier 2012-82

On connaît André Simoncini comme hôtelier-restaurateur et comme galeriste mais beaucoup moins comme éditeur et poète. Hier comme aujourd’hui, il a toujours eu à coeur de placer son action culturelle sous le signe de l’humain et de l’aventure collective en favorisant les échanges.  Rencontre chaleureuse et confidences partagées.

L’art est entré très tôt dans la vie d’André Simoncini. Via la poésie mais aussi la musique. Il s’est formé en autodidacte, a appris à jouer au piano, à la guitare, s’est mis au chant ce qui, enfant, l’aidera dans le réapprentissage de la parole suite à un accident. Il possède une belle sensibilité musicale: «le son nous habite, c’est l’essence de la vie, il nous accompagne des premiers aux derniers jours». Aujourd’hui encore c’est toujours avec un grand plaisir qu’il se met au piano et chante pour ses amis. Plus intimement, le rythme joue un grand rôle dans son travail d’écriture. Il y a
aussi la musique des langues pour lui qui a grandi dans un univers multilingue. Son père est italien, sa mère française. A la maison, la famille jonglait avec plusieurs langues. Jusqu’à 17-18 ans, André Simoncini se souvient avoir mieux maîtrisé l’allemand que le français. Pourtant, pour ses poèmes il a choisi le français, la langue maternelle. Plus tard, il optera pour des études dans une école de langues, il rêvait alors de devenir traducteur-interprète. Le destin en décidera autrement.

C’est en 1977 que son premier recueil de poésie sortira sous le titre «Aube impalpable». Suivront «Versant probatoire» en 1984 et «Manuel de l’Ephémère» en 1988. Il n’a jamais depuis posé la plume. Mais ce n’est que ces dernières années qu’il s’est vraiment remis à l’ouvrage. Et aujourd’hui, il a de nouveaux projets de publication… Sa première prise de contact avec l’art s’est ainsi faite par l’intermédiaire de la poésie et à travers les beaux livres qu’il collectionne. Petit déjà il était impressionné par la gravure, par cette technique du «miroir renversé». Puis il découvrira la peinture et la sculpture  et progressivement s’ouvrira à «l’éventail de la création». Mais ses découvertes artistiques et son entrée dans le monde de l’art seront surtout le résultat de rencontres et de liens d’amitié. Avec Ernest Horn, un des premiers galeristes du Luxembourg, et surtout avec le graveur Michel Terrapon, ancien conservateur du Musée d’art et d’histoire de Fribourg et ancien chef du département art et sciences à la Radio suisse romande, qui lui a ouvert les portes de l’art et donné  «un cours magistral accéléré» raconte-t-il en souriant. Au départ André Simoncini avait le désir de monter un cabinet d’estampes, pour y montrer de beaux livres d’art, ses beaux livres. Au final il ouvrira la Galerie Simoncini «presque malgré moi, pour répondre à une demande, à l’attente du public». C’était en 1981. 

Depuis, André Simoncini a toujours eu à coeur de présenter des  artistes du monde entier en respectant la spécificité culturelle de chacun et de travailler dans la continuité. De même pour lui «l’approche culturelle qui veut durer doit prendre en compte les liens intergénérationnels». Il a lancé de nombreux jeunes artistes, aujourd’hui confirmés, accordant une place privilégiée à la sculpture et aux oeuvres monumentales. Il est aussi un des premiers à  avoir présenté au public luxembourgeois dans les années 1980 les plasticiens de l’Europe de l’Est comme le sculpteur polonais Pawel Jocz, le peintre tchèque Frantisek Janula ou le dessinateur allemand Karl-Georg Hirsch…

André Simoncini aime voyager pour aller à la rencontre des artistes. C’est ainsi qu’il s’est rendu aux quatre coins de l’Europe jusqu’en Russie et plus récemment au Japon. Un jour, le grand sculpteur roumain Nicolae Fleissig lui a d’ailleurs dit: «Toi, tu n’as pas besoin de voyager, tu as le monde qui vient chez toi». Si l’édition est un volet mal connu de son travail, il n’en est pas moins très important pour lui et reste intimement mêlé à l’aventure de la galerie. C’est dès ses premières rencontres avec les graveurs que l’idée de tisser des liens entre poètes et plasticiens s’est imposée
à lui. Elle prendra rapidement la forme d’une édition bibliophile, «une mosaïque poétique qui se joue des barrières linguistiques», en jetant des ponts. Les grandes voix de la poésie contemporaine y sont accompagnées par des graveurs, dessinateurs, peintres, pour la plupart devenus artistes de la galerie. Commencée il y a 30 ans, la collection se compose de 24 ouvrages. On y retrouve notamment les poètes français Michel Butor, Andrée Chedid, Alain Bosquet, Eugène Guillevic…, les Belges André Schmitz, André Doms…, les Luxembourgeois José Ensch et Edmond Dune, des poètes d’Europe de l’Est comme le Tchèque Jaroslav Seifert, prix Nobel de littérature en 1984, le Polonais Maciej Niemiec ou le Russe Genrich Sapghir que l’on découvre par le biais de traductions mais encore les poètes sénégalais Charles Carrère et Léopold Sédar Senghor. La rencontre
avec les deux poètes africains amènera André Simoncini vers d’autres aventures poétiques. C’est ainsi qu’il publiera en 1990 la deuxième anthologie de la poésie africaine. Cette «Nouvelle anthologie de la poésie nègre et malgache» dirigée par les poètes Charles Carrère et Amadou Lamine Sall prolonge la première «Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache» de langue française élaborée quarante ans plus tôt par Léopold Sédar Senghor!

Parallèlement à sa collection bibliophile, André Simoncini a eu la belle idée d’enregistrer des bandes sonores avec les voix des poètes à un moment où la galerie était, dans les années 1990, véritable lieu de rencontres poétiques. Des rencontres qui ont repris vie depuis quelques années dans le nouvel espace de la galerie avec notamment les désormais traditionnelles matinées poétiques du «Printemps des Poètes – Luxembourg» dont la galerie est partenaire. D’autres projets? André Simoncini a décidé de relancer la collection bibliophile, de «l’ouvrir sur des continents et des pays nouveaux» et de toujours continuer à faire connaître les grandes voix de la poésie contemporaine par le biais de la traduction. En toute confidence, il nous a annoncé la sortie pour l’automne d’un livre «Balade nocturne» du poète, écrivain, dramaturge et peintre Gao Xingjian, prix Nobel de littérature en 2000. Et à l’horizon le désir de «présenter l’ensemble de la collection dans des bibliothèques». La preuve que pour lui l’art et la culture sont bel et bien une «grande aventure collective» où s’inscrit l’idée de la transmission et du partage.

Questions à la volée
Un Poête: Edmond Dunes
Un artiste: Arturo Carmasi
Une rencontre: L’artiste américaine Holey Chirot
Une philosophie de vie: Intégrer la notion de durée dans toutes les actions
Une destination: Retrouver le Japon mais ausi partir à la découverte de la Chine et de la Corée

 

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