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Michèle Villain Le trottoir trois nuits par semaine

La prostitution, elle l’a étudiée, disséquée, analysée. Mais à la lutte théorique contre la prostitution, Michèle Villain préfère le travail de rue. Après 20 ans passés sur les trottoirs, elle continue aujourd’hui encore. Pour que l’on cesse de jeter la pierre à ceux et celles que l’on ne connaît pas.

 

«Voilà, je suis éducatrice de rue» sont les mots par lesquels elle se présente à ceux qu’elle appelle son «public». Son public, ce sont ceux et celles qui traînent, toutes les nuits, sur une place de la ville de Liège en Belgique. Cela fait maintenant plus de vingt ans que Michèle Villain, présidente fondatrice d’ICAR, part régulièrement à leur rencontre, là où les prostitués travaillent et au moment où ils vivent, à la nuit tombée.

Au début des années 1990, elle a commencé à travailler seule auprès de l’une des tranches de population les plus marginalisées. «L’objectif était de rentrer en contact avec les garçons prostitués. C’était un public qui n’était pas touché par les autres associations de terrain». Depuis, elle a  monté ICAR. L’association compte aujourd’hui 11 salariés et s’est étendue pour toucher les différentes formes et facettes de la prostitution à Liège.

La prostitution masculine

Après avoir suivi des études d’assistante sociale, après s’être inspirée des écrits de Michel Dorais et des expériences québécoises en matière d’approche de la prostitution, Michèle a fait le pari que le travail de rue serait le meilleur moyen pour appréhender et faire connaitre le phénomène. Les débuts ne furent pas faciles parce que, souligne-t-elle, «le travail de rue n’existait pas et donc, la difficulté était d’expliquer mon boulot aux gens de la rue.» La démarche a pris du temps: «Je ne me suis pas jetée à l’eau dès le premier jour, se souvient-elle, j’avais peur de la réaction des gens, aussi bien physique que verbale.»

Seule la nuit, et sur les trottoirs trois fois par semaine, elle a été rapidement identifiée. Progressivement, elle a réussi à gagner la confiance des garçons. «Ils me disaient: «ah ben tiens, c’est chouette comme ça des professionnels du social qui descendent sur le terrain». C’était mes deux premiers contacts. Ils ont commencé par me mettre en relation avec d’autres garçons. Petit à petit, j’ai fini par connaitre tout le monde.» La prise de contact direct est un travail de longue haleine, qui lui a apporté des rétributions personnelles. «Chacune des années que j’ai passées avec eux m’a appris quelque chose, c’était extraordinaire.» La prostitution masculine commence désormais à attirer l’attention des pouvoirs publics: «ICAR a monté un projet d’étude européenne sur le sujet et l’étude a été acceptée» annonce-t-elle.

Comprendre leurs problèmes

Que ce soit avec les garçons ou les filles, le travail de terrain a permis à Michèle d’acquérir une meilleure connaissance du «milieu», et surtout de comprendre les problèmes auxquels les prostitués sont confrontés. «La prostitution masculine est différente de celle des filles, poursuit la directrice d’ICAR. Ils ne sont pas nombreux, ils se connaissent vraiment tous et c’est une autre dynamique que chez les filles.» Elle explique, par exemple, que «contrairement à ce qu’on pourrait penser, la plupart des garçons prostitués ne sont pas homosexuels» ou encore que «la problématique des filles en vitrine – ça peut paraître étonnant – c’est le surendettement.» Plus généralement, «le problème avec la prostitution, si on veut légiférer là-dessus, c’est qu’il n’y a pas une seule forme de prostitution. On ne peut pas comparer la prostitution de rue avec les call-girls. Il est très difficile de faire une loi qui va satisfaire toutes les filles prostituées.» A la différence d’une approche normative, Michèle entend «respecter la personne prostituée, on n’est pas là pour les empêcher de travailler.»

C’est ce qui amène son équipe à accompagner les prostitués personnellement et au regard de leurs problèmes spécifiques avec des soins médicaux, du travail social et même une assistance esthétique afin de les aider à travailler dans les meilleures conditions d’hygiène possibles.» Agir sur l’image et la reconnaissance de leur «métier» L’esthéticienne sociale «fait un travail extraordinaire par rapport à l’image que les gens ont d’eux-mêmes» souligne-t- elle. C’est ici pour Michèle le problème fondamental: «La plupart des personnes prostituées ne vivent pas bien leur prostitution. Et c’est surtout parce que le regard de la société sur leur métier est négatif.»

Pour elle, une interdiction d’exercer le métier ne résout rien. Elle peut même provoquer des effets pervers. «Elles n’arrêteront pas pour autant! Elles trouveront seulement d’autres endroits pour travailler.» C’est la raison pour laquelle ICAR cible d’abord l’image que la société a des prostitués et recherche une reconnaissance du métier. «Cela fait 15 ans que je me bats, et je me battrai jusqu’au bout d’ailleurs pour qu’on mette en place à Liège une zone de tolérance (…) On essaie, par exemple, de mettre en place un «bordel social», une structure qui permettrait aux filles de travailler dans de bonnes conditions, de sécurité et d’hygiène.»

Si elle avoue «avoir connu plus d’échecs que de réussites» et qu’elle travaille avec «une profonde misère humaine», Michèle entend continuer le travail de rue tout d’abord pour le bien-être des prostitués qui trouvent du réconfort «rien qu’à discuter». Mais aussi parce que de nouveaux défis apparaissent comme, par exemple, la «cyber-prévention » qui demande à ICAR un travail constant d’adaptation. Enfin, peut-être surtout parce que, dit-elle, «ICAR a réussi à faire sa place et qu’il y a une vraie reconnaissance des politiciens actuellement.» Cette reconnaissance n’est pas sans lien avec la persévérance de Michèle. «20 ans de travail, c’est 20 ans de combat aussi!» 

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